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qu’on lui annonçait la prise du comte de Montgomery et qu’il n’en manifestait aucune joie, sa mère prit la parole : « Quoy, dit-elle, mon fils, ne vous réjouissez-vous point de la prise de celuy qui a tué votre père? il respondit qu’il se soucioit de cela ny d’autre chose (1). »
La dégénérescence évolue chez Henri IT d’une tout autre façon que chez ses frères : elle se manifeste par l’inversion sexuelle.
« L’inversion de l'instinct sexuel peut se montrer dans les deux sexes. Pour l’homme c’est la pédérastie, pour la femme le tribadisme ; dans les deux cas, c’est un individu qui recherche la satisfaction de son instinct sexuel avec un individu de même sexe et de même espèce que lui. Comme dans toutes les associations à deux, lun à le commandement, la direction ; l’autre la subordination, l’obéissance, l'exécution ; l’un est actif, l’autre passif. Les pratiques ou les manifestations de cetteinversion sont chez les pédérastes des caresses ou manœuvre diverses, la masturbation, le coït anal ou sodomie, le coït buccal ou succion pénienne (2). »
J'établirai une autre distinction. En effet, le pédéraste se comporte en véritable homme et sa façon de sentir et
(1) BranTÔME : Op. cit.
(2) Lacassacne : Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Dechambre, article Pédérastie.
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d'agir reste toujours virile, car il a très souvent conservé des rapports avec les femmes. Or, à côté de la pédérastie, il existe une autre sorte d’inversion qui peutêtre définie : l’âme d’une femme dans le corps d’un homme. Ici, le sujet se sent femme vis-à-vis d’un autre homme ; il a les goûts, les habitudes, les passions de la femme, et ne saurait épouver le moindre amour pour elle, puisqu'il existe entre eux une sorte de rivalité de métier. Cet état, qu’on appelle « uranisme », est une affection congénitale.
Cette question de l’inversion sexuelle se complique encore du fait suivant. On peut trouver dans la vie de certains uranistes, à inversion sexuelle typique, de courts épisodes, où ils sont attirés vers la femme. Le docteur Moil (1) donne à cette forme le nom d’hermaphrodisme psycho-sexuel.
L’inversion sexuelle est de toutes les époques et de tous les peuples; mais elle a toujours été d'autant plus répandue que la situation sociale de la femme se trouvait plus inférieure. En Israël, la femme jouissait à coup sûr d'un certain respect, aussi la pédérastie y est-elle regardée comme un acte abominable. Dans le troisième livre de la Bible (chapitre xx, $ xin) Dieu dit à Moïse: « Si quelqu'un abuse d’un homme comme si c'était une femme, qu’ils soient tous deux punis de mort, comme ayant Commis un crime exécrable, leur sang retombera sur eux. »
Dans la Grèce antique, au contraire, l'amour entre hommes était très répandu, mais aussi les femmes \ menaient une vie fort retirée. La mythologie grecque est riche de renseignements. Les rapports entre Jupiter et
(1) A. Mozz : Die contraere Sexæualempfndung, Berlin, 1894. Traduction Pactet et Romme, Paris, 1893.
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Ganymède étaient considérés comme un exemple de l’amour pour les garçons. Les relations entre Apollon et Hyacinthe, entre Hercuie et Hylas étaient interprétées de la même façon. Les Grecs voulaient-ils se persuader par là que la pédérastie était d’origine divine? L’intime amitié de Patrocle et d'Achille a pu paraître suspecte à quelquesuns. Oreste et Pylade, Thésée et Pyrithoüs partagent la même accusation. À Athènes, les lois de Solon reconnaissaient l'amour entre hommes ; ilexistait une sorte de code de la pédérastie, les esclaves ne devaient pas s’y adonner. Le bel Alcibiade renommé pour ses mœurs impures eut de nombreux amants, mais malgré sa beauté, il ne put jamais séduire Socrate.
