‹ Psychologie de la volonteChapitre 44 sur 55 · Cf. p · texte numérisé non relu

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se satisfait, par exemple, jusqu'à un certain point et s'attise manifestement par la lecture ou l'audition de récits de voyages intéressants. Ce phénomène nous aide à comprendre pourquoi l'on ne fait souvent qu'exciter et nourrir davantage une inclination lorsqu'on la contrarie indiscrètement en lui refusant toute satisfaction matérielle. L'on oublie qu'elle s'exerce intérieurement malgré tous les obstacles du dehors ! C'est de l'attention qu'il faudrait être maître pour empêcher la rebelle de diriger les pensées à sa guise et de s'alimenter d'idées, d'images et d'émotions ! Vous séparez ces deux jeunes gens qui s'aiment; mais votre mesure restera insuffisante pour détruire le penchant qui les domine, tant qu'ils songeront l'un à l'autre et se resteront fidèles secrètement.

On fait naître des tendances nouvelles en suivant la méthode qu'emploie la nature elle-même : en créant des habitudes. Dans le domaine de la psychologie comme dans celui de la physiologie, lorsqu'une série d'états devient habituelle, il se forme une tendance à les reproduire. Mais comment produire une série d'actes déterminée et la rendre habituelle ? en faisant appel, évidemment, aux inclinations déjà existantes du sujet, et en provoquant chez lui le désir ou la crainte. Obtenez, par le persuasion ou la contrainte, qu'un enfant de dix ou douze ans lise souvent des livres accessibles à son âge : il en lira bientôt spontanément. Une tendance nouvelle aura fait chez lui son appa-

rition : le goût de la lecture. Obligez un enfant de trois ou quatre ans, voire même plus jeune, à se laver ou à se faire laver les mains lorsqu'elles sont sales : insensiblement se formera en lui le goût de la propreté. Nous avons dit qu'on fait appel aux inclinations déjà existantes : c'est qu'en effet il n'est guère possible de créer de nouvelles tendances qu'en utilisant les anciennes et en leur donnant de nouvelles orientations. Très souvent même, l'on se borne à orienter une tendance vers un nouvel objet par un procédé naturel qui rappelle quelque peu celui de la greffe. Par la greffe, le cognassier arrive à porter des pêcbes et l'églantier des roses; de môme, par les soins de l'éducateur, le souci de la propreté physique engendre celui de la pureté morale, la recherche de l'intérêt personnel fera éclore celle de l'intérêt d'autrui. On dit ordinairement qu'un sentiment primitivement éveillé par une certaine idée est susceptible de l'être par une idée associée à celle-ci. Il nous semble plus clair de dire ici qu'une inclination appliquée à un certain objet est susceptible d'être appliquée à un objet différent, si l'on sait associer l'idée de ce second objet à l'idée du premier. On peut, par exemple, faire passer l'enfant « de la crainte du mal physique à la crainte du mal moral, de Témulation pour les qualités du corps à l'émulation pour les qualités de l'esprit, de l'orgueil qu'inspire la possession des objets matériels à l'orgueil plus noble qu'excite la possession des

biens intellectuels ^ » Il est même possible défaire oublier graduellement l'idée de l'ancien objet de l'inclination, de la faire disparaître de plus en plus du champ de la conscience, bref, de l'annihiler : dès lors une tendance nouvelle se substitue à l'ancienne. Un jeune homme de ma connaissance se sentait une sorte de vocation pour la carrière de marin ; cette vocation dévia à la fin, par suite des difficultés qui l'empêchèrent de réaliser son premier rôve, et fit place au goût de la colonisation. Mais une telle substitution s'opère d'ordinaire d'une manière moins indirecte, lorsque la tendance est de nature à recevoir des applications diverses. Un goût très prononcé pour le rhum ou le cognac, sorte de spécialisation du goût des boissons excitantes, pourra être remplacé petit à petit par un goût des boissons alcoolisées dites « hygiéniques », développé directement, ou par celui des alcaloïdes comme le thé ou le café. Les tendances se corrompent ainsi ou s'ennoblissent par de simples changements de direction. Des études ont été faites sur les cas d'inversion gustative et d'inversion sexuelle. On pourrait en faire de semblables au sujet de la dégradation de nos tendances les plus élevées. L'avarice n'est pas seulement une exagération, c'est encore une perversion du désir de posséder, qui s'attache, non plus à la véritable richesse, mais uniquement à ce qui en est le signe. La vanité

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