CHARLES IX
Charles IX, le second des fils de Henri IL et de Catherine de Médicis, était né le 2 mai 1550, à Saint- Germain-en-Lavye; il mourut en 1574, au château de Vincennes. Le 5 décembre 1560, il succéda à son frère François IT: 1l avait dix ans. Il s’annonçait avec de belles dispositions, une intelligence vive et un tempérament impétueux ; 1l eut pour précepteur l’illustre Amyot : Son esprit était cultivé, et il a composé de charmantes poésies. On a aussi de lui un livre intitulé: La Chasse royale, publié par Villeroi en 1625. La chasse était chez lui, en effet, une passion effrénée, et il s’y livrait jusqu'à l'épuisement de ses forces. Il aimait les lettres et les arts, il protégea les poètes, était élégant danseur, adonné à toutes sortes d'exercices physiques, jouait fort bien du ballon, battait l’enclume et fabriquait lui-même ses armes. Son premier gouverneur fut M. de Sipierre, homme de mœurs pures. Dès l’avénement du roi, Catherine envahit plutôt qu’elle n’obtint la régence ; mais le jeune roi, imbu des doctrines de de Sipierre, parlait déjà de vouloir régner par lui-même, et ce n’est pas sans appréhension que Catherine voyait la majorité du roi approcher. Ne lui avait-il pas répondu, en effet, le jour du sacre, lorsqu’elle lui demandait si toutes ces cérémonies ne le fatiguaient pas : « Je ne reffuseray jamais, madame, une telle peine, et me sera très douce, toutes et quantes fois qu’un tel
E. Dusoier. 3
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royaume se présentera à moy (1). » Ne parlait-il pas d'aller lui-même en ses armées ? Aussi, sa mère s’attacha, de bonne heure, à le dépraver en le livrant à des avanturiers italiens qui l’entraînèrent à la débauche.
Celui qui prit la direction de Charles IX après M. de Sipierre fut « Albert de Gondy, maréchal de Raïz, qui estoit un florentin caut et trinquat, corrompu, grand menteur et dissimullateur..……. Et apprit au roy à jurer, à faindre et à dissimuler, car de son naturel, il ne l’estoit nullement en sa jeunesse, estant fort ouvert, prompt et actif, vigillant, esveillé et peu songeart, comme doit estre tout dissimullateur.
« De plus, feu M. de Sypière, son gouverneur, qui estoit le plus généreux et le plus brave seigneur qui fust jamais gouverneur de roy, ne l’estoit nullement, mais tout légal, franc, ouvert et de cœur et de la bouche, point menteur nidissimullateur, qui l’avoit nourry très bien et instruict et ne l’avoit jamais fait estudier dans les chapitres de dissimullation. Aussy, disoit-on qu’après sa mort, le dict mareschal de Raïz, dict alors le Péron, le pervertit de tout, etluy fit oublier et laisser toute la belle nourriture de ce brave gouverneur, si bien qu’on disoit qu’il l’avoit appris à jurer ainsy desbordement commeil faisoit..…… ainsy, avec lesloups, apprendon à hurler, si bien que le roy apprit de luy ce vice, qui s’y accoustuma si fort, qu’il tenoit que Jurer et blasphémer estoit une forme de parolle et devis plus de bravetté et de gentillesse que de péché, à cause de quoy il ne faisoit point de difficultés de faucer sa foy, toutes fois et quantes qu'il vouloitetlui venoit en fantaisie » (2).
(1) Branrôme : Œuvres complètes, p. p- Ludovic Lalanne, Paris. 1864 (2) BRaNTÔME : Op. cit.
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C'est dans cette double influence de M. de Sipierre et du maréchal de Retz qu’il faut, je crois, chercher en partie l'explication des irrésolutions et des bizarreries du caractère de Charles IX. Malgré tous les mauvais exemples qu’il eut, chaque jour,sous les yeux, malgré les débauches au milieu desquelles il vivait, malgré tous les mauvais penchants, enfin, auxquels il était adonné, les bonnes lecons de M. de Sipierre lui revenaient parfois, et cette tête faible essayait de lutter. Mais personne n'était là pour seconder ses efforts ; tous, au contraire, rivalisaient de persévérance pour noyer sa raison et les dernières lueurs de son intelligence dans quelque partie de chasse effrénée ou quelque monstrueuse volupté. On s’attacha avec un soin scrupuleux à développer en lui la haine, la jalousie, la cruauté. Dès son enfance, il avait assisté au carnage des bêtes féroces, et cette vue, loin de luidéplaire, semblait, au contraire, avoir pour lui beaucoup d’attraits.
