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CHAPITRE III

RÔLE DES FONCTIONS INTELLECTUELLES DANS l'activité VOLONTAIRE

L'aspect intellectuel de la fonction volitionnelle est de beaucoup le plus apparent et le plus clair : c'est pourquoi des philosophes amis de la simplicité l'ont considéré presque uniquement. La question du « primat de la sensibilité » ou de l'intelligence nous paraît bien difficile à résoudre : le plus prudent n'est-il pas d'admettre qu'il y a ici deux points de vue également essentiels sur l'activité volontaire et de s'y placer successivement?

Sans l'intelligence la volonté ne pourrait naître. Sans elle, comment trouverait-elle une seule

occasion de s'exercer, puisqu'elle ne fait que mettre l'intelligence en mouvement dans un certain sens et exécuter les conclusions pratiques qu'elle en reçoit? C'est l'intelligence qui l'éclairé, qui lui montre les fins où elle doit tendre et les moyens d'y parvenir. Mais nous allons préciser davantage le rôle que jouent ici les facultés représentatives.

Ce rôle est double. Il comprend d'une part la découverte et la conception des différents actes possibles et des moyens de les accomplir, d'autre part la position et la solution des problèmes pratiques. Le premier travail intéresse surtout la mémoire et l'imagination, le second concerne davantage le jugement et le raisonnement. On n'insiste peut-être pas assez, d'ordinaire, sur la fonction particulière que remplissent dans notre conduite la mémoire et l' imagination. Il ne suffit pas que nous soyons bien intentionnés, ni même que nous sachions juger et raisonner correctement; il faut encore que les diverses fins offertes à notre activité et les diverses possibilités d'action ne nous échappent pas ; il faut que nous soyons assez ingénieux pour découvrir les principaux sentiers où nous pourrons nous engager, le point de départ et le point d'arrivée de chacun, avant de faire choix de l'un d'entre eux : en un mot, il faut que nous ayons recours à la mémoire et à rimagination. Dans toute science et dans tout art, c'est avec leur (concours que l'on pose des ques-

tiens nouvelles ou que Ton conçoit un nouvel idéal, et que l'on trouve la manière de répondre à ces questions ou de réaliser cet idéal : l'art de se bien conduire ne fait pas exception sous ce rapport.

Plus importante encore est la fonction du jugement et du raisonnement. Comme l'a fort bien expliqué M. Lapie ^, chacun des actes que nous concevons est examiné par nous à deux points de vue : au point de vue de sa valeur propre et au point de vue de sa possibilité. La raison essaie de déterminer quel est celui qu'il est préférable pour nous d'accomplir dans telles circonstances ; or celui qui nous semble l'emporter sur les autres n'est pas seulement celui qui nous parait le meilleur idéalement : il faut de plus qu'il ne nous apparaisse pas comme impossible, sinon il est immédiatement écarté.

Il va sans dire que ce travail de la réflexion varie beaucoup suivant la nature et la complexité des problèmes pratiques. Par exemple, je me vois obligé de calculer longuement, de comparer et de peser bien des possibilités d'actions, de prévoir bien des éventualités, lorsque je suis parvenu, pour ainsi dire, à un des tournants de mon existence et que j'ai à prendre une de ces déterminations graves, qui l'orienteront par la suite soit dans un sens soit dans un autre Mais voici

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