LES FOULES DITES CRIMINELLES
de cette forteresse, le gouverneur, entouré d’une foule
‘très excitée, recevait des coups de tous côtés. On propo- “sait de le pendre, de lui couper la tête, ou de l’attacher ;
à la queue d’un cheval. En se débattant, il frappa par
mégurde d’un coup de pied l’un des assistants. Quelqu'un Mproposa, et sa suggestion fut acclamée aussitôt par la | oule, que l'individu atteint coupât le cou au gouverneur.
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allé à la Bastille pour voir ce qui s’y passait, juge que,
| puisque tel est l’avis générai, l’action est patriotique, et :
ne (roit même mériter une médaille en détruisant un monstre. Avec un sabre qu'on lui prête, il frappe sur le
« Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est
(ol nu; mais le sabre mal affilé ne coupant pas, iltire k de sa poche un petit couteau à manche noir et (comme,
en: sa qualité de cuisinier, il sait travailler les viandes) il achève heureusement l’opération. »
indiqué. Obéissance à une suggestion d'autant plus puis- Vs sante qu “elle ést collective, conviction chez le meurtrier | »
r elle puisqu'il a pour lui l’approbation unanime de ses concitoyens. Un acte semblable peut être légalement, mais
po psychologiquement, qualifié de criminel.
Les caractères généraux des foules dites criminelles:
; ont exactement ceux que nous ayons constatés chez toutes les foules : suggestibilité, crédulité, rmobilité, xagération des sentiments bons ou mauvais, manifestaion de certaines formes de moralité, etc.
foules qui laissèrent un des plus sinistres souvenirs de iotre histoire : les septembriseurs. Elle présente d’ailleurs beaucoup d’analogie avec celles qui firent la Saint-Barthé-
. On voit clairement ici le mécanisme précédemment
avoir commis un acte fort méritoire, et conviction natu- ;
. Nous retrouverons tous ces caractères chez une des
lemy. J'emprunte les détails du récit à Taine, qui les a puisés dans les mémoires du temps.
On ne sait pas exactement qui donna l'ordre ou sUuggéra de vider les prisons en massacrant les prisonniers. Que ce soit Danton, comme cela paraît probable, ou tout . autre, peu importe ; le seul fait intéressant pour nous est” celui de la suggestion PASS reçue par la foule chargée. du massacre.
L'armée des massacreurs comprenait environ trois 4 cents personnes, et constituait le type parfait d'une foule » 1 hétérogène. A part un très petit nombre de gredinsw professionnels, elle se composait surtout de boutiquiers M et d'artisans de corps d'états divers : cordonniers, serrurriers, perruquiers, maçons, employés, commissionnaires, etc. Sous l'influence de la suggestion reçue, ils sont, comme le cuisinier cité plus haut, parfaitement | convaincus d'accomplir un devoir patriotique. Ils rem-w plissent une double fonction, juges et bourreaux, et ne se 4 considèrent en aucune façon comme des criminels.
Pénétrés de l'importance de leur rôle, ils commencent par former une sorte de tribunal, et immédiatement apparaissent l'esprit simpliste et l'équité non moins simpliste des foules. Vu le nombre considérable des accusés, on décide d'abord que les nobles, les prêtres, les. officiers, les serviteurs du roi, c'est-à-dire tous les indi-. vidus dont la profession seule est une preuve de culpabilité 4 aux yeux d’un bon patriote, seront massacrés en tas sans ; qu'il soit besoin de décision spéciale. On jugera les autres. À sur la mine et la réputation. La conscience rudimentaire ; de la foule étant ainsi satisfaite, elle va pouvoir procéder … ÿ légalement au massacre et donner libre cours aux instincts. de férocité dont j ’ai montré ailleurs la genèse, et que les.
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