Pour se faire cruel, sa jeunesse esgarée
N’avoit rien que le sang et prenoit sa curée
A tuer, sans pitié, les cerfs qui gémissoient,
A transpercer les daims et les fans qui naissoient; Si qu'aux plus advisez cette sauvagerie
A fait prévoir de luy massacre et tyrannie (1).
Du reste, sa jalousie et sa colère étaient encore accrues par la préférence que sa mère témoignait ouvertement à son frère, le futur Henri III. Il en éprouvait un vif dépit mêlé à de sourdes imprécations. Les succès de ce frère détesté, à Jarnac et à Montcontour, augmentaient encore sa colère. Et un jour qu'un personnage de la cour lui
(1) D'Ausicné : Op. cit.
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présentait quelques vers : « Ha! dist-il, n’escrivez point rien désormais pour moy... mais réservez tous ces beaux escritz et tous vous autres, Messieurs les poëtes, à mon frère (1) ».
Telle fut l'éducation de Charles IX, tels les conseillers que sa mère lui donna; voilà le milieu dans lequel il vécut. Après avoir développé en lui les sentiments de haine et de cruauté, on orienta cette ‘haine. On lui montra les protestants comme des ennemis dangereux, qu’il fallait exterminer à tout prix; et, le 24 août 1572, la cloche de saint Germain-l’Auxerrois donnait le signal du massacre de la Saint-Barthélemi. Le 23, il y avait eu conseil chez la reine mère; Gondy, le chancelier Birague, le maréchal de Tavannes, le duc d'Anjou et le due de Nevers en faisaient partie.
« Des quatre conseillers qui aidèrent la veuve et les fils de Henri IT, à souiller nos annales d’une tache inneffaçable, trois étaient étrangers à la France; ils arrêtèrent leurs plans, puis allèrent tous les six trouver le roi dans son cabinet au Louvre. Heure fatale! qui décida pour Charles IX de la gloire avec Coligny ou de la honte avec Catherine, du rachat de sa jeunesse égarée ou de sa damnation dans l’histoire. La destinée de la France était suspendue à un mot, un geste d’une tête faible, d’un esprit sans boussole, presque d’un insensé (2). »
Charles lutta longtemps ; enfin, il se décida : « Par la mort Dieu, vociféra cet insensé, puisque vous trouvez bon qu’on tue l’amiral, je le veux, mais aussi tous les huguenots, afin qu’il n’en demeure pas un qui me le
(4) BranTÔME : Op. cit.
(2) Henri Mani : Æistoire de France. Furne, Paris, 1865.
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puisse reprocher après. Par la mort Dieu, donnez-y ordre promptement. » D'ailleurs, dès qu'il eut trempé dans le meurtre, une sorte de frénésie s’empara de lui. Le massacre commença au Louvre; on égorgea, sans pitié, tous ces gentilshommes qui étaient venus pour assister aux noces de Marguerite de Valois et de Henri de Navarre. « Ces malheureux, de la cour, adressaient les appels les plus pathétiques et ne trouvaient dans le roi, dans leur hôte, dans ce magistrat de la justice commune que l’œil sauvage, égaré, furieux d’un misérable fou (1). » S'il faut en croire les contemporains, le roi eut encore un rôle plus actif dans cette tragédie. « Si que, lorsque le jeu se jouoit et qu’il fust jour, et qu’il mist la teste à la fenestre de sa chambre et qu’il voyoit aulcuns dans les faux bourgs de Saint-Germain, qui se remuoient et se sauvoient, il prist une grande arquebuse de chasse qu’il avoit, il en tira tout plein de coups àeux; mais en vain, car l'arquebuse ne tiroit si loin. Incessamment crioit : Tuez! tuez! il n’en voulut sauver aulcun sinon Ambroise Paré, son premier chirurgien et sa nourrice (2). » Quelques jours plus tard, il tint un lit de justice, où il justifia le massacre. Par une odieuse forfanterie de cruauté, il alla, avec sa cour, insulter aux restes de l’illustre Coligny, à Montfaucon, et comme quelques courtisans se bouchaient le nez devant le cadavre déjà décomposé : « Je ne le bouche comme vous aultres, dit-il, car l’odeur de son ennemi est très bonne » — « odeur, certes point bonne, et la parolle aussy mauvaise », ajoute Brantôme, qui rapporte le fait. C'était du reste dans les
(1) MicHeLer : Op cit.
