Op. cil., p
ment volontaire, étant la forme la plus complexe de la motricité, le dernier terme de l'évolution de la vie active, suppose une combinaison de mouvements de toute nature, mouvements spontanés, réflexes, instinctifs, représentatifs, mouvements provoqués par des inclinations ; dès lors, a-t-on le droit de négliger cet aspect de la question, lorsqu'on prétend définir exactement la nature de la volonté ? Les psychologues dont nous avons indiqué brièvement les opinions n'ont pas laissé d'apercevoir cette face intéressante du problème. Seulement ils ont compris qu'elle était en réalité secondaire et qu'il était beaucoup moins ind::;pensable de distinguer la volonté des formes élémentaires et inférieures de l'activité que de montrer en quoi elle différait des formes supérieures mais involontaires. Or si Ton veut faire cette distinction et empêcher la confusion, par exemple, d'un acte accompli sous l'empire d'une impulsion irrésistible ou sous l'influence d'une suggestion avec un acte volontaire, on sera amené à tenir pour moins importants les mouvements qui constituent « l'extériorisation de la décision » et pour essentiels « les actes psychiques de décision. » La « décision peut s'exprimer par une abstention ou une inhibition, ne s'extérioriser par rien de positif ou d'apparent ^ » M. Grasset suppose, comme on sait, que le psychisme infé-
1. GnASSET, Introduction physiolog. à Vélude de la philosophie (Paris, F. Alcan), 191U, p. 121 sq.
rieur a des centres à part, dont l'ensemble constitue le (( polygone » , et il appelle O le centre du psychisme supérieur. « La décision une fois prise en 0, dit-il, passe par le polygone pour l'exécution ; le psychisme polygonal est ainsi bien plus près de l'acte moteur que le psychisme supérieur. M. Paulhan a très bien fait ressortir ce rôle de l'automatisme dans l'exécution. Il montre que la délibération et la décision se distinguent de l'automatisme, tandis que dans l'exécution, l'automatisme reprend le dessus )). <c Une fois que j'ai décidé » en O « de sortir de chez moi, je suppose, le reste s'ensuit à peu près spontanément. . . Sans presque y penser, sans nouvel acte de volonté, je passe mon pardessus, je mets mon chapeau, je regarde le temps pour savoir si je dois prendre mon parapluie, j'ouvre la porte, je la referme et je descends mon escalier. Une fois la décision prise, tous ces phénomènes s'ensuivent automatiquement... comme sa conséquence logique, et, je peux le dire, comme sa conclusion organique^. » C'est donc dans la délibération et la décision qu'il faut chercher l'essence de la volonté plutôt ({ue dans l'exécution qui n'en est qu'une sorte de prolongement extérieur, et si la volonté elle-même intervient jusque dans l'exécution pour la poursuivre ou la modifier, elle n'y intervient pas sans délibération et sans décision.
1. Grasset, InlroducUon physiolog. à l'élude de la philosouhie, p. 121 sq.
En revanche il nous paraît nécessaire d'insister ici sur deux phénomènes, dont nous avons signalé la présence indispensable dans l'activité volontaire, celui de Vinhibilion et celui de Vattenlion. De plus notre étude psychologique de la nature de la volonté serait incomplète assurément si nous n'indiquions au moins brièvement les rapports que soutient cette fonction avec Fétat biologique de l'individu, notamment ave: son tempérament.
Nous avons dit que l'activité volontaire présentait un double aspect, un aspectjoos ////*, en quelque sorte, et un aspect inhibilif. A côté de la volonté proprement dite on aperçoit une « nolonté » ; la première s'exprime par un « je veux », la seconde par un « je ne veux pas » ou mieux par un « je veux ne pas » : « Je veux que mon bras ne remue pas », ou que mon esprit ne se fixe pas sur telle idée ». Cette « nolonté » se ramène aisément à la (( volonté », ce « nouloir » au « A^ouloir », si la volonté est essentiellement un pouvoir sur nos pensées : ce pouvoir ne favorise évidemment telle ou telle pensée qu'au détriment de certaines autres. Mais il y a une autre espèce d'inhibition plus simple et plus élémentaire, qui n'est pas la conséquence d'une volitionmais dont la volition, au contraire, est en partie une conséquence. C'est celle
qui se produit lorsque nos représentations et nos tendances s'arrêtent les unes les autres. M. Ribot constate ^ que « pour expliquer le mécanisme de l'inhibition il n'y a aucune doctrine claire et universellement acceptée ». Nous nous bornerons à indiquer ce que l'observation nous apprend à ce sujet. (( Nous voyons, dit Franck-, que l'excitation de certains centres nerveux est atténuée par la mise en activité de certains autres, si les excitations qui atteignent ces derniers ont une certaine intensité ». M. Pillsbury^ remarque également que les mouvements d'un centre nerveux quel qu'il soit ont pour effet, tantôt de favoriser, tantôt d'arrêter ceux des autres centres, sans qu'il soit possible de déterminer exactement quand ils les favorisent et quand ils les entravent. « On ne peut douter, écrit M. Ribot, qu'à un moment donné, chez un individu quelconque, la quantité disponible d'influx nerveux peut être distribuée d'une manière variable. Il est clair que, chez le mathématicien qui spécule et chez l'homme qui satisfait une passion physique, la quantité d'influx nerveux ne se dépense pas de la même manière et qu'une forme de dépense empêche l'autre, le capital disponible ne pouvant être employé à la fois à deux fins. » Quoiqu'il en soit, en psj^chologie comme en physiologie, l'inhibition est un fait. Le processus de Tin-