‹ Psychologie de la volonteChapitre 48 sur 55 · GvYxi], Éducalion el hérédité, p. 9 (Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

GvYxi], Éducalion el hérédité, p. 9 (Paris, F. Alcan

l'action de la volonté sur la volonté 156

spontanément ou par artifice, à l'expression de ceux-ci, à l'énergie et à la précision de ses affirmations, à la vivacité imagée de son langage.

Il nous reste à signaler comment l'éducation, plus facilement encore qu'elle n'agit sur nos tendances et sur nos sentiments, arme notre volonté en agissant sur notre esprit, en contribuant à le munir d'idées directrices. Elle y contribue, en premier lieu, en accroissant d'une manière générale le bagage de nos connaissances; elle nous donne ainsi plus de documents pour juger exactement des choses, pour voir clair dans les circonstances qui nous entourent et dans notre conduite. Ici s'applique fort bien le proverbe « un homme averti en vaut deux ». Elle ajoute à cette instruction générale des leçons plus particulières, plus directement en rapport avec notre activité volontaire; elles comprennent une instruction morale proprement dite, tantôt très rudimentaire, tantôt plus ou moins complète, tantôt assez saine et pure, tantôt par contre très corrompue et mêlée d'erreurs; ensuite un enseignement moins idéal, plus terre à terre, sur Vart de se conduire au milieu des difficultés de la vie et de sauvegarder ses intérêts ; enfin des conseils qu'on pourrait appeler techniques sur la façon de régler nous-mêmes le

mécanisme de notre volonté, de lui donner ses qualités essentielles à un degré aussi élevé que possible et de la rapprocher de son type idéal.

Certains maîtres ont soin de montrer à leurs élèves que la volonté « s'entraîne » comme un muscle et qu'il n'est pas d'entraînement plus utile. Ils leur révèlent tous les procédés extérieurs ou intérieurs de nature à l'aguerrir, à lui permettre de résister aux impulsions mauvaises, à la rendre une, constante et bonne. Ils leur apprennent à faire un usage méthodique de leur attention volontaire pour conquérir et conserver la maîtrise d'euxmêmes, l'auto-contrôle, cette aptitude qui consiste à diriger ses pensées, ses actes, ses paroles exactement comme on l'a résolu après réflexion. Ils leur énumèrent les précautions qu'ils doivent prendre elles règles qu'ils doivent observer pour délibérer, décider et exécuter d'une façon satisfaisante. Beaucoup d'autres ne songent même pas que cette technique du vouloir puisse être un objet d'enseignement. Aussi les jeunes gens soucieux de leur perfectionnement souffront-ils parfois de se sentir ignorants en cette matière; et ils sont tout heureux lorsqu'ils rencontrent un livre tel que celui de M. Payot sur r Education de la volonté.

Notre famille, nos maîtres, les personnes que nous fréquentons nous apprennent aussi, bien ou mal, peu ou beaucoup, l'art de se conduire dans la vie d'une manière sensée et « pratique ». Nous y travaillons nous-mêmes en faisant des recherches

pour notre compte, La plupart du temps nous n'arrivons que lentement et difficilement à eu découvrir les préceptes. Nous nous inspirons de nos lectures, parfois médiocres ou mauvaises ; des pièces de théâtre que nous avons vu représenter, de valeur très inégale encore ; des conversations que nous avons tenues, souvent avec des personnes peu expérimentées, peu intelligentes ou peu éclairées; des faits que nous avons notés, et que nous n'avons pas toujours interprétés avec prudence ; des proverbes courants, qui ne contiennent d'ordinaire qu'une vérité approximative ou partielle. Quant à l'instruction proprement morale, elle nous est donnée aussi d'une manière variable. Les plus favorisés sont ceux qui ont reçu de tous les côtés à la fois, de leur famille, de l'école, et de leurs fréquentations les préceptes d'une doctrine morale tout à fait saine et qui les ont complétés eux-mêmes par la suite. Ils sont peut-être plus rares qu'on ne le pense. Les personnes les mieux intentionnées, en effet, n'ont pas toujours sur les questions morales, si connues en apparence, la compétence qu'elles devraient avoir. Que d'incertitude elles manifestent souvent ! Sur les préceptes les plus généraux elles sont sans doute moins hésitantes, mais sur telle règle particulière, elles ne savent que penser ; elles oscillent entre les sévérités de la morale philosophique, et la morale mondaine, nécessairement plus lâche et plus accommodante. Que serait-ce s'il fallait les pousser sur les

fondements de l'éthique? D'autre part, le désir d'accroître leurs connaissances morales n'est pas toujours très ardent, même chez ceux qui ont reçu une culture morale sérieuse. S'il en est ainsi, que penser des autres ? Ceux-ci, parfois, sont très peu éclairés sur leurs devoirs, ou bien ce qu'ils en connaissent est en partie pour eux lettre morte, se trouvant dans leur mémoire, non dans leur cœur. Or les règles qui ne vivent que dans la mémoire y demeurent inefficaces : pour qu'elles se réalisent dans notre conduite, il faut qu'elles soient adoplées par nos tendances : en d'autres termes, il faut qu'elles soient objet de foi.

Nous avons essayé de discerner avec précision, au cours de cette étude, les caractères, la nature, la constitution et le mécanisme de la fonction volontaire, cette fonction si importante et si complexe ! Elle nous apparaît comme un complexus dont les éléments essentiels doivent être cherchés dans le jeu de notre intelligence, dans celui de nos tendances et dans celui de nos émotions, pour mieux dire, dans tous les groupes de phénomènes de notre vie psychique. Nous avons constaté aussi qu'elle évoluait comme un organisme, comme un système en formation, qu'il lui arrivait de demeurer aux premiers stades de son évolution ou d'y revenir après les avoir dépassés ; mais qu'elle devenait plus elle-même pour ainsi dire, ou, si l'on préfère, vraiment elle-même, à mesure qu'elle se rapprochait de son type idéal, qu'elle se réglait et se moralisait. Enfin nous avons noté une influence remarquable et puissante qui venait l'aider

dans sa marche progressive, ou bien l'arrêter ou même la contraindre de rétrograder : celle de la volonté elle-même, agissant sur la volonté au moyen de l'éducation.

Nous avons jusqu'ici considéré l'éducation comme un fait. N'est-il pas temps de l'envisager maintenant comme un devoir ? La science n'a pas seulement pour rôle de nous permettre de « voir » ; elle nous donne les moyens de « pourvoir ». A présent que nous savons ce qu'est la volonté et comment on la cultive, demandons-nous comment on doit la cultiver.

Les chefs qui dirigent l'éducation d'une armée ont un triple souci. Ils ont à cœur de la rendre forte par une vie saine et par un entraînement méthodique; ils veillent à ce qu'elle soit organisée et disciplinée ; enfin ils souhaitent qu'elle soit équipée et armée d'une façon pratique et sérieuse. Si l'existence est une lutte incessante et si la volonté, chargée spécialement de cette lutte, est une puissance complexe, comme un jeu d'énergies diverses réglé et utilisé par la raison, nous pourrons résumer dans ces trois mots les préceptes qui conviennent à la culture de la volonté : fortifier, organiser, armer.

Nous affermirons la volonté en la soumettant à des exercices rationnels. C'est avec raison que Ivant * recommande k Tascétique » ou « pratique

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