‹ Psychologie des grands calculateurs et joiers d'échecsChapitre 45 sur 58 · ÉRUDITION ET PRATIQUE DE L*ÉGHIQUIER · texte numérisé non relu

ÉRUDITION ET PRATIQUE DE L*ÉGHIQUIER

joueurs; voyons comment ils décrivent une position, essayons de comprendre ce qu'ils ressentent,

M. Gœtz écrit : « Aussi bien dans la partie vue que dans la partie jouée sans voir, chaque position que je crée ou que je vois se former devant moi parle au delà de mon raisonnement, à ma sensibilité, elle me fait une impression sui generis,.,. Je la saisis comme le musicien saisit dans son ensemble un accord ». Plus loin , M . Gœtz ajoute : « Je suis souvent porté à résumer dans une épithète générale le caractère d'une position ». Sur ma demande d'explications relativement à ce mot à! épithète^ il ajoute : « En fait d'épithète, il me serait aussi difficile de caractériser une partie qu'un morceau de musique. Cela vous a l'air simple, familier, ou bien original, excitant, suggestif, et l'on éprouve du plaisir à voir cela comme si l'on revoyait une ancienne connaissance; mais aussitôt que vous tentez de préciser votre épithète, le charme s'évanouit, la chose s'épaissit, s'alourdit, et vos impressions s'effacent. »

C'est donc grâce à une foule de suggestions d'idées qu'elle éveille qu'une partie devient intéressante et se fixe dans le souvenir. Ajoutons un nouvel élément qui entre en ligne de compte, la personnalité de l'adversaire. Plusieurs joueurs dignes de foi, par exemple M. Arnous de Rivière, m'ont affirmé qu'à travers le jeu de leur adversaire ils peuvent discerner sa nature et son tempérament. 11 y a une façon de jouer qui est simple, franche, droite; d'autres sont plus compliquées, plus entortillées, plus hypocrites. Il y a des modes d'attaque et de défense qui révèlent un esprit

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létu; d'autres ont de l'ironie, ou sont franchement comiques. Les auteurs compétents ont pu déterminer le caractère du jeu de chaque grand joueur. On dit de Cochrane, par exemple, que son jeu impétueux et aveugle rappelait la charge des mamelouks venant, à la bataille des Pyramides, se faire empaler, hommes et chevaux, sur les baïonnettes françaises; comme contraste, on cite le style sévère et froid de Popert, et la finesse de M. Heydebrand von der Lasa. On connaît aussi Tardeur et la fierté du jeu de La Bourdonnais, se mesurant avec la patience et la persévérance de M'Donnel, son adversaire habituel; M. de Rivière dit qu'il y a la même différence entre le jeu noble et simple de Paul Morphy et le jeu savant, mais entortillé et tortueux de Steinitz, qu'entre Raphaël et Quasimodo. S'il est vrai que le jeu reçoit avec ce degré de netteté l'empreinte de la personnalité du joueur, le joueur sans voir doit y trouver une aide puissante pour sa mémoire; évidemment il sera d'autant plus facile de se rappeler une partie qu'elle présentera une physionomie plus distincte.

Cette physionomie change avec les temps comme avec les races. Les joueurs exercés et instruits reconnaissent, à la simple forme des combinaisons, les parties d'un autre temps : celles de Philidor et de ses élèves, qui datent de la fin du siècle dernier, ont toutes un air de famille. Aujourd'hui, on joue aux échecs sur tous les points du globe, en Amérique, aux Indes, en Chine; les milieux, les races, tout ce qui infiue sur la nature des hommes influe aussi sur la nature du jeu; il paraît même qu'on ne joue pas de la

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