‹ Psychologie de la volonteChapitre 36 sur 55 · Lemoine, illabilude, 1875, p. 41 sq · texte numérisé non relu

Lemoine, illabilude, 1875, p. 41 sq

l'aspect émotionnel de l'activité volontaire 123

nos grands romanciers. En réalité le complexus émotionnel que détermine en nous la perception ou la représentation d'un objet a un contenu qui change chez le même individu, d'une expérience à Fautre. Les émotions sont en effet sous la dépendance directe d'éléments intellectuels, perceptions, représentations et jugements, lesquels sont fournis en partie et par la mémoire et par l'imagination. Or les données de ces deux facultés, il faut bien noter ce point, ne sont pas du tout les mômes à la première expérience qu'à la seconde, ni à celle-ci qu'à la suivante, et ainsi des autres. Un objet ou un acte est-il conçu ? même s'il nous est connu, nous le voyons toujours à travers notre mémoire et notre imagination, et la conception que nous nous en formons varie chaque fois avec l'état de celles-ci. Elle doit d'autant plus, évidemment, à l'imagination et d'autant moins à la mémoire, que l'objet ou l'acte est plus nouveau pour nous. De là des changements dans les sentiments que notre conception nous suggère, différents selon les individus. Il m'est arrivé souvent, dans les campagnes normandes, de rencontrer des troupeaux de vaches et de bœufs que l'on menait au pâturage. Au début, j'avoue que l'arrivée de ces volumineux ruminants n'était pas sans me causer quelque appréhension. Puis, ayant reconnu la tranquillité et l'innocence de leurs mœurs, j'ai cessé petit à petit de redouter leur approche. Il y a des personnes dont l'imagination embellit ou enlaidit, grossit ou

rapetisse tout ce qu'elles voient ou tout ce qu'elles conçoivent pour la première fois, et qui ne changent que lentement d'impression par des contacts successifs avec les objets. Chez d'autres, des idées préconçues et exagérées dans un sens font place brusquement, lorsqu'elles reçoivent un démenti soudain de la réalité à des idées également exagérées, mais en sens contraire. Que de surprises et de désillusions leur imagination leur prépare ! Et toujours une modification dans leurs représentations amène une transformation dans leur état affectif. C'est ainsi que Rousseau était souvent attristé plus que de raison par les événements réels, parce qu'il s'en était formé à l'avance une trop riante image.

Une seconde loi, distincte de la précédente, est celle de la surprise ou de Vailente. Une perception nous prend-elle à l'improviste ? son irruption soudaine dans le « polyidéisme antérieur», suivant les expressions de M. Th. Ribot ^ détermine chez nous une incertitude temporaire de jugement et un certain trouble, qui ne cesse que lorsque son identité a été établie. Cet élément d'étonnement, qui va s'affaiblissant à mesure que l'objet nous est mieux connu, s'ajoute aux autres éléments de l'état affectif produit par l'objet, et peut augmenter la vivacité de ceux-ci et les rendre plus conscients. J'étais assis au pied d'un rocher en

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