‹ Psychologie des foules (volume 3)Chapitre 49 sur 65 · LES FOULES DITES CRIMINELLES · texte numérisé non relu

LES FOULES DITES CRIMINELLES

ollectivités ont le pouvoir de développer à un haut degré. Ils n'empêcheront pas du reste — ainsi que cela est la . règle dans les foules — la manifestation concomitante » d’autres sentiments contraires, tels qu'une sensibilité sou » vent aussi extrême que la férocité.

« Ils ont la sympathie expansive et la sensibilité . prompte de l’ouvrier parisien. À l'Abbaye, un fédéré, ap- » prenant que depuis vingt-six heures on avait laissé les » détenus sans eau, voulait absolument exterminer le gui- ‘chetier négligent, et l’eût fait sans les supplications des détenus eux-mêmes. Lorsqu'un prisonnier est acquitté (par leur tribunal improvisé), gardes et tueurs, tout le monde l’embrasse avec transport, on applaudit à loutrancs », puis on retourne tuer les autres, Pendant le mas- » sacre une aimable gaieté ne cesse de régner. Ils dansent Ù * chantent autour des cadavres, disposent des bancs « pour les dames » heureuses de voir tuer des aristocrates. “Ils continuent aussi à manifester une équité spéciale. Un tueur s'étant plaint, à l'Abbaye, que les dames placéesun heu loin voient mal, et que quelques assistants seuls ont … le plaisir de frapper les aristocrates, ils se rendent à la jus- | esse de cette observation, et décident de faire passer lentement les victimes entre deux haies d’égorgeurs qui ne pourront frapper qu’avec le dos du sabre, afin de prolonger . le supplice. A la Force les victimes sont mises entièrement : . nues, déchiquetées pendant une demi-heure; puis, quand. | tout le monde a bien vu, on les achève en leur ouvrant le ventre.

| Les massacreurs sont d’ailleurs fort scrupuleux, et * manisfestent la moralité dont nous avons déjà signalé l'existence au sein des foules. Ils rapportent sur la table Ê des comités l'argent et les bijoux des victimes.

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Dans tous leurs actes on retrouve toujours ces formes :

rudimentaires de raisonnement, caractéristiques de l'Ame

des foules. C’est ainsi qu'après l'égorgement des 12 ou. 1500 ennemis de la nation, quelqu'un fait observer, et .

immédiatement sa suggestion est acceptée, que les .

autres prisons, contenant de vieux mendiants, des vagabonds, des jeunes détenus, renferment en réalité des bouches inutiles, dont il serait bon de se débarrasser. D'ailleurs figurent certainement parmi eux des ennemis du peuple, tels, par exemple, qu'une certaine dame Delarue, veuve d’un empoisonneur : « Elle doit être furieuse d’être en prison ; si elle pouvait, elle mettrait le feu à Paris ; elle doit l'avoir dit, elle l’a dit. Encore un coup de balai. » | La démonstration paraît évidente, et tout est massacré

en bloc, y compris une cinquantaïne d’enfants de douze à.

dix-sept ans, qui d’ailleurs, eux-mêmes, auraient pu devenir des ennemis de la nation et devaieht par conséquent être supprimés.

Après une semaine de travail, toutes ces opérations étaient terminées, et les massacreurs purent songer au repos. Intimement persuadés qu'ils avaient bien mérité

de la patrie, ils vinrent réclamer une récompense aux ! autorités ; les plus zélés exigèrent même une médaille. « L'histoire de la commune de 1871 nous offre plusieurs

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faits analogues. L'influence grandissante des foules et les: 1

capitulations successives des pouvoirs devant elles, en fourniront certainement bien d’autres.

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