L'Atteniion, 1907, p. 225 sq
hibition est souvent inconscient. « On sait que la contraction musculaire du cœur se produirait beaucoup plus rapidement si elle n'était retenue par le nerf vague. La stimulation de ce nerf tend à diminuer l'action du cœur^.. Le rythme respiratoire semble arrêter l'activité du centre vaso-moteur, affecter le centre vague et par lui la vitesse du cœur... MM. Bowditch et Warren ont constaté que toutes les impulsions que les professeurs Lombard et Jendrassik ont montrées propres à renforcer le réflexe rotulien lorsqu'elles sont reçues en même temps que le choc produisant ce réflexe, inhiberaient le mouvement si elles se produisaient environ un quart de seconde plus tôt. » Mais très souvent aussi l'inhibition s'opère aa moyen de V attention. L'inhibition d'un phénomène psychologique en particulier se produit d'ordinaire quand celle-ci se détourne de ce phénomène pour se diriger sur un autre. U inhibition par Vattention nous apparaît dès lors comme le mode le plus élevé de Vinhibition. Ajoutons que le mode le plus élevé de l'inhibition attentive est l'inhibition par l'attention volontaire.
Ces remarques nous font comprendre plus exactement le rôle de Vattention dans l'activité volon-
1» UAliention, p. 229 sq.
taire. L'attention est si étroitement unie à la volonté que, lorsqu'elle est volontaire, il est difficile de l'en distinguer. Il sera donc utile, pour faire mieux connaître la nature de la volonté, d'essayer de déterminer celle de l'attention.
Tout le monde sait aujourd'hui que l'état d'attention est un état de tension physiologique et psychologique, dans lequel on remarque toujours, semble-t-il, diverses contractions musculaires, et une fixité relative de la direction de nos pensées, en même temps qu'une certaine immobilité physique. Le champ de la conscience se rétrécit; les phénomènes qui s'y trouvent sont éclairés d'une lumière d'autant plus vive qu'il est plus étroit. Leur clarté tient-elle à un accroissement réel de leur intensité ou à une augmentation apparente de celle-ci, provenant de ce qu'ils tranchent sur le fond obscur de la subconscience et de l'inconscience ? Il est impossible de s'en rendre compte. Mais ils gagnent en netteté : leurs détails se laissent voir aisément, tandis que les éléments psychiques exclus du champ de la conscience se perdent dans la nuit. Il y a là comme un cas particulier de cette loi d'inhibition dont nous avons noté les effets, de cette sorte de triage psychologique qui s'accomplit naturellement en nous, ordonnant notre vie interne et, par suite, réglant notre activité. L'attention est une régulatrice. En renforçant certains états, elle détermine des foyers d'activité psychique et physiologique, en môme
temps qu'elle en étouffe ou en éteint d'autres; en exagérant les dépenses d'énergie sur certains points, elle les rend difficiles ou impossibles sur certains autres.
Sous quelles influences s'opère le triage dont nous parlons ? Faut-il l'attribuer à des causes externes ou à des causes internes, au sujet ou à l'objet? Est-il purement mécanique ou la spontanéité du sujet s'y affirme-t-elle efficacement? En d'autres termes l'attention volontaire peut-elle être ramenée à l'attention passive ? Il faut se garder, en posant cette question, de prendre pied sur le terrain métaphysique. C'est un danger qu'on n'é\âte pas toujours. Le débat s'engage généralement entre spiritualistes et sensualistes, les uns tenant à ce qu'on reconnaisse au sujet une force propre et personnelle, une volonté capable de diriger le cours de la pensée; les autres, à ce que l'on ne voie dans le sujet autre chose que des phénomènes, une somme ou, comme le disait Hume, un faisceau d'états. Si passionnant que soit le problème métaphysique, il est tout à fait distinct du problème psychologique, et il importe ici de l'en séparer.
