‹ Psychologie des foules (volume 3)Chapitre 55 sur 65 · RES EN ET TT, LR TURC · texte numérisé non relu

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voient du même coup les pays fiévreux, le bâtiment qui pourra les emporter, car ne font-ils pas peut-être partie de

: la catégorie assez mal limitée des politiciens menacés ?

Ils éprouvent alors la sourde crainte que devaient ressentir iles conventionnels, plus ou moins menacés du cou-

peret de la güillotine, par les vagues discours de Robes:

pierre et que cette crainte faisait lui céder toujours.

Les meneurs ont intérêt à verser dans les plus invrai . semblables exagérations. L’orateur, dont je viens de citer une phrase, a pu affirmer, sans soulever de grandes 0h testations, que les banquiers et les prêtres soudoyaient les. lanceurs de bombes, et que les administrateurs des. grandes compagnies financières méritent les mêmes peines que les anarchistes. Sur les foules, de pareilss moyens agissent toujours. L’affirmation n'est jamais. trop furieuse, ni la déclamation trop menaçante. Rien n’intimide plus les auditeurs. En protestant, ils craignent, de passer pour traîtres ou complices. à

Cette éloquence spéciale a régné, je le disais à l’ins- À tant, sur toutes les assemblées, et dans les périodes cri tiques, elle ne fait que s’accentuer. La lecture des dis=u cours des grands orateurs de la Révolution est forts intéressante à ce point de vue. Ils se croyaient obligés de s’interrompre à tout instant pour flétrir le crime et. exalter la vertu; puis éclataient en imprécations contre les tyrans, et juraient de vivre libres ou de mourir. L'assistance se levait, applaudissait avec fureur, puis, calmée, se rasseyait. 1

Le meneur peut être quelquefois intelligent et instruit ; mais céla lui est généralement plus nuisible qu’utile. En. démontrant la complexité des choses, et permettant. d'expliquer et de comprendre, l'intelligence rend indulgent, et émousse fortement l’intensité et la violence des” convictions nécessaires aux apôtres. Les grands meneurs de tous les âges, ceux de la Révolution principalement, ont été fort bornés et exercèrent cependant une grande

action.

du puissant dictateur :

! « Lieux communs et redondance de l’éloquence pédagogique et de la culture latine au service d’une âme plutôt puérile que plate, et qui semble se borner, dans l’attaque ou la défense, au : « Viens-y donc! » des écoliers. Pas une idée, pas un tour, pas un trait, c'est l'ennui dans la tempête. Quand on sort de cette lecture morne, on

a envie de pousser le ouf! mi l’'aimable Camille Des-

moulins. »

LA

ll est effrayant de songer au pouvoir que confère à un homme entouré de prestige une conviction forte, unie à

une extrême étroitesse d'esprit. Ges conditions sont ce-

- pendant nécessaires pour ignorer'les obstacles et savoir vouloir. D’instinct, les foules reconnaissent dans ces convaincus énergiques le maître qu'il leur faut.

Dans une assemblée parlementaire, le succès d’un discours dépend presque uniquement du prestige de l’ora-

teur, et nullement des raisons qu’il propose. L’orateur inconnu arrivant avec un discours rempli de bonnes raisons, mais seulement de raisons, n’a aucune chance d'être seulement écouté. Un ancien député, M. Descubes, a tracé dans les lignes suivantes l’image du législateur sans prestige : |

« Quand il a pris place à la tribune, iltire de sa ser.

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