Synopsics, p
calculateur mental de première force peut se passer do ce secours.
Tous les détails que nous venons de donner présentent ce caractère qu’ils font de M. Inaudi un trjpe auditif modèle.
Néanmoins il faut se garder de toute exagération; on ne doit pas supposer qu’il existe, même pour une mémoire partielle, un type auditif absolument pur; la vie réelle ne fait pas de ces schémas. M. Inaudi, en somme, n’a perdu l’usage d’aucune de ses mémoires; dans son cerveau les centres sensoriels de la vue et de l’ouïe sont en continuité de tissu ; il serait donc bien invraisemblable que jamais, pendant ses opérations de calcul mental, les centres de la vision mentale ne fussent mis en exercice. En réalité, quand on dit qu’une personne appartient au type auditif (en ce qui concerne une opération particulière, bien entendu — c’est encore une réserve qu’on oublie de faire bien souvent), on veut dire simplement que chez cette personne la mémoire auditive est prépondérante. Je suppose que, du moment que M. Inaudi a appris depuis quatre ans la forme visuelle des chiffres et sait les lire, l’image visuelle doit être maintenant excitée faiblement toutes les fois qu’il pense à un chiffre; s’il pense au chiffre 9, il l’entend prononcer en lui-même et en même temps l’image auditive doit, qu’on me passe l’expression, tirer la ficelle de l’image visuelle. Il en est ainsi, du reste, dans toutes les opérations de notre esprit : il ne s’éveille jamais une seule image, à l’état isolé, mais un groupe d’images, dont quelques-unes, plus nettes et plus vives que les autres, attirent seules l’attention et
donnent au groupe sa physionomie, état mental particulier auquel on peut donner le nom de subordination des images, et que j’ai étudié dans l’hystérie (Vision mentale, Revue philosophique , t. XXVII, p. 337). M. Flournoy, dans une étude récente sur les réactions d’un sujet du type visuel, est arrivé à la même interprétation ( Arch . des sciences physiques et naturelles, oct. 1892, p. 319).
Quelques observations directes montrent que M . Inaudi peut se servir à l’occasion — dans une faible mesure, il est vrai — de la mémoire visuelle dans ses calculs. Il nous a dit, par exemple, que lorsqu’il recueille les chiffres et les nombres de toutes sortes qui lui sont adressés par le public, il se rappelle ensuite assez bien la position du spectateur qui lui a envoyé tel ou tel chiffre.
En outre, et cette réserve est peut-être la plus importante de toutes, il ne faudrait pas croire que M. Inaudi soit, en dehors de ses exercices professionnels de calcul, un auditif; il l’est pour ses calculs, c’est-à-dire pour une mémoire partielle, spéciale, bien délimitée; rien ne prouve qu’il le soit pour ses autres facultés.