‹ Psychologie de la volonteChapitre 34 sur 55 · I. Causeries pédag., p. 145. (F. Alcan · texte numérisé non relu

I. Causeries pédag., p. 145. (F. Alcan

celle de la vie affective. Peut-être des recherches nouvelles nous éclaireront-elles davantage sur ce point de la question.

L'activité est, sans contredit, l'attribut le plus général et le plus profond du sujet conscient, car sentir et connaître c'est encore agir ou réagir. Si l'on prend le mot activité en ce sens, il est clair qu'il ne saurait désigner une faculté du même ordre que la sensibilité et l'intelligence : elle est quelque chose d'essentiel à ces facultés, ou, pour mieux dire, quelque chose d'essentiel à l'être, puisque l'être, s'il n'était actif, ne saurait penser ni sentir.

L'action est donc la manifestation par excellence de la vie ; l'être vivant est avant tout un être d'action : il faut donc s'attendre à ce que son évolution tende avant tout à améliorer son activité, à perfectionner par conséquent ses fonctions proprementactives, à ce que ses autres fonctions se modifient de manière à s'adapter le mieux possible à son rôled' « agent ». Par fonctions proprement actives nous entendons ces combinaisons déterminées de mouvements, orientées vers certaines fins, combinaisons plus complexes les unes que les autres, que les psychologues ont définies et classées : ils ont distingué des mouvements réflexes, instinctifs, re*

présentatifs, impulsifs, enfin volontaires. Par les autres fonctions nous entendons ce que les Cartésiens ont appelé d'un mot : les perceptions , c'està-dire d'une part les « facultés » intellectuelles, d'autre part les phénomènes affectifs ; ou, pour continuer d'employer le langage cartésien, d'une part les « perceptions claires » d'autre part les « perceptions confuses » : c'est le côté passif de l'âme : // est vraisemblable qu^il se plie aux exigences de la vie active^ qui est la vie véritable. Ce que nous savons de l'évolution intellectuelle de l'homme semble confirmer cette hypothèse : l'adaptation des « perceptions claires » à l'activité humaine, qui s'intellectualise do plus en plus et devient de plus en plus réfléchie et volontaire est un fait que nous avons déjà remarqué. Mais n'observe-t-on pas une adaptation des « perceptions confuses », en particulier des sentiments?

Si nous consultons les apparences, la volonté tendrait normalement à devenir une volonté froide et impassible. Les hommes sur lesquels nous comptons le plus, les caractères les plus fermes, les plus consistants et les plus raisonnables, ne sont-ils pas des gens qui se possèdent pleinement, qui ne se laissent troubler par rien? N'est-ce pas à ceux-là qu'on va de préférence demander conseil et qu'on confie le plus volontiers la défense de ses propres intérêts ? N'est-ce pas ceux-là qu'on place le plus volontiers à la tête d'un gouvernement ? Les anciens Grecs et les Romains étaient d'avis que les vieillards

étaient plus aptes que les autres à délibérer sur les affaires publiques. Aujourd'hui même, les parlements ne sont point composés déjeunes gens. C'est, dira-t-on, que Ton recherche pour la direction des Etats des hommes suffisamment expérimentés. Sans doute, mais c'est aussi que l'on recherche des hommes de volonté, des hommes, comme on dit, (( posés » et « de sens rassis ». Or ces qualités sont-elles compatibles avec une vie émotionnelle très intense ? Lorsqu'un individu se domine pleinement, c'est vraisemblablement qu'il n'éprouve pas de sentiments assez troublants pour entraver l'exercice de sa raison. Si, de l'aveu de tous, l'âge tend à nous donner la maîtrise de nous-mêmes, n'est-ce pas parce qu'il calme progressivement notre sensibilité ? Il serait intéressant de chercher ce que devient celle-ci tandis qu'évolue notre volonté. Nous avons vu les changements que subissaient nos tendances et nos pensées au cours de cette évolution : ceux de nos états émotionnels resteraient à étudier. Mais pour nous en rendre compte, il serait tout à fait indispensable de résoudre une questions assez délicate, celle de U influence de la répétition et de Ihabitade sur nos sentiments. Nous saurions ainsi, par exemple, si des sentiments habituellement réprimés et étouffés s'évanouissent petit à petit, et si des sentiments fréquemment reproduits, au contraire, s'émoussent par cela-même nécessairement.

C'est un principe communément admis que les sentiments s'émoussentpar raccoutumance, à l'exception de ceux qui résultent de la satisfaction des désirs insatiables, comme celui du beau, celui du vrai, et celui du bien^ Cependant il est un autre principe, qui a également cours, et qu'on ne semble pas s'être préoccupé suffisamment de concilier avec le précédent. M. P. -F. Thomas, en effet, dans son ouvrage sur V Education du senliment'^, invoquant l'autorité d'Épicure déclare que, « s'il est des limites à la vivacité de la sensation, il ne semble pas qu'il en existe à celle du sentiment ». M. Nayrac, dans son intéressante étude sur l'attention, écrit que « l'émotion tend à créer l'émotivité ». D'après lui, par conséquent, le phénomène de l'émotion se conformerait à cette loi bien connue que, plus une modification organique est répétée, plus elle tend à se reproduire facilement. Il y aurait peut-être lieu d'examiner de près cette question ".

1. Cf. L. DuMONT, Théorie scient, de la sensibil., p. 77 sq. (Paris, F. Alcan), 1877. — Radier, Cours de P&ych. p. 583 sq. — W. James, VÉmolion, trad. Dumas, p. 109 (Paris, F. Alcan), etc.

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