(2) BRaNTOME : Op. cit.
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habitudes du roi de se repaître de la vue du supplice des condamnés.
Le soir et le lendemain de cet horrible massacre, Charles IX fit mander Ambroise Paré ; il avait la fièvre, des hallucinations : « Ambroise, dit-il, je ne scay ce qui m'est survenu depuis deux ou trois jours, mais je me trouve l’esprit et le corps grandement esmeus, voire tout ainsy que si j'avois la fiebvre, me semblant à tout moment, aussy bien veillant que dormant, qne ces corps massacrez se présentent à moy, les faces hydeuses et couvertes de sang (1). » Cet état ne dura pas ; on conseilla au roi les distractions de la chasse, à laquelle il se livra avec plus d’ardeur qu'auparavant.
Cette nature à demi sauvage, se faisait, cependant, humble et douce parfois ; alors Charles se transformait. Cet être presque fou, à l'œil égaré, cruel par plaisir, quand il était au Louvre, devenait bon, aimable, spirituel, loyal et gai compagnon lorsqu'il était auprès de cette femme qu’il a tant aimée, Marie Touchet. Charles IX avait connu la jeune Marie à Orléans, durant un séjour qu'il y fit, en 1566, et s’y attacha fortement. « Deux choses avaient force sur lui, la musique et cette calme flammande ; c’est en elle qu’il se réfugia aux deux moments les plus terribles. Le seul enfant qu’il laissa d’elle fut conçu dans le désespoir, au jour où on lui fit dire qu'il avait voulu le massacre. Et peu après,quand il mourut, parmi les ombres et les visions de la Saint-Barthélemi il la fit venir encore, chercha en elle le suicide et s’extermina par l’amour (2). »
(1) Suzuv : Mémotres ou Œconomies royales de Henri-le-Grand, Amsterdam, 1725, (2) Micuezer : Op, cit.
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La Saint-Barthélemi avait porté le dernier coup à Charles IX. Les excès de toute sorte, auxquels il se livra pour éteindre les remords dont sa conscience était bourrelée, altérèrent sa santé et. moins de deux ans d’une existence pleine de remords et d’emportements violents, de courses forcenées à cheval, de matinées entières passées à sonner du cor, d’excès de chasse et, par conséquent, d’alternatives de chaud et de froid, suffirent pour développer en lui la maladie dontil mourut.
« Si l’on contemple attentivement le buste de Charles IX fait en 1568 par G. Pilon, quand ce prince avait dixhuit ans, si l’on cherche à reconnaître s’il n'existe pas déjà quelque trace physiognomonique de maladie thoracique, on ne constate rien. Le corps semble un peu voûté ; la tête est légèrement inclinée à gauche ; l’embonpoint est normal, le visage est ovale, le nez fort et un peu pointu, le sillon naso-labial peu marqué; les buccinateurs sont développés, l’orbiculaire de la lèvre supérieure est proéminent, peut-être à cause de l’exercice violent de ces muscles dans l’action de sonner de la trompe... Les lèvres sont pincées, les cheveux sont courts et assez abondants ; le visage est encore imberbe. L’ensemble de la physionomie a quelque chose de lymphatique et l’on éprouve en la contemplant un sentiment glacial tout particulier, sans doute en se rappelant les actes du règne de Charles IX. La tête est large sur les côtés, indice de la destructivité selon les phrénologistes, les lèvres pincées comme celles de Robespierre indiquent une cruauté inexorable (1). »
C’est tout ! Le roi semblait donc jouir d’une excellente
(4) Corureu : La Mort des rois de France depuis François I jusqu'à la Révolution française, Paris, 1873,
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santé à cette époque. Rappelons, pour mémoire, la fameuse saignée faite par Portal, saignée qui fut suivie de symptômes si effrayants et dont Ambroise Paré contribua à arrêter les effets qui, d’ailleurs, n’onteu aucune influence sur sa santé. C’est à cette cure qu’on attribue générale ment l’attachement du roi pour son chirurgien ; mais telle n’est pas l’opinion de Brantôme. Pour lui, l’attachement du prince a une autre source : 1l prétend que Charles a été affecté d’une maladie vénérienne pour laquelle, au temps de la Saint-Barthélemi, il recevait les soins de Paré et que ce fut l’une des raisons pour lesquelles le chirurgien échappa au massacre.
C’est, d’après les mémoires de Marguerite de Valois, en 1573 que commença la maladie qui conduisit Charles à la tombe. Il tomba malade à Vitry, le 28 septembre. « Il commença à se trouver mal d’une fiebvre lente qui croissoit tous les jours, ce qui donna de quoy deviser à toutes sortes de gens, accordans à cette maladie les menées de la Reynemère, pour prolonger le partement du Roy de Poulogne jusques après l’hiver (1). » Le mal fit de rapides progrès: des hémoptysies survinrent. Le roi quitta Vitry pour Saint-Germain, et bientôt, il se fit conduire au faubourg Saint- Honoré, chez le maréchal de Retz, puis de là à Vincennes, et quoiqu'il y menât une vie très calme, les hémoptysies survinrent de temps en temps. Au mois de mai 1574, il garda le lit, en proie à une fièvre continue, à une dyspnée intense; bientôt « de contineuë la fiebvre devint tierce, quarte, puis erratique avec frissons (2e
Le médecin qui le soignait, Jean Mazille, n’y connut
(1) D'AusrGxé : Op. cit.
(2) D’Auriexé : Op. cit.
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rien. « Tant y a que les médecins y perdirent leur latin, d'autant qu'ils ne purent jamais bien cognoistre sa maladie, car il lui survint une fiebvre erratique qui tantost estoit quarte, tantost contineuë, et pensait M. Mazille, son premier médecin, qu’il se porteroit bien en mieulx, ainsy que la fiebvre diminueroit (1). » Cependant, la fin approchait; le roi la hâta encore par ses imprudences : « Aulcuns ont voulu dire que, durant sa maladie, il s'échappa après la reyne sa femme et s’y eschauffa tant qu’il en abbrégea ses jours. Ce que je n’ay sceu croire (2). » D’après Sauval ce n’est pas avec sa femme, mais avec sa sœur, la reine Margot, que le roi se serait échauffé. L’état du roi inspira, alors, de sérieuses inquiétudes ; et Catherine, confiante au début en ce que disaient les médecins, demanda une consultation qui eut lieu le 27 mai. « Dans cette consultation à laquelle prirent part Simon Piètre et Legrand, on établit que la maladie du roi était une simple fievre tierce, sans aucun danger. Ainsi, ni l’expectoration, ni les hémoptysies, ni la dyspnée, ni les suffocations n’éveillèrent l’attention des consultants sur l’état des organes thoraciques, et pourtant on savait que le roi toussait souvent (3). »
« Le vendredi 28 mai, sur les deux heures après midi, le roy ayant fait appeler Mazille, son premier médecin, et se plaignant de grandes douleurs qu’il souffroit, lui demanda s’il n’estoit pas possible que luy et tant d’autres grands médecins qu’il y avoit en son royaume luy pussent donner quelque allèsement en son mal, car je suis, dist-
(1) BRANTÔME : Op. cit.
(2) BRANTÔME : Op. cit.
(3) CorLreu : Op cût.
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il, horriblement et cruellement tourmenté (1). » Mazille l'exhorta à la patience et à l'espoir en Dieu.
Aucun auteur contemporain, excepté d’Aubigné, ne parle des hémorrhagies cutanées qui précédèrent la mor de Charles. « Si ce phénomène eñt existé, comment expliquer le silence des contemporains à ce sujet ? Comment aussi expliquer que les médecins n’eussent vu dans la maladie qu’une fièvre qui devait guérir après une crise ? Comment expliquer les paroles rassurantes du médecin Mazille à la reine mère Catherine ? Et d’ailleurs les hémorrhagies cutanées sont un phénomène trop rare pour ne pas attirer toute l'attention des médecins, et cela d’une façon toute spéciale (2). »
La nuit, quelques rares personnes restaient auprès du roi, parmi lesquelles sa nourrice qu'il aimait beaucoup bien qu’elle fût huguenote. La veille de la mort de Charles, « comme elle se fust mise sur un coffre et commençoit à sommeiller, elle entendit le roy se plaindre, pleurer et soupirer ; elle approcha tout doucement du lict et tirant ‘la custode, le roy commença à luy dire, jetant un grand soupir et larmoyant si fort que les sanglots luy interrom— poient la parolle : Ah ! ma nourrice ! ma mie ! ma nourrice ! que de sang et de meurtres ! Ah !'que j’ay suivy un meschant conseil! Oh! mon Dieu! pardonne-le moy et me fais miséricorde, s’ilte plaist ! je ne sçay où j'en suis, tant ils me rendent perplexe et agité. Que deviendra tout ceci ? que ferai-je ? Je suis perdu et je le vois bien (3). »
(1) L’ Esrorce, Journal des choses adevenues durant le règne de Henry III roy de France et de Poulogne. Collection des mémoires pour servir à l'histoire de France, par Michaud et Poujoulat, Paris, 1837.
(2: D' Corcreu : Op. cit.
(3) L'Esrorce : Op. cit,
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La nourrice le rassura doucement et le laissa reposer. Le lendemain vers midi, il entra en agonie, et vers trois heures et demie il mourut. « Le jour en suivant, son corps fust ouvert en la présence des magistrats et ny ayant esté trouvé en dedans aulcune meurtrissure ni tache, cela osta publiquement l'opinion que l’on avoit de la poison (1). » Le procès-verbal de l’autopsie fut rédigé en latin par Guillemeau ; en voici la traduction :
L'an 4574, la veille des calendes de juin, à quatre heures de l'après-midi, fut faite l'ouverture du corps de Charles IX, roi de France, très chrétien.
On aperçut et observa ce qui suit:
Tout le parenchyme du foie se trouve exsangue et desséché, et les extrémités de ses lobes vers leurs parties concaves sont noirâtres.
La vésicule du fiel est vide, affaissée sur elle-même et un peu noirâtre.
La rate est sans altération.
Il en est de même de l'estomac dont le pylore est dans toute son intégrité.
L’intestin colon est teint de jaune, et d’ailleurs, dans tout son état naturel.
L'épiploon est d’une mauvaise couleur, desséché, brisé en partie et sans trace de graisse.
Les deux reins, la vessie et les uretères sont sains.
Le cœur est flasque et comme tabide, le péricarde ne contient pas de sérosité.
Le poumon gauche est tellement adhérent aux côtes jusqu'aux clavicules, qu’on ne peut le détacher sans le rompre et le déchirer ; sa substance eêt toute pourrie. Dans l’intérieur du parenchyme, il s’est formé une vomique, dont la rupture fournit un amas de pus de très mauvaise odeur, et en telle quantité qu’il regorgeait par la trachée-artère et avait intercepté la respiration, d’où la mort soudaine du monarque.
(4) BRaNTÔME : Op. cil.
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Le poumon droit est sans adhérences, plus volumineux qu’à l’état normal et rempli dans sa partie supérieure de mucosites écumeuses qui tenaient beaucoup de la purulence.
Le cerveau est parfaitement sain.
Ont signé :
Médecins présents : MaziLze, VATERRE, Alexis GANDIN, ViGOR, LerEvRe, S. Pour, PIETRE, BRiIGARD, LAFILLE, DURET.
Chirurgiens ayant pratiqué l’embaumement :
Paré, d’AuBoise, Dusois, PorraL, Eusracne, DIONNEAU, LAMBERT, COINTRIL, GUILLEMEAU (1).
Henri III
De ces trois derniers rois d’une misérable dynastie auxquels j'ai consacré ce travail, le plus digne d’intérèt est assurément Henri III. Fils préféré de Catherine de Médicis, c’est lui qui avait hérité, au plus haut degré, des vices de sa mère, qui fut le plus dépravé et, à la fois, le plus intelligent et le plus courageux des derniers Valois. I ne mourut qu’à l’âge de trente-huit ans, et encore, de mort violente. Il était né robuste, mais ses débauches altérèrent sa santé. « Il faisait deux repas par jour, mangeait beaucoup et buvait du gros vin coupé avec trois quarts d'eau. Il avait beaucoup d’embonpoint mais faisait quotidiennement un exercice modéré : ilse maintenait en
(1) In Conuieu : Op. cit.