PREFACE III
comment la volonté intervient dans toutes les phases successives de l'action volontaire. Mais ce qui attire tout particulièrement son attention, c'est le développement de l'activité volontaire, les diverses formes qu'elle est susceptible de revêtir et qui lui apparaissent comme les phases successives à travers lesquelles s'ébauche et se précise peu à peu la volonté achevée, la volonté-type de laquelle, au cours de son évolution, la volonté tend normalement à se rapprocher; — et c'est encore le rôle que jouent dans cette évolution les fonctions intellectuelles, les tendances et les sentiments; — et c'est aussi les conditions et influences multiples qui peuvent soit entraver, soit au contraire favoriser la formation de cette « volonté entièrement façonnée » dont parle Novalis, qui a pour caractères essentiels l'unité, la stabilité et la moralité. Tout naturellement enfin l'ouvrage aboutit à l'indication des principaux moyens que peut mettre en œuvre l'éducateur pour affermir, organiser, éclairer, moraliser la volonté de l'enfant, pour enseigner à celui-ci la technique du vouloir « grâce à laquelle il facilitera en toute occasion l'intervention et le triomphe de sa volonté et saura délibérer, décider et exécuter rationnellement ».
Par là se trouve expliquée, si je ne me trompe, la conception même que M. Martin se fait de la volonté, encore qu'il se borne à la suggérer, plutôt qu'il ne la pose et ne la développe expressément; il l'identifie, en dernière analyse, si j'ai bien compris sa pensée, à l'action prépondérante et permanente de l'idée ou mieux dusentimentdubien, et la définirait volontiers: la puissance de la tendance morale.
Je n'ai pas dit, dans les lignes qui précèdent, tout le bien que je pense de ce livre d'une lecture très attachante : j'en suis retenu par la sympathie qui m'attache à son auteur, lequel fut de mes élèves, et est resté de mes amis. Aussi bien est-ce au lecteur à se former une opinion sur l'ouvrage qu'il a sous les yeux. Je me borne à souhaiter que celui-ci soit médité par tous ceux qui ont le souci de l'éducation morale et veulent se préparer à remplir le mieux possible ce devoir aussi difficile et redoutable qu'il est impérieux: former l'âme de l'enfant.
P. Malapert.
INTRODUCTION
On prend le mot « volonté » dans des acceptions assez différentes, plus larges et plus compréliensives les unes que les autres : nous le prendrons ici dans le sens le plus étroit et nous définirons la volonté provisoirement « le moi se décidant après réflexion ».
Si importante que soit la volonté, les philosophes de l'antiquité ne semblent pas l'avoir distinguée nettement parmi nos diverses fonctions psychiques, et en avoir aperçu les caractères spéciaux. Pour Socrate, par exemple, nos facultés se ramènent à deux, aux sens et à l'intelligence. L'on sait que Platon y ajoute le « cœur » ou le « courage », sorte de faculté intermédiaire, tour à tour inclinée à EuG. Martin. 1
l'acte par rintelligence ou parles sens, c'est-à-dire par les appétits et les désirs, qui proviennent suivant lui des sens : mais les caractères qu'il attribue au « cœur » ne sont pas encore précisément ceux de la volonté. Aristote abandonne cette troisième fonction de l'invention de Platon et revient à la division de Socrate. Il n'y a plus pour lui que des facultés sensitives et des facultés intellectuelles : les actes n'en sont que des manifestations. Il reconnaît cependant à leurs manifestations volontaires une propriété qui n'appartient ni aux sens ni à l'intelligence, et qui semble résulter de leur collaboration : la liberté, consistant à choisir les mo^'ens d'atteindre la fin vers laquelle nous nous dirigeons fatalement et universellement, à savoir le bien. Cette doctrine, adoptée par la philosophie scolastique, reste en faveur jusqu'à Descartes. C'est seulement à partir de Descartes que la volonté devient vraiment une faculté distincte, une puissance capable de s'opposer aux autres ou de les soutenir. On peut dès lors dire que la psychologie de la volonté est née.
Seulement, combien est incertaine et hésitante la démarche de cette psychologie cartésienne! Elle a les regards fixés au ciel, au ciel de la métaphysique spiritualiste. Descartes ne perd jamais de vue cette dualité : le corps et l'àme. Tous les phénomènes psychiques se répartissent à ses jeux en deux groupes : ceux qui viennent de l'âme et ceux qui sont dans l'àme le retentissement des
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mouvements mécaniques du corps. Ceux-ci peuvent aboutir chez nous, comme chez les animaux, à des actes inconscients; ils peuvent se traduire dans notre conscience par des « passions » susceptibles d'émouvoir et d'incliner notre âme. De son côté notre âme, de même qu'elle juge et raisonne, éprouve des sentiments qui ne viennent que d'ellemême. Au reste, en tant qu'elle pense ou qu'elle sent, l'âme est passive : elle n'est active qu'en tant qu'elle veut. La volonté est libre : entendons qu'elle a le « pouvoir d'élire », qu'elle peut « faire une chose ou ne pas la faire, c'est-à-dire affirmer ou nier, poursuivre ou 'uir une même chose y>^. C'est là un pouvoir merveilleux et incompréhensible. Les disciples de Descartes ont apporté bien des modifications à son enseignement : cependant ils ont toujours conservé cette notion d'une force simple et indécomposable d'une nature essentiellement spirituelle, inséparable de l'esprit. Il faut avouer que les doctrines sensualistes, trop superficielles, sans doute, émanant de philosophes qui, dans leur haine de toute obscurité, étaient portés à simplifier les choses outre mesure, ont rendu malgré tout un service inappréciable à la psychologie de la volonté, comme à"" toute la psychologie d'ailleurs : celui d'en faire décidément une science d'observation, une connaissance des phénomènes et de leurs lois.