Mal. de la Vol., p
lonté. Vraisemblablement il faut entendre par centres volitionnels un ensemble complexe de centres différents les uns des autres, et susceptibles de s'exercer autrement que dans l'activité volontaire.
En tous cas, comme toute fonction psychique, la fonction de volition est une fonction nerveuse, dont le siège principal se trouve dans les centres supérieurs de l'encéphale. Son exercice nécessite évidemment des dépenses d'énergie, d' « influx nerveux », dont l'intensité et la durée ont des limites variables suivant l'état des centres intéressés, et en général celui de l'organisme tout entier. « Lorsque, pour un motif ou pour un autre, le système nerveux de l'homme voit mollir sa tonicité, chacun de ses organes n'apporte plus à l'exécution de sa tâche que faiblesse et demi-sommeil. L'appétit à l'ouvrage reparaît quand reparait une tonicité générale plus haute. Pas plus que l'estomac ou que le cœur, le cerveau n'échappe à cette loi ^. » L'aptitude au vouloir dépend donc de tout ce qui peut influer sur notre santé, de l'air que nous respirons, qui doit être normal et pur, de notre alimentation, qui doit être saine et fortifiante, de nos fatigues et de nos repos. Elle dépend aussi de r entraînement qu'a subi notre volonté. « Qu'il s'agisse d'une faculté physique ou d'une faculté
1. Docteur M. de Fleury, le Corps el lame de Venfanl, p. 193.
morale, écrivions-nous ailleurs ^, son exercice implique toujours une dépense de forces organiques déterminées, subie par certains groupes de cellules. Appelons F les forces vives accumulées dans ces cellules et disponibles, et D les dépenses ordinaires. En vertu de la loi d'adaptation, les cellules tendent à puiser dans le sang de quoi faire face à ces dernières : F tend à se mettre au niveau de D. Pour amener une augmenlalion de F, il faudra accroître D. Seulement cette augmentation ne se produira de façon convenable qu'à trois conditions. La première, c'est que les exercices auront lieu à des intervalles de temps réguliers, point trop rapprochés, de peur qu'il n'y ait excès de fatigue, point trop éloignés, de crainte que le bénéfice de l'entraînement ne se perde La deuxième, c'est qu'on laisse à l'adaptation le temps de s'effectuer, que le progrès de D ne soit pas trop brusque, et ne franchisse un degré que lorsque l'organisme aura pu se mettre au niveau du degré précédent, La troisième, c'est que jamais D ne sera hors de proportion avec F. Cette disproportion occasionnerait dans les cellules un surmenage qui pourrait leur être préjudiciable et avoir même un retentissement dans le reste de l'orsfanisme. » Enfin, si l'on en croit M. Payot -, nous avons tous apporté
1. E. Martin, Contribution à l'étude du travail scolaire. {Bulletin de la Société libre pour l'étude de ienfanl, mars 1910.)
2. Éducation du caractère. Bévue phil., t. XLVIIl, 1899- 1902, p. G03.
en naissant un certain fonds d'activité qui constitue en grande partie notre tempérament : ce fonds, il pourra recevoir divers emplois, diverses applications ; il pourra être augmenté et amélioré quelque peu : mais il ne pourra jamais être transformé radicalement. M. Payot propose de classer les tempéraments à ce point de vue de la façon suivante : Les tempéraments les plus favorisés sont ceux qui disposent d'une activité à la fois intense et durable, chez lesquels la réparation des forces est rapide et la dépression consécutive à l'acte de courte durée. Les moins favorisés sont ceux dont l'activité est naturellement faible et sans durée. Entre ces deux groupes extrêmes, il y a les tempéraments à activité faible mais durable, et les tempéraments à activité intense mais courte, qui se fatiguent vite et ressentent longtemps la dépression que l'acte a amenée. Ce sont « ces modes de l'activité fondamentale » qui déterminent l'avenir psychologique de chacun de nous. Ces considérations intéressantes éclairent d'un jour nouveau le côté biologique de la fonction volitionnelle. La force de la volonté pourra s'accroître ou diminuer suivant les circonstances de la vie individuelle, suivant les variations accidentelles de l'état phj-siologique et « l'entraînement » de cette faculté, mais le degré qu'elle pourra atteindre dépendra toujours d'un facteur que Ton ne saurait éluder : le tempérament.
Nous aurons l'occasion de retrouver plus d'une
fois par la suite les conditions biologiques de la volonté, de môme que l'inhibition et l'attention : nous n'y reviendrons pas spécialement. En revanche nous examinerons plus minutieusement le rôle des fonctions intellectuelles, celui des tendances et celui des émotions dans l'activité volontaire, en essayant de comprendre comment celle-ci peut atteindre son plus haut degré de stabilité et de perfection.