LE CALCULATEUR JACQUES INAUDI
toutes les réserves qu’on peut supposer. Il paraît que la mère d’Inaudi, pendant qu’elle était enceinte de lui, passa par de dures épreuves morales. Elