RÉFLEXIONS SUR LE JEU D*£GHECS JOUE SANS VOIR
l'on puisse égarer un bon joueur sans voir en lui jouant des coups bizarres, extraordinaires. La jolie partie Morphy-Garr (Birmingham) prouve le contraire.
Il est vrai que la puissance de distinction pour deux positions données est très inégale, et ici les joueurs d*échecs seront seuls à me comprendre.
Ce n*est pas par un effet de hasard ou de développement historique du jeu que les parties, dites fermées ou irrégulières, qui ne débutent pas par P 4R des deux côtés nous paraissent plus difficiles à saisir et à analyser que les parties ouvertes. Certainement tout le monde, à peu d'exceptions près, a joué plus de parties ouvertes que de parties irrégulières. Mais, en fût-il autrement, les positions nettes et franches, où les pièces principales entrent rapidement en action, où les lignes d'attaque sont plus vivement dégagées, offriraient cependant plus de prise à la mémoire et à l'imagination que les parties fermées où le dégagement laborieux et uniforme tend à étouffer l'initiative et le génie des échecs sous les principes du modem chess.
Ce n'est certes pas la difficulté du jeu de dames qui a jusqu'à présent empêché ses adeptes de jouer sans voir, mais c'est l'uniformité désespérante qu'offrent à l'œil et à l'esprit les coups toujours semblables de chaque début, c'est l'absence de toute idée saillante, de toute configuration plastique dans les positions données par ce jeu. Pour parler à la mémoire, à l'imagination, il n'y a rien de tel que la diversité : non pas le chaos, mais la diversité harmonieuse, enchaînée dans le cadre du connu. Pour que le rythme frappe l'imagination, il faut qu'il soit rehaussé par la mélodie,
mais, pour que la mélodie parle à la mémoire, il faut qu'elle soit liée et divisée par le rythme.
Pour me récapituler, la condition essentielle pour retenir parallèlement et sans les confondre deux ou plusieurs parties d'échecs est que Ton se soit rendu compte de leur diversité, de la physionomie particulière de chaque partie. Ceci admis, le nombre de parties à jouer n'est plus limité que par l'insuffisance physique de nos organes. Inaudi ne calculera pas avec des nombres de 500 chiffres et personne n'a songé à jouer 100 parties simultanément et sans voir.
La question du « record » du nombre et de la vitesse dépend de l'organisation individuelle et ne rentre guère dans le cadre de mes observations générales.
Dans son Traité des Échecs, M. Selkirk cherche à réaliser l'idée singulière de vouloir apprendre aux commençants le jeu d'échecs sans voir. Les indications fournies par cet auteur, bien que ne répondant pas au but qu'il s'était proposé, n'en sont pas moins précieuses pour les amateurs. Ainsi les différentes déductions sur la corrélation entre l'échiquier et la marche des pièces sont fort justes et certainement doivent être connues, fût-ce inconsciemment, de tout chacun qui joue sans voir l'échiquier. Mais l'auteur est un pédadogue trop hardi, il ne se rend pas suffisamment compte des difficultés qu'il a surmontées lui-même pour arriver au degré de fort joueur et il ressemble, pour lui emprunter une comparaison, au professeur de mathématiques qui voudrait apprendre aux jeunes élèves l'algèbre et la trigonométrie avant qu'ils soient ferrés sur les quatre règles. Quoi qu'il en dise, le jeu d'ochocs sans voir