‹ Psychologie de la volonteChapitre 35 sur 55 · P. 31 (F. AlcanV · texte numérisé non relu

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3. Cf. Eue. MAFiTiN, i'Induence de l'habitude sur les sentiments [Rev. Philos., avril 1910).

On pourrait, semble-t-il, rattacherions nos sentiments à la satisfaction ou à la non^ satisfaction soit « idéales » soit réelles, de nos multiples besoins. La nature et le degré d'un sentiment simple, que nous isolerons par abstraction, seront donc évidemment en relation directe avec la nature et les exigences d'un besoin à un moment donné. Pour la commodité de la démonstration, appelons s la satisfaction, même dans le cas où elle dépasse le besoin. Si l'on a s < ^, le plaisir sera faible; il augmentera à mesure que s se rapprocha de b et atteindra logiquement au maximum si l'on a. s = b. Il y aura douleur si Ton peut écrire: s > 6. D'autre part, la non-satisfaction causera une douleur d'autant plus vive qu'elle sera plus complète et que le besoin sera plus grand. Lorsque nous avons vécu quelque temps en compagnie d'un ami intime nous éprouvons plus de chagrin, au moment où il nous quitte, si nous avons joui longtemps de sa présence que s'il n'est resté près de nous que peude jours. Vient-il nous revoir au bout d'une semaine, nous le recevons avec plus de joie encore que s'il revient au bout d'un an, quand le besoin que nous avons de le revoir et de causer avec lui aura été atténué par l'effet de la séparation. J'ai observé en moi-même des phénomènes semblables en ce qui concerne des besoins acquis, tels que l'amour de la musique, de la danse, de la société, ou celui des promenades.

La satisfaction ou la déception répétée ou pro-

longée d'un besoin ne modifieront donc, sans doute, les sentiments qui les suivent, qu'en modifiant le besoin lui-même, en l'affaiblissant ou en le renforçant. Pourtant n'observe-t-on pas maintes fois des circonstances où, tandis que le besoin reste stationnairc ou même progresse légèrement, l'émotion produite par sa satisfaction ou sa déception décroît petit à petit ? C'est devenu un lieu commun de dire qu'on s'accoutume au plaisir ou à la souffrance. S'ai^it-il ici d'un fait constant et inévitable ? Ce serait bien regrettable, car il est tel sentiment, noble ou délicieux, que nous conserverions volontiers dans toute sa plénitude. D'autre part, faut-il parler d'une loi unique, qui vient contrecarrer la précédente, ou d'une pluralité de lois ? Nous allons nous rendre compte que le dépérissement du sentiment n est pas nécessaire et qu'il s'explique par diverses lois, qui n'agissent pas toujours dans le même sens. Ces lois pourraient peut-être se résumer d'un seul mot, l'adaptation, l'organisation, ou, si l'on veut, l'habitude, mais il convient de les distinguer soigneusement les unes des autres

Toutefois il y a intérêt à préciser davantage encore le débat en présentant auparavant deux observations essentielles. La première, c'est qu'il ne faut pas confondre les sentiments qu'on pourrait appeler généraux , provenant de tendances générales avec les sentiments spéciaux, se rattaclinnt à des tendances « pjirticulières ». L'ha-

l'aspect émotionnel de l'activité volontaire 121

bitude pourrait développer les uns et émousser les autres. Par exemple un amateur de musique se dégoûtera, à force d'en entendre, d'un genre particulier de musique, des sonates de Beethoven, je suppose, tandis que le plaisir que lui procurera la musique en général ne fera que s'accroître. Un fervent des promenades, qui aura parcouru trop souvent une jolie route, arrivera peut-être à lui trouver moins de charmes, au moins pendant un certain temps ; mais les promenades en général seront très loin d'avoir cessé de lui plaire. Nous parlerons donc surtout ici des sentiments « spéciaux ».

Une seconde réflexion, c'est que la prolongation d'un sentiment et sa répétition n'auront pas nécessairement des effet identiques. « La continuité dégoûte en tout », écrit Pascal. Elle dégoûte au moins momentanément : c'est que la continuité engendre la fatigue. Mais la répétition ne la produit pas toujours, surtout lorsqu'elle est combinée avec la variété, qui, suivant Bossuet, « est tout le secret de plaire ;). Voici comment s'explique Lemoine au sujet des sensations « affectives » : (il s'inspire, comme il l'indique lui-même, du Mémoire sur Vhabitude, de Maine de Biran). « Ce que les psychologues et les moralistes de tous les temps ont le mieux établi touchant la sensibilité, c'est que la sensation, plaisir ou douleur, est essentiellement un mouvement, un changement. Elle est moins un état que la transition d'un état à un autre car elle

n'apparaît que lorsque l'âme passe d'une manière d'être à une autre plus ou moins différente... S'il en est ainsi, on se rend déjà quelque compte du singulier phénomène que la sensilDilité nous offre : plus une sensation se prolonge ou se répète, plus elle s'affaiblit ; elle finit même par s'évanouir entièrement, malgré la persistance de la cause qui Ta fait naître. En d'autres termes, Thabitude émousse les sensations, le plaisir et la douleur ^ )> Mais il n'est pas certain que ce qui est vrai des sensations le soit de tout point des sentiments. De plus cette remarque de Lemoine, applicable, semble-t-il, à la prolongation du sentiment, pourrait bien ne pas l'être en ce qui a trait à la répétition. Ces points signalés, venons-en aux lois que nous nous proposions de démêler d'une façon précise. — Il y a d'abord celle que nous pourrions appeler loi de la vision Imaginative ou de Vidéalisation de r objet. On a dit bien souvent qu'une émotion nouvelle, celle qu'on éprouve, par exemple, à contempler un beau site qu'on n'avait jamais vu ou a lire un bel ouvrage de littérature qu'on ne connaissait pas, avait un caractère do vivacité et de fraîcheur qui se perdait graduellement par la suite ; et je me souviens d'avoir entendu un de mes anciens maîtres, envier notre bonheur, à nous ses élèves, qui pouvions encore lire pour la première fois certaines œuvres de nos grands poètes ou de

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