En Elide et en Béotie, la pédérastie était admise ; Lacédémone et l’Ionie la répudiaient. À Rome, la pédérastie n'apparaît guère qu'après les guerres puniques, mais elle ne jouit jamais, cependant, de la même considération qu’à Athènes. On trouve encore des exemples d’inversion
exuelle chez d’autres peuples. Alexandre le Grand s’y livrait avec son favori Héphestion. Les anciens Germains l’auraient également connue, s’il est permis d’interpréter ainsi le texte de Tacite, qui les qualifie de corpore infames. En France, le Moyen-Age a eu le péché de « bougrerie » importé probablement par les invasions des Barbares. Quand on était pris en flagrant délit, il en coûtait trente-six livres tournois et neuf ducats. Mais c’est surtout après le retour de Terre-Sainte des Croisés que le phénomène se répandit. Philippe le Bel s’éleva contre ces pratiques, etc’est sous son règne qu’eut lieu le fameux procès contre les Templiers que l’on accusa, au milieu de bien d’autres griefs, de pédérastie.
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Avant d’en-revenir à l’inversion sexuelle de Henri I, Je veux citer quelques personnalités célèbres qui ont partagé cette infortune avec le dernier des Valois. Edouard IT d'Angleterre aimait les hommes ; il eut pour amant favori Pierre de Gaveston, et, quand ce dernier mourut, il le remplaça par Hugo Spencer. Jasques [°° d'Angleterre eut pour favori le beau Buckingham. Rodolphe IT de Habsbourg était également un inverti. Dans la vie de Michel- Ange, on ne trouve aucun amour de femme; mais en
revanche, le célèbre sculpteur eut des relations fort sus- :
pectes avec un nommé Tomaso de Cavalieri. Shakespeare n'échappa pas non plus à l'accusation de sacrifier à l'amour entre hommes. Pour terminer je citerai encore Louis II de Bavière, Charles VII de Suède, Guillaume d'Orange, Monsieur, frère de Louis XIV, et enfin, le grand Frédéric.
Dans sa jeunesse, Henri III eut certainement des relations avec des femmes. Pendant trois années, il garda la belle Châteauneuf pour maîtresse; après quoi, il tomba violemment amoureux de Marie de Clèves, qui se maria, quelque temps plus tard, avec un prince de Condé. Cette liaison fut courte, car le roi fut obligé de partir pour la Pologne. Dans son lointain exil, il écrivait à la princesse les lettres les plus passionnées ; aussi est-ce avec joie qu’il accueillit la mort de son frère, car cette mort, lui donnant la couronne de France, lui permettait de revoir sa maitresse. Il part en hâte, il brûle les étapeset, au milieu de son voyage, il apprend la mort de Marie. Brisé par cette fatale nouvelle, il chercha sur le champ à s’étour dir. C’est pourquoi il doana avec frénésie dans toutes les fêtes que lui firentles petits princes autrichiens. Il cher-
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chait l'oubli, il trouva la vérole. Accablé par la perte de la princesse, ébranlé par cette cruelle maladie, il renonça désormais aux femmes, auxquelles il devait, en somme, tant de mal. Pourtant, dira-t-on, il se maria ; il y était bien obligé. De plus, il est bien démontré que quelques invertis peuvent se marier, avoir des relations avec leurs femmes, malgré la répugnance qu’ils éprouvent, afin de tromper sur leurs appétit sexuels.
Le roi restait très souvent enfermé dans son palais, refusant de voir qui que ce soit, vivant dans l’unique intimité de ses mignons. Les rapports du roi et de ses courtisans d’après les témoignages del’Estoileetd’Agrippa d’Aubigné étaient loin d’être platoniques. Henri II n’eut pas toujours le rôle actif dans ces relations étranges; il paya souvent de retour la complaisance de ces courtisans. À la mort de Maugiron, son attitude signalée ailleurs montre bien le côté passif de ses amours. S'il en eût ét autrement, à quoi bon toutes ces pratiques féminines qui tenaient une si grande part dans sa vie ?
