LIN RE
succédé à son père. Régnier de la Planche nous le montre à cette époque «en misérable estat ». Le contraste fut frappant entre ce roi et ses prédécesseurs qui avaient eu tant de maîtresses. Aussi Brantôme, en plat courtisan qu’il est,ne manque-t-il pas de louer sa fidélité conjugale : « Le roi François ne fut point sujet à l'amour comme ses prédécesseurs ; aussy, eust-il eu grand tort, car il avoit pour espouse la plus belle femme du monde et ne plus aimable. » Eh bien, vraiment, il n’y avait pas de quoi faire un si grand éloge. Le fougueux François I*, luimême, eût été le plus fidèle des époux s’il avait été malade comme son malheureux descendant.
La maladie du roi inquiétait beaucoup son entourage. Médecins et chirurgiens furent consultés maintes fois : le grand air fut ordonné. C’est ce qui explique, qu’un règne, cependant si Court, se passa tout entier en voyages. Tout d’abord, c’est à Saint-Germain-en- Laye ; à Nanteuil-le-Haudouin, chez les ducs de Guise; à, Villers-Cotterets, que le roi se dirige. Après le sacre de Reims, nous le voyons partir en Lorraine, à Barle-Duc toujours chez les Guise; puis à Fontainebleau. Là les médecins conseillent de passer l'hiver à Blois. Un moment, ce régime sembla réussir. «Cependant, le roy pourmené çà et là... commença en un instant de croistre à veuë d'œil (1). » En février 1560, la cour quitte Blois. Elle va à Amboise, Chenonceaux, Loches, Romorantin ; passe lété à Fontainebleau, une partie de l’automne à St-Germain-en-Laye ; puis, vers le milieu d'octobre, se dirige vers Orléans où le roi fa tson entrée solennelle le 18; mais bientôt la maladie du roi s'aggrave. « Le di-
(1) RÉGNIER DE LA PLANCHE : Op. cût.
manche 15 novembre, sur le soir, estant le roy à vespres aux Jacobins, illuy prit un grand esvanouissement, qui fut cause qu'on l'emporta hastivement en sa chambre ; et, revenu de pamoison, commença à se plaindre de la tête, en la partie de l’aureille gauche, en laquelle il avait eu, de tout temps, une fistule, en sorte que de la douleur la fiebvre le print (1). » Du 19 au 25 novembre, même état ou à peu près. À partir du 25, le mal fit des progrès. Les médecins Ambroise Paré, Nicole, Servais jugèrent le mal au-dessus de leur art. On fit des processions. On brüûla des cierges. Malgré procession, vœux, prières, le mal empirait. Les médecins et les chirurgiens se réunirent en consultation et la question du trépan fut agitée : « Cependant, la maladie du roy allait de mal en pis, et tous remèdes estant désespérez, les médecins et chirurgiens mirent en délibération de le trépaner ; mais chacun estoit si estonné que l’on n’en conclut rien ; en sorte que le dict seigneur demeura forclos de ce remède qu'on estimoit lui pouvoir servir (2). » Enfin, le 5 décembre Francois Il expirait. Il venait de recevoir l’extrême-onction et on espérait qu'il pourrait vivre jusqu’au lendemain; il s’éteignit, en effet, entre dix et onze heures du matin. Catherine assista à ses derniers moments, et, le veillaavec une touchante sollicitude ; Marie Stuart veillait aussi au chevet du roiet elle l’entourait de soins attendris. Ces longues veilles et le chagrin finirent, même, par altérer sa santé. |
(1) RÉGNIER DE LA PLANGHE : Op. cit.
(2) RÉGNIER DE LA PLANCHE : Op. cit.