‹ Psychologie de la volonteChapitre 5 sur 55 · Cf. PiLLPDunY, VAUenlion · texte numérisé non relu

Cf. PiLLPDunY, VAUenlion

je vois s'approcher de moi ? Je m'avance toujours vers lui, pendant que je me pose cette question et que j'y réfléchis. L'exécution peut manquer, être rendue impossible par notre faute ou par celle des circonstances. La décision elle-même fait souvent défaut : d'autres fois elle n'est que conditionnelle.

Il y a des situations très embrouillées, très indécises, où nous apercevons un très grand nombre de possibles. La comparaison de ces possibles s'allonge alors inévitablement. Sans même qu'ils soient aussi nombreux, il est parfois très malaisé de les classer par ordre de A^aleur : la discussion est mouvementée, oscillante, pleine d'anxiété. Il y a des cas où elle est interrompue, puis reprise, lorsque les renseignements nous font défaut, ou quand nous ne nous sentons pas la tranquillité d'esprit nécessaire pour bien juger. Nous revenons souvent sur notre décision, quand des observations ou des réflexions nous ont fait changer d'avis. Un intervalle de temps plus ou moins grand peut séparer la conception de la délibération, la délibération de la décision, et surtout la décision de l'exécution. Celle-ci est très souvent différée, fixée à une date ultérieure. A l'époque où elle doit avoir lieu nous ne serons plus les mêmes, au physique ni au moral, surtout si le laps de temps qui s'écoulera entre la décision et l'exécution est une période de quelques mois ou de quelques années. Nous risquons évidemment de ne pas réa-

liser notre intention : de là ce proverbe qu'« il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire aujourd'hui de bon et d'utile ».

Supposons maintenant que Vacle ne soit pas exécuté par la même personne que celle qui a examiné la question pratique et qui l'a tranchée : nous aurons des formes nouvelles de la volition qu'il serait peut-être intéressant de considérer. Fréquemment la personne qui agit a pris conseil, ou bien elle a discuté avec d'autres et a tenu compte de leurs raisons; elle ne s'est pas décidée toute seule, cependant elle n'est pas restée tout à fait passive : elle s'en est rapportée en fin de compte à ses propres jugements : son acte est bien à elle. Mais la part qu'elle a prise à la décision qu'elle exécute peut être beaucoup plus modeste, et même devenir nulle. Dans la persuasion, dans le commandement, la volonté de l'exécuteur agit encore si l'acte est accepté après réflexion : ce qu'on appelle « l'obéissance passive » est souvent bien éloigné d'être passif; le soldat qui retient sa colère, pour ne pas répondre à son supérieur et pour se conformer ponctuellement aux ordres de celui-ci, déploie dans bien des cas une somme considérable d'énergie. Mais Tinfluence de celui qui persuade ou qui commande sur celui qui exécute peut être au contraire fort grande, si grande qu'il ne faut plus parler d'exécution volontaire. Pareil phénomène se produit dans la suggestion proprement dite. Elle semble impliquer une obéissance

involontaire du sujet hypnotisé à l'idée qui lui a été suggérée. Ce sujet est dans l'impossibilité de ne pas faire ou de ne pas croire ce qu'on lui dit. Si nous nous en rapportons à «l'École de Nancy », toute résistance de sa part pourrait même être vaincue à la longue et il deviendrait un instrument purement passif entre les mains de l'opérateur. Suivant 1' « Ecole de Paris » , il serait capable d'une certaine résistance, parfois, il est vrai, tout à fait insignifiante 1 : il pourrait refuser de s'éveiller à moins que le commandement ne soit révoqué, ou encore s'endormir au moment de l'exécuter. Quoi qu'il en soit, il est toujo'TS dans un état de subordination remarquable, et, dans bien des cas, tout au moins, sa volonté ne saurait guère être en cause; mais il n'en va pas de môme de celle du suggesteur, qui opère sciemment, suivant une certaine méthode, dans l'espoir de produire certains effets. De même, lorsqu'un chef profère un ordre, qu'il dise ou non « je veux », il espère que l'expression de cet ordre sera efficace. Lorsqu'il dit « je veux », en apparence ce qu'il « veut » c'est l'acte qui doit être exécuté par autrui; en réalité il ne saurait vouloir, au sens propre du mot, d'autres actes que les siens - : sa voîition consiste à formuler un commandement après réflexion.

Quand une voîition est commandée ou suggérée,

1. RiBOT, Maladies de la Volonté, p. 149. (Paris, F. Alcaii).

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