L’inversion sexuelle de Henri III ne se manifesta que tardivement : il ne saurait donc être ici question d’uranisme, qui est l’inversion congénitale. Mais cet état se compliquait encore d’un caractère particulier, de sadisme. Le sadisme est le désir de battre, d’humilier, de maltraiter la personne aimée. Lorsque Henri, dans ses fantasques processions, flagellait ses mignons et leur ensanglantait le dos, il faisait preuve de sadisme. Les rapports entre la volupté et la douleur sont, du reste, nombreux. Dans l’amour normal, il existe un sadisme atténué, traduit le plus souvent et simplement par des moqueries, des taquineries, une secrète satisfaction à chagriner la personne aimée.
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EN. à A l’état physiologique, il y a aussi, dans le coït, des phénomènes qui rappellent le sadisme, bien que le désir de faire du mal n’existe pas. Dans cette catégorie de faits on peut citer l’action de se serrer, de s'embrasser violemment pendant le coït ; il peut même arriver qu'on se morde jusqu’au sang. Exagérons ces faits par la pensée, et il se trouvera vrai de dire que le désir sexuel est le frère de l'assassinat. Du reste, même dans le règne animal, on trouve de bien curieux exemples de sadisme: après la copulation, l’araignée s’élance à la poursuite du mâle pour le dévorer ; les abeilles rentrent à la ruche entrainant les organes génitaux du mâle qui les a fécondées ; c’est la coutume des chats de faire l'amour en s’égratignant. Après avoir flagellé ses mignons, le roi se faisait flageller par eux, dans une parade de repentir et de
mortification, sans doute, mais aussi, pour le plaisir d’être
maltraité par ceux qu’il aimait. Ce désir d’être battu et humilié constitue le masochisme. La soumission est un
état normal du côté psychologique de l’amour de la:
femme, tandis que chez l’homme c’est le désir de domination qui existe normalement. J.-J. Rousseau n’aimait que lorsqu'il était battu. Pour von Krafft-Ebing, dès que l’homme se soumet, c’est un commencement d’inversion. Les chevaliers du moyen âge, si soumis aux dames de leurs pensées, ne pouvaient-ils pas entrer dans cette catégorie de transition de Krafft-Ebing ?
Quelles sont les causes de l’inversion sexuelle en général, et quelles sont celles qui ont déterminé celle de Henri III ?
Dans l’étiologie de l’inversion sexuelle, on a pu citer la crainte d’une maladie contagieuse, la crainte d’une,
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grossesse de la femme. Hoffmann (1), considérant la fréquence de la pédérastie dans le clergé catholique, cite le célibat parmi les causes de l’inversion. Moll croit plutôt que la vocation pour un état qui comporte le célibat doit se déclarer chez des individus éloignés de la femme. On a incriminé encore la masturbation, on prend ici l'effet pour la cause ; l'abus des rapports avee la femme: dans ce cas l’abus des rapports homosexuels devrait ramener à l’hétérosexualité.
Stark (2) ajoute à ces causes une volupté moindre trouvée dans le coït, en ce sens que la contraction du sphincter de la vulve devenant insuffisante pour donner la sensation complète, l’homme la cherche dans la contraction plus vigoureuse du sphincter anal.
Pour Mantegazza (3), il s’agit d’une anomalie nerveuse périphérique : les nerfs destinés aux organes génitaux se sont terminés dans la muqueuse rectale et, pour provoquer toute excitation vénérienne, il faut nécessairement aller les impressionner là où ils se trouvent. Cette théorie inacceptée ne tient pas compte de la pédérastie active.
Toutes ces opinions peuvent contenir une part de vérité; mais la vraie cause de l’inversion réside dans un processus psychique. Normalement, l'excitation génitale est produite par la représentation mentale d’une femme. Or c’est dans le cerveau que naissent les idées: c’est donc là qu’il faut chercher.
(1) Horrmann : Nouveaux éléments de médecine légale. Trad. Lévy, Paris, 1881. |
(2) In À. Morz : Op. cit.
(3) In À. Mozc : Op. cit.