‹ Psychologie de la volonteChapitre 23 sur 55 · Op. cil., p. 218, etc · texte numérisé non relu

Op. cil., p. 218, etc

qu'on m'offre de faire un tour de promenade au bois de Boulogne ; le cercle de mes discussions intérieures est singulièrement plus restreint : j'ai à opter entre faire et ne pas faire, entre l'action et l'abstention. Autre cas, plus simple encore : je sors, mon pardessus sur le bras. Soudain le vent fraîchit: en une seconde, j'ai conclu que je devais mettre mon pardessus. J'ai compris tout de suite qu'il n'y avait pour moi qu'un seul parti digne d'être envisagé et j'ai évité de me jeter dans des investigations superflues. Il y a en effet tout un art de poser les problèmes pratiques, art que les hommes possèdent diversement. Il y a des partis qui sont rejetés presque aussitôt qu'aperçus, par suite de jugements à peine conscients, d'intuitions si vives qu'elles ne laissent aucun souvenir. Ce rejet n'est pas toujours définitif : nous avons préféré, par exemple, l'action à l'abstention, à première vue, provisoirement, et nous en cherchons les moyens ; mais l'éventualité de l'inaction n'en subsiste pas moins et bientôt se présente à notre esprit lorsque nous avons mesuré les inconvénients de l'action. La pensée suit en général une marche beaucoup plus rapide que nous ne pouvons nous le figurer lorsqu'elle nous apparaît toute formulée, sous une forme explicite et détaillée : elle a souvent la brièveté et la rapidité de l'éclair.

Dans tous les cas le jugement décisif semble résulter d'un débat, qui est parfois, il est vrai, fort

écourté. Fréquemment la discussion commence par un premier jugement provisoire sur la possibilité et la valeur des actes représentés ou imaginés et par un premier classement ; avant d'étudier à fond toutes les solutions possibles, ce qu'elle ne fait pas toujours, l'intelligence démêle les principales, élimine à la hâte celle-ci, adopte celle-là sous conditions. On peut comparer ce processus à celui que suit un élève qui traite un sujet de composition française. L'élève a-t-il trouvé plusieurs idées directrices, qui lui paraissent essentielles ? il dessine un premier plan, suivant lequel il range d'abord ses idées. Puis, lorsqu'il a creusé davantage la question, il peut arriver qu'il modifie, qu'il complète, ou même qu'il abandonne tout à fait ce premier plan. De même, c'est bien souvent après des tâtonnements, des progrès et des retours en arrière, des jalons plantés puis arrachés bientôt, que nous découvrons une solution qui nous semble à un moment donné la plus acceptable : elle ne nous fera peut-être plus la même impression un instant après ; elle sera peutêtre remplacée par une seconde, puis par une troisième. Ces observations nous donnent quelque idée de l'importance qu'a, au point de vue de la conclusion dernière, la durée de la délibération. A un certain moment, celle-ci est suspendue définitivement. A ce moment précis, ou bien nous ne nous sommes prononcés pour aucun parti, ou bien l'un d'entre eux a obtenu notre préférence :

dans ce dernier cas, le jugement que nous portons en sa faveur n'est pas toujours assertorique ; il peut être plus ou moins hypothétique ou conditionnel.

Je me propose d'examiner maintenant trois questions importantes. Quelle est la nature des différents jugements dont l'ensemble constitue la délibération et à quelles influences leurs variations sont-elles soumises ? Ensuite comment se fait-il que le débat soit conduit de telle façon plutôt que de telle autre, par exemple, qu'il soit tantôt prolongé, tantôt raccourci étrangement? Enfin à quelles conditions la décision finale de la raison est-elle suivie de mouvements volontaires ? n'existerait-il pas un raisonnement volitionnel de forme spéciale, que l'on pourrait représenter par un schéma simple et logique, et dont la conclusion serait la volition elle-même ou tout ou moins aurait la propriété de l'entraîner ordinairement?

M. Ribot distingue quoique part* deux sortes de jugements, les jugements de fait ou de constatation, qu'on appelle parfois « existentiels » et les jugements d'appréciation ou d'importance des choses, auxquels on a donné le nom de « jugements

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