M. Ribot qui a repris la théorie sensualiste de l'attention en la modifiant profondément, estime que l'attention provoquée et passive est l'attention véritable, l'attention volontaire, produit de la civilisation, n'en étant qu'une transformation artificielle, une forme exceptionnelle et fatigante à
laquelle il serait dangereux de recourir trop souvent. C'est donc des sollicitations externes que dérive l'attention ; ses facteurs essentiels, ce sont les éléments moteurs, les mouvements corporels suscités directement par les influences extérieures, bref, l'attitude organique excitée par des raisons physiques et qui entraîne une direction plus ou moins fixe de l'esprit. — D'autres philosophes, par exemple Wundt et Hôffding, soutiennent au contraire que l'attention proprement dite, loin d'être un effet des influences externes, réagit contre ces influences et va jusqu'à les contrarier, voire même jusqu'à les supprimer.
Nous sommes d'abord autorisés à tenir le plus grand compte de ce que tous les psychologues, malgré la différence de leurs doctrines, s'accordent aujourd'hui à reconnaître. Or, tous conviennent que l'intensité avec laquelle l'état attentif apparaît dans la conscience provient à la fois de deux sortes de causes, des conditions objectives, et des dispositions physiologiques et psychologiques du sujet. Ceci posé, nous nous demanderons quelle est l'importance respective de ces deux facteurs, l'objet et le sujet. Or nous remarquerons que l'attention joue en général un rôle utile au sujet, qu'elle l'aide à s'adapter et à faire face aux circonstances extérieures et intérieures qu'il rencontre, à se procurer des satisfactions, à éviter des maux et des souffrances, à assurer sa conservation et son progi'ùs. Spencer a parlé avec raison de la sélection
naturelle : il y a aussi une sélection attentive^ qui est au profit, non do l'objet, mais du sujet, qui lui permet de faire un choix parmi les mille impressions qui l'assaillent, au lieu de se laisser noyer par elles. Il s'agit bien là d'une réaction, donc d'une action spontanée. Cette réaction est évidemment plus ou moins compliquée suivant les cas ; elle met en jeu un nombre plus ou moins grand d'éléments : tantôt elle ne procède que de certaines tendances de l'individu, tantôt au contraire, elle intéresse sa personnalité presque entière ; tantôt elle n'est qu'une sorte de sursaut instinctif du sujet devant un phénomène dont il ignore encore la nature ; tantôt elle est un acte prémédité. Il ne faudrait pas, d'ailleurs, se hâter de conclure, de ce qu'une réaction attentive est soudaine et immédiatement postérieure à l'excitation, qu'elle exclut par cela même le jugement, à plus forte raison la réflexion. On sait quelle est la rapidité de la pensée dans certains cas. Si l'on s'en rapporte aux révélations de certaines personnes qui, sur le point de mourir pendues ou noyées, ont été sauvées, nous pouvons embrasser dans l'espace d'une seconde, lorsque nous sentons la mort proche, une partie imj:)orlante de notre vie passée. Pendant notre sommeil un rêve très compliqué peut se construire en un instant. Une pièce de notre ciel de lit tombe brusquement sur notre nuque; nous ouvrons les yeux aussitôt ; nous avons eu le temps cependant d'imaginer tout un roman : EuG. Martin. 4
nous avons commis des crimes, on nous a arrêté, on nous a conduit à l'échafaud. le couteau de la guillotine s'est abattu sur notre cou. De même entre une impression et une réaction attentive il y a place pour bien des pensées, bien des intuitions vives qui nous permettent, soit de nous rendre compte exactement de ce qui nous a impressionné, soit tout au moins d'émettre des suppositions, vraisemblables ou non. Le sifflement d'un train peut nous suggérer soudain la pensée d'un danger à courir; des coups de revolver entendus dans la nuit peuvent nous faire songer, comme cela nous est arrivé, à l'explosion d'un feu d'artifice. Il suffit d'un seul jugement d'appréciation porté sur la cause de l'impression reçue pour que la réaction qui la suit ne puisse plus être qualifiée absolument d'aveugle et de machinale. Supposons-la même aveugle au début : il peut arriver qu'elle se transforme aussitôt en manifestation réfléchie. Mais qu'elle soit ou non réfléchie, qui ne voit qu'elle reste toujours du même ordre, une intervention spontanée de l'être conscient ? Les phénomènes corporels qui accompagnent l'attention et la favorisent ^ ne semblent être eux-mêmes qu'une conséquence de cette intervention : ils ne la précèdent pas en effet, ils lui sont postérieurs -. « Si, tandis qu'on lit, vient un désir soudain de savoir l'heure.