‹ Psychologie de la volonteChapitre 39 sur 55 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous avons essayé de montrer ce qu^est et ce que devient la volonté et d'expliquer ses transformations par un certain nombre de causes : il est une cause digne de nous arrêter, mais qu'il était logique d'examiner en dernier lieu, c'est la volonté elle-même. L'homme, animal volontaire, est un (( animal social ». Tout homme, en principe, évolue au milieu de ses semblables ; il a besoin de leur aide dès qu'il vient au monde et il en aura toujours besoin ; ceux-ci, en particulier, collaborent à sa propre évolution. C'est là une loi naturelle, plus remarquable encore dans la vie des hommes que dans celle des autres animaux, mais qu'on trouve déjà souvent chez ceux-ci. Le petit oiseau, au sortir de l'œuf, n'est-il pas l'objet des mille soins de ses parents qui restent près de lui, le réchauffent, le nourrissent, accompagnent ses premiers vols et sera-

blent lui donner instinctivement les premières leçons de Fart de vivre. Grâce à ses parents et à d'autres oiseaux aussi, sans doute, ses instincts, stimulés et éclairés, vont se développer mieux et plus vite. D'autre part l'homme, plus conscient et plus intelligent que ses frères inférieurs, a le pouvoir de se modifier lui-même. Bref, il y a une éducation de la volonté par la volonté elle-même. Cette éducation est, suivant les cas, bonne, médiocre ou mauvaise; mais ce n'est pas ici d'un devoir ni d'un idéal que nous allons parler; elle est un fail et c'est à ce titre que nous allons la considérer.

Tout d'abord l'éducation affaiblit ou renforce la volonté, suivant qu'elle l'exerce ou non rationnellement. L'on sait que les cellules nerveuses susceptibles d'entrer en jeu dans la fonction de volition, en particulier celles qui constituent le siège organique de nos diverses tendances, peuvent être regardées comme des réservoirs de forces vives accumulées. Le capital de force que chacune emmagasine varie, non seulement suivant Tabondance et la qualité des éléments nutritifs que lui apporte le sang, mais encore suivant l'importance, la durée, lo nombre de ses dépenses habituelles et suivant les intervalles qui les sépa-

l'action de la volonté sur la volonté Ul

rent K L'on conçoit que notre volonté puisse devenir ainsi plus molle ou plus courageuse, suivant que nos cellules nerveuses s'enrichissent ou s'appauvrissent d'énergie capitalisée. On distingue d'ordinaire le courage « passif », avec leqiiel nous supportons la souffrance sous toutes ses formes, du courage « actif » avec lequel nous suivons fermement le parti que nous avons choisi. En réalité il n'y a qu'une sorte de courage, qui consiste dans une certaine maîtrise de nous-mêmes; dans une application énergique aux idées, aux sentiments et aux actes de notre choix; en un mot, dans la puissance de l'attention voulue. Toutes les qualités du vouloir 2, se créent, d'ailleurs, ou se développent par l'exercice, s'atrophient et se perdent faute d'usage.

Lorsqu'on essaye d'amener autrui à certains actes de volonté, l'on est forcé de susciter en lui des mobiles de toute nature, do faire appel à la crainte, à l'intérêt, àl'amour-propre, à la sympathie. L'acte réalisé est d'autant plus volontaire, é\'idemment, qu'il procède davantage de la spontanéité individuelle, qu'il est plus profondément personnel. Lorsqu'il s'agit pour le sujet d'obtenir de lui-même une volition, il faut qu'il emploie une méthode semblable, qu'il éveille dans sa propre conscience les sentiments susceptibles de l'y en-

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