‹ Psychologie de la volonteChapitre 31 sur 55 · Cf. p · texte numérisé non relu

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le rapport qui existe entre son degré de tension à un certain moment et l'activité qu'elle est amenée à déployer, si l'on veut, suivant les exigences qu'elle manifeste et la réponse qui leur est donnée. Une impulsion m'engage-t-elle à me lever de bonne heure pour me mettre au travail ? Si ma paresse l'emporte ou si une nécessité quelconque m'oblige à rester au lit, je ressentirai une sorte de mécontentement intime proportionnel à l'intensité de l'impulsion qui me poussait à me lever. Si celle-ci est victorieuse, au contraire, j'éprouverai un plaisir d'autant plus grand qu'elle se montrait plus impérieuse. Prenons un autre exemple : l'idée que je pourrai bientôt contempler la mer excite vivement en moi le désir d'un beau spectacle que je connais ; mais au bout de quelques heures de contemplation, mon désir, se trouvant momentanément épuisé, la vue de la mer cesse de m'étre agréable et j'éprouve le besoin de m'en éloigner.

Plus intéressante encore est pour nous l'action ou la réaction des émotions sur les tendances. Les sentiments agréables ou pénibles peuvent aiguillonner certaines tendances, en particulier celles dont la satisfaction ou la -déception les ont produits, et les pousser à un déploiement immédiat d'énergie, ayant pour but la poursuite ou la fuite de ce qui les a causés. Après un concours, on trouve des candidats malheureux qui se remettent aussitôt au travail avec acharnement. Une défaite

ne donne souvent que plus de courage à Tarinée vaincue. D'ordinaire, les candidats heureux, encouragés par leur succès élaborent bientôt de nouveaux plans et entreprennent de nouvelles besognes; les armées victorieuses recommencent la lutte avec plus d'entrain. Il est vrai qu'on voit aussi des candidats heureux, contents du titre qu'ils ont obtenu, cesser de s'appliquer fermement à des travaux utiles, des armées victorieuses qui « se reposent sur leurs lauriers ». C'est que les tendances qui les portaient à l'action, suffisamment fortes pour les conduire à un certain but, ne l'ont plus été, une fois satisfaites, pour exiger la poursuite d'un but nouveau. — L'action des sentiments sur certaines tendances n'est pas seulement immédiate : ils persistent en effet à titre de souvenirs, et nous allons bientôt les retrouver comme tels. — Enfin il est des émotions qui accompagnent la simple idée de la satisfaction ou de la déception d'une ou de plusieurs tendances. Cette idée détermine en nous, par un processus dont il est difficile de rendre compte, une jouissance ou une peine dont la nature dépend évidemment de celle de la satisfaction ou de la déception entrevue, et dont l'intensité dépend de la vivacité prévue de celles-ci, de ce qu'elles sont envisagées comme proches ou lointaines, comme possibles, probables ou certaines, enfin de ce qu'on ressent plus ou moins fortement le besoin d'exercice des tendances intéressées. La mémoire et l'imagina-

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tien jouent ici un rôle très remarquable K A l'aide (les souvenirs de notre expérience passée, qui renaissent incomplètement, toujours transformés, au moins simplifiés quelque peu, nous nous figurons les expériences futures. C'est alors que nous ressentons l'espérance ou la crainte : l'espérance, si au désir d'un certain bien se joint le sentiment anticipé du plaisir qu'il nous procurerait au cas où nous l'obtiendrions ; la crainte, si à ce désir s'ajoute le sentiment anticipé de la souffrance que nous éprouverions au cas où il nous échapperait. J'ai une profonde affection pour un ami. Je désire sa présence, sa conversation, tous les plaisirs qu'il me cause. Vient-il à tomber malade ? Je crains de le perdre : c'est-à-dire que mon désir est accompagné du pressentiment des souffrances que sa perte m'occasionnerait. J'espère le conserver : cela signifie qu'à mon désir s'unit la vision de toutes les joies dont il est pour moi la source. Qu'il s'agisse d'espérance ou de crainte, les images agréables ou pénibles qui surgissent en nous ont pour effet d'attiser notre désir, sauf quand les images pénibles excitent une douleur assez intense pour être dépressive.

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