‹ Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecsChapitre 41 sur 54 · Il est important. de remorquer que le plus fort joueur de · texte numérisé non relu

Il est important. de remorquer que le plus fort joueur de

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«ux échecs. Il faudrait du reste bien peu connaître £ vStétt p exité de la vie psychologique pour croire à l’identité do oes deux tendances. Seulement, c’est un fait digne de remaroÎe

PSYCHOLOGIE DES JOUEUHS d’ÉCHECS.

d’autres catégories de personnes, et notamment aux peintres; ceux-ci se vantent trop souvent de ne pas savoir faire une addition pour qu’il n’y ait pas quelque vérité dans leur lière déclaration d’ignorance.

D’autre part, les mathématiciens se sont souvent intéressés aux échecs, et l’on a constaté que, dans l’armée, c’est l’artillerie, la marine et le génie qui fournissent le plus grand nombre d’abonnés aux journaux d’échecs; mais peu de mathématiciens éminents ont été joueurs de première force.

Quelques grands mathématiciens ont écrit sur les échecs : d’abord Euler, à qui l’on doit une théorie de la marche du cavalier; mais je ne sache pas qu’il ait été un fort joueur. De nos jours, un Russe, le major Jaenisch, a publié un Traité des applications de l'analyse mathématique au jeu des échecs-, cet ouvrage est, paraît-il, si savant, que peu de personnes sont capables de le lire. Le seul exemple d’un mathématicien qui ait été grand joueur est Anderssen, l’auteur de la « Partie immortelle » ; c’est le cas typique, et il est à peu près le seul.

On voit combien il serait difficile de faire la synthèse de ces différents documents; j’admets, pour ma part, assez volontiers qu’il existe une analogie entre les mathématiques, spécialement entre le calcul mental et les échecs, mais ce n’est point une identité d’opérations mentales. M. Arnous de Rivière porte sur la question un jugement intéressant : « Les échecs et les mathématiques, dit-il, sont des lignes parallèles. » En d’autres termes, ces deux genres d’étude ont une direction commune, ils supposent un même goût pour

LE MONDE DES ECHECS

des combinaisons à la fois abstraites et précises, et une forte dose de patience et d’attention.

Les femmes ne brillent point aux échecs; on cite une dame qui a composé un problème; une autre, que l’on considère en ce moment comme la meilleure joueuse de Paris, ne dépasse pas une force moyenne d’amateur; un professionnel lui ferait avantage de la tour *.

Le jeu d’échecs présente un second caractère distinctif, qui manque aux mathématiques : c’est qu’il est un combat; les deux adversaires luttent l’un contre l’autre d’intelligence, de sang-froid, de prudence et d’adresse; il y a dans une partie d’échecs tout ce que 1 on trouve à la guerre, les fausses manœuvres, les

1. Il est difficile de mesurer exactement la force des femmes aux échecs, parce que leurs adversaires ne mettent pas en général le même acharnement à les combattre que s’ils jouaient contre des hommes, et aussi parce que les femmes ne jouent point dans les tournois.

On peut remarquer cependant que les femmes n’ont jamais brillé aux échecs. En France, on ne rencontre de dames cultivant ce jeu que dans la haute aristocratie du faubourg Saint-Germain; en Angleterre, elles sont plus nombreuses, et de quelquesunes on peut dire qu elles jouent aux échecs et non pas avec les échecs *. Des femmes, des filles d’amateurs livrent entre elles des combats par correspondance. Une fois par an, on organise un tournoi spécial pour le beau sexe. A Brighton, l’an dernier, il y a eu un tournoi de dames, et Mme Ludovici a gagné par des parties très bien jouées. Aux États-Unis, il y a également des joueuses d échecs. On a cité dans la Stratégie une dame qui, en jouunt par correspondance, a annoncé un mat en 35 coups; seulement il est difficile d’affirmer qu’elle n’a pas été aidée.

En tout cas, aucune dame n’a acquis une notoriété comparable au moins célèbre des maîtres modernes, et on peut être convaincu qu il n’existe pas dans le monde entier une dame à aquclle Steinitz ne pourrait rendre un cavalier ou mémo la tour, ce qui correspond à un degré de à 5» force,

* Ce mot est de M. Prcti.

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embuscades, les ruses, les menaces, les charges à fond de train; le joueur heureux possède, je ne dirai pas des qualités guerrières, mais une certaine aptitude pour le combat des idées, et en somme autant de qualités morales que de qualités intellectuelles. Ajoutons aussi la vigueur physique. Le jouéur de première force a besoin d’un tempérament vigoureux, pour pouvoir lutter dans les tournois, qui sont souvent d’une longueur interminable. Enfin, une dernière qualité, c’est la jeunesse. On donne de vingt-cinq à quarante ans son maximum de force; à partir de cet âge, il est rare que le jeu se perfectionne; le contraire, sauf exceptions, paraît être la règle.

Voilà les qualités des joueurs d’échecs. Quant à leurs défauts, ils se résument en un seul, la vanité : c’est une vanité énorme et naïve, égale à celle des comédiens, et peut-être supérieure. Sur leur manière de se comporter devant l’échiquier, nous avons recueilli les renseignements suivants, puisés à des sources diverses :

« D’une manière générale, pendant le cours de la partie, les maîtres sont impassibles et ce n’est que lorsque la lutte est finie que le caractère se fait voir. M. A., par exemple, lorsqu’il a perdu une partie sérieuse, est accablé : il avait un violent mal de tête,... il était malade avant de jouer. Si au contraire il a gagné, c’est une grande exaltation pendant longtemps ; il parle à tout le monde de cette partie : « Si vous aviez « vu comme je l’ai tortillé,... au 10° coup il ne pouvait « plus bouger,... il a joué comme un enfant... », dit-il. A part quelques natures mieux trempées, comme Steinitz, c’est le type ordinaire des joueurs d’échecs. On nous a

LF, MONDE DEÇ ÉCHECS.

SJ Î1

raconté que pendant le match Harwitz-Morphy, après les premières parties gagnées par Harwitz, celui-ci ne pouvait contenir sa joie; il riait en allant et venant dans le café de la Régence et en se frottant les mains; mais lorsqu’il eut perdu quelques parties, il fut si anéanti qu’il tomba malade et refusa de terminer le match. Sa défaite lui a été si sensible, qu’il a presque immédiatement abandonné les échecs, dont il avait fait jusque-là sa profession. Morphy était impassible aussi bien dans la défaite que dans la victoire : c’était du reste une nature tout à fait indolente.

« M. B., s’il a gagné, montre sa partie à tout le monde, met en évidence toutes les beautés et, naturellement, par l’analyse qu’il en a faite, trouve des combinaisons qu’il n’a pas soupçonnées en jouant la partie, mais qu’il présente tout de même comme les ayant prévues. S’il montre la partie lorsqu’il a perdu, c’est pour démontrer qu’à un moment donné il avait une position gagnée et qu’à un certain coup il a fait une faute : « Comprenez-vous, dit-il, qu’un joueur comme moi « puisse commettre une pareille erreur! c’est incroya- « ble! un moment d’aberration ! C’est le hasard des « échecs et je n’ai pas de chance. »

« M. C., après une partie perdue, est grincheux; je l’ai vu presque insolent avec son adversaire.

« Sur M. D. il est difficile de se prononcer, car il n’a joué que très peu de parties sérieuses, au café de X. Il les a gagnées par sa science, ce dont il ne veut pas convenir. J’appelle science l’application de combinaisons connues à des positions similaires, travail dont le principal moteur est la mémoire. Je le crois d’un carac-

1ère très irritable s’il perdait. Du reste, au whist c’est un joueur très désagréable; il trouve toujours, parfois en termes désobligeants, que son partner a mal joué. » L’ensemble de qualités intellectuelles qui font le giand joueur peut être inné, et se développer de bonne heure, avant toute étude sérieuse. Le plus bel exemple de précocité qu on puisse citer est celui du célèbre Paul Morphy; c’était un Américain de la Nouvelle-Orléans. A 1 âge de douze ans, il gagnait tous les forts joueurs de son entourage. En 1858, âgé de vingt ans, après avoir subi avec succès des examens de droit, il vint en Europe, où il battit les plus forts joueurs, en faisant preuve d'une supériorité écrasante. On le considère comme le Mozart des échecs; en effet, il a vaincu des joueurs qui avaient plus de vingt ans de pratique, lui qui n a pas connu les longues et pénibles études auxquelles les maîtres de notre temps sont obligés de se soumettre. La plupart des joueurs allemands célébrés ont débuté sur les bancs du collège. Le docteur Tarrasch, le champion actuel de l’Allemagne, qui n’a encore que trente ans, a commencé à jouer au collège. Neumann , autre fort joueur, mort aujourd’hui, a raconté à M. Preti père qu’au collège, tout en suivant les explications de ses professeurs, il jouait une ou deux parties sans voir avec ses camarades ; il écrivait les coups sur un bout de papier, qu’il passait a ses voisins, et ceux-ci lui renvoyaient la réponse de la même manière.

Passons aux Français. Même précocité encore chez La Bourdonnais, le plus grand joueur que la France ait produit. Son père, gouverneur de la Guadeloupe,

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l’avait envoyé à Paris pour ses études; le jeune homme, au lieu de suivre les cours, fréquenta le café de la Régence et devint bientôt sans rival. C’est à dixhuit ans que Philidor jouait sans voir. M. Moriau, un Français établi à Londres, qui est actuellement le champion du City of London Chess Club, nous écrit qu’il a débuté aux échecs à onze ans. M. Gœtz nous apprend qu’il a débuté vers le même ;lge. Incontestablement, ce sont de beaux exemples de précocité, bien que cette précocité ne puisse être nullement comparée à celle des mathématiciens tels que Gauss et Ampère, qui, dit-on, ont commencé à calculer entre trois et cinq ans. Le développement plus tardif de l’aptitude aux échecs tient en partie à des circonstances particulières, telles que la nécessité d’apprendre des règles complexes, ou de posséder un jeu d’échecs, etc.; il n’en est pas moins vrai que certains individus privilégiés arrivent, presque sans études, à être de première force, ce qui indique un véritable don de nature.

L’action de l’hérédité n’a pas encore pu être constatée nettement dans le monde des échecs : on ne connaît point de familles de joueurs comparables aux familles célèbres ' de musiciens ou de savants ; les grands joueurs du siècle n’ont point laissé leur talent à leui’s descendants.

Quant aux maladies auxquelles les joueurs sont sujets, elles n’offrent rien de particulier; on n’en cite que deux qui soient devenus fous, Morphy et Neumann.

I our Morphy, on ne saurait accuser les échecs de lui avoir fait perdre la raison. Son père possédait de grandes propriétés dont l’exploitation se faisait par

des esclaves; à la suite de la guerre de Sécession, lorsque la liberté des esclaves eut été proclamée, les domaines de Morphy furent liquidés avec de très grandes pertes; ce fut la ruine. Morphy aurait pu facilement tirer profit de sa réputation et de son talent ' aux échecs pour gagner des sommes considérables, mais il ne le voulut pas; aux États-Unis, on considérait alors le gambler , c’est-à-dire celui qui joue pour de l’argent, comme un homme méprisable. Il y avait plusieurs années que Morphy ne jouait plus quand il devint fou.

Zukertort, un très fort joueur, le seul qui ait conduit simultanément seize parties sans voir, est mort à quarante-cinq ans d’une congestion cérébrale qui le frappa devant l’échiquier. Cependant la partie qu’il jouait n’était pas sérieuse; son adversaire était un amateur faible, à qui il faisait avantage. Deux ou trois ans avant sa mort, Zukertort avait perdu un match contre Steinitz, alors qu’il se croyait sûr de la victoire. Cette défaite l’avait profondément affecté, et à partir de ce moment on le vit décliner peu à peu.

A part ces quelques exceptions, l’immense majorité des joueurs, même des forts, est soumise à la règle commune; on rencontre parmi eux de robustes constitutions et de beaux cas de longévité.

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