CHAPITRE V
l'aspect émotionnel de l'activité volontaire
Des tendances, puissances actives, il faut distinguer avec soin les émotions ou sentiments, états affectifs, c'est-à-dire agréables ou pénibles. Nous négligerons ici les sensations affectives, qui proviennent de nos organes des sens et de nos organes internes. Les sentiments nous intéresseront au contraire, parce qu'ils ont une influence plus remarquable sur le jeu de nos tendances et sur notre activité volontaire. Ils sont causés ordinairement par des représentations, ou plutôt par des jugements que nous portons sur des représentations. Par exemple, je me rappelle un ami qui m'était cher et je juge en môme temps qu'il n'est
plus : cette pensée m'inspire du regret. On m'offre un livre nouvellement édité et je juge que ce livre va m'étre d'une grande utilité ; aussitôt naît en moi un sentiment de contentement.
Entre les sentiments et les tendances il existe d'étroites relations. En règle générale, en effet, la satisfaction modérée d'une tendance entraîne un plaisir, la satisfaction excessive, la déception ou simplement le besoin d'exercice d'une tendance a pour conséquence une douleur. Si l'on voulait expliquer ce phénomène en style physiologique, on définirait la tendance un réservoir de forces de tension en équilibre instable, susceptibles de se dégager dans une certaine direction, sous l'influence d'excitations déterminées. Ces forces de tension se trouvent-elles surabondantes ? il en résulte une douleur que l'idée d'une déception certaine ou même possible rend plus consciente et plus aiguë. La dépense excessive de ces forces est pénible parce qu'elle occasionne une fatigue trop grande ou même une usure organique. Leur écoulement suffisant et modéré est accompagné par contre d'un plaisir ^
Or il est d'abord évident que de l'état de nos tendances dépendent les caractères des émotions qui s'y rattachent. Le plaisir ou la douleur que produisent, par exemple, le contentement ou la déception d'une tendance, varie en quantité suivant