‹ Psychologie des Derniers ValoisChapitre 9 sur 18 · ASS EE · texte numérisé non relu

ASS EE

bonne santé (1). » En hiver, il était sujet à des accès de noire mélancolie que voyaient seuls les officiers de sa maison ; il devenait alors intraitable. S'il eût vécu plus longtemps, il serait mort fou, au dire de son premier médecin Miron. Il dormait ordinairement peu, se couchait tard, se levait tôt et travaillait parfois aux affaires de l'Etat.

La conduite de ce prince efféminé a toujours soulevé les réprobations les plus violentes. Sa jeunesse, alors qu’il n’était que duc d'Anjou, ne laissait cependant pas prévoir ce qu’il a été dans la suite. Il avait des qualités brillantes, un esprit vif et pénétrant, un peu trop aisément porté vers l’astuce et l'intrigue. Mais l’histoire ne conserve pas, que je sache, un bien mauvais souvenir de Louis XI qui fut astucieux par excellence, Il avait le respect dela parole . donnée ; « si bien que quand il avoit asseuré une chose et donné sa parolle et sa foy elle estoit inviolable : mais il ne la tint guières bien despuis à l’endroit du pauvre monsieur de Guyze. Voylà comme il se changea (2). »

Tout jeune, sa mère le mit à la tête des armées et il eut l'honneur de Jarnac et de Montcontonr, œuvre de ses maréchaux. Il y combattit, du moins, avec courage. La veille de la Saint-Barthélemi, il assista, au Louvre, au conseil nocturne où fut décidé le massacre. L’année suivante, il était devant La Rochelle lorsqu'il apprit son élection au trône de Pologne. Cette couronne, qu’il avait convoitée avec passion, il ne l’accueillit guère qu’avec résignation et ne la porta qu’avec répugnance. Il ne pouvait se décider à quitter la France. Calcul politique,

(1) DE Tao : Op. cit.

(2) BranrÔôme ; Op. cit,

nu)

a-ton dit, Charles IX se mourait! Non, passion d’amoureux plutôt. Son cœur se brisait à l’idée des’éloigner de sa maîtresse Marie de Clèves ; mais Charles IX le força à partir. Là bas, « il passait des journées entières à s’entretenir avec les jeunes courtisans qui l’avaient suivi des plaisirs de la cour de France, il écrivait des lettres passionnées à la princesse de Condé avec le sang qu’il tirait de son doigt (1). »

Le jour de la délivrance arriva enfin! Charles était mort. Dès lors, il ne songea qu’au départ, mais pour se dérober à l'attachement gênant des Polonais, il dut s'évader. Son retour à petites journées à travers les pays autrichiens fut marqué par une longue suite de fêtes. C’est au milieu de ces fêtes qu’il prit la syvhilis. Cette vie carnavalesque se continua au Louvre. Soif de plaisirs peut-être, mais aussi besoin de s’étourdir! La première nouvelle qui l'avait accueilli sur la terre de France avait été la mort de la princesse de Condé; il en demeura inconsolable. Mais, ses regrets, il les manifesta de la façon la plus puérile : pendant quelque temps, il se montra en public, teut couvert de petites têtes de mort brodées sur ses habits, 1] en avait jusque sur les cordons de ses souliers. C'est alors qu'il s’affilia à l’une des confréries de pénitents ou flagellants, « autrement dit les & battus » parce qu’ils se « battaient », à coups de fouet, le torse et les épaules « pour la rémission de leurs péchés (2). » On a dit que Henri IIT pensait accroître sa popularité par cette ostentation de bigoterie. Je crois

(1) H. Mann : Op. cit.

(2) H. Martin : Op. cit.

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