DEUXIÈME PARTIE
En entreprenant ce travail, j'avais le désir de démontrer que François II, Charles IX et Henri IT ne méritaient ni blâme ni reproches, mais avaient droit plutôt à notre pitié, parce qu’ils ne sont que des victimes d’une loi fatale qui les vouait à la dégénérescence. Et, par dégénérescence, je ne veux pas dire débilité mentale. Les imbéciles, les débiles mentaux, rentrent bien dans la classe des dégénérés ; mais on trouve, dans cette classe, des hommes à intelligence normale, et même supérieure ; c’est l’état de désiquilibration des facultés mentales qui est un eriterium de dégénérescence intellectuelle, et non l’imperfection en bloc de leur développement. Eh bien, en parcourant l’histoire, j'ai pu voir que chaque race royale, après avoir présenté de grands politiques, de sages administrateurs, de brillants capitaines, ou de profonds penseurs, finissait par desprinces obscurs, sans vertus mais non pas sans vices, le plus souvent.
La famille des Césars à Rome, montée sur le trône avec Auguste, s’éteint avec Néron, ce débauché fameux, cruel, incestueux, ne laissant qu’une seule fille, qui meurt au berceau.
E. Dusouier. 6
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Et, cependant, il n’y à aucun antécédent pathologique dans cette famille, point d'anomalies physiques ou psychiques, car Suétone, qui n'oublie jamais de mentionner ce qui touche à ces familles, n’eût pas manqué de le noter. Et dès la deuxième génération, nous voyons pourtant la débauche et l’impudicité s'installer avec Julie. Puis la famille passe par l’imbécillité, l’épilepsie, les névropathies, l'inceste, le parricide, le fratricide, la férocité la plus sanguinaire, la stérilité, la mort prématurée, l'assassinat, l’empoisonnement et le suicide.
En France, toutes nos races royales ont dégénéré. Nous avons eu, autrefois, une dynastie dont les rois s’appelaient fainéants. L’épithète dispense de tout commentaire. Les Capétiens sont venus au trône avec Hugues Capet, et, après avoir eu un moment de grandeur avec Philippe- Auguste et Saint-Louis, ils s’éteignent avec Louis X, Philippe V et Charles IV. Les trois frères se succèdent au pouvoir, aucun ne peut continuer sa race. La branche des Valois est alors appelée au trône. Elle commence avec Philippe VI, pour s’éteindre avec Louis XI et Charles VIII; et si Charles V a mérité le surnom de Sage, Charles VI est un malheureux fou, dont le successeur Charles VII passa son temps à lutter contre son fils Louis XI, laissant à d’autres le soin de chasser les Anglais de son pays. La race finit avec Charles VIII, prince faible d'esprit, fantasque et romanesque, qui rêva d’imiter les héros de Plutarque et ne fut jamais qu’une médiocrité. Une autre branche est appelée à régner : elle commence et finit avec Louis XII et la couronne passe à François [*' ; je n’insiste pas, ici, sur cette race puisque j'en fais une étude spéciale, Veut-on avoir quelques détails sur les Bourbons? Ils com-
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mencent à Henri 1V ; certes, ils eurent de beaux jours avec Henri1V et Louis XIV; mais après ? Louis, le grand Dauphin, le fils de Louis XIV, « était sans lumières, ni connaissances quelconques, radicalement incapable d’en acquérir, très paresseux, sans choix, sans discernement.…; opiniâtre et petit en tout à l'excès, absorbé dans sa graisse et dans ses ténèbres (1). » Inutile de parler de tous les descendants de Louis XIV. Je m’arrête à Louis XV. Il était fils du duc de Bourgogne et petit-fils du grand Dauphin. On connaît le caractère crapuleux et les débauches ignobles de ce roi, son insouciance des intérêts de son pays qu’il sacrifiait aux caprices de ses maîtresses, sa sécheresse de cœur, son insensibilité aux malheurs, à la maladie et à la mort de ses proches. Il détestait son fils et s’il aimait ses filles d’un amour incestueux, il n’avait guère d’'attachement pour elles. Il s’'amusait à les griser, à leur faire suivre, jeunes filles délicates et maladives, ses chasses, assister à ses orgies, passer des nuits blanches à table, même quand elles étaient malades. À quoi bon parler de Louis XVI?
Si, maintenant, je jette les yeux sur l’histoire d’Angleterre, je vois qu’en l’espace de quatre siècles, depuis Edouard II, monté sur le trône en 1307, jusqu’à Georges 1° de Hanovre, six dynasties se sont succédé au pouvoir : les Plantagenets, les Lancastres, les Yorks, les Tudors, les Stuarts et les Oranges. Avec Edouard III, s'éteint la branche aînée des Plantagenets. La maison de Lancastre s'éteint après avoir régné sur l’Angleterre pendant quatrevingts ans à peine, après avoir passé par l'épilepsie
(1) Sarvr-Srmox : Mémoires complets el authentiques sur le siècle de Louis X1V et la Régence, p. p. Ghéruel, Paris, Hachette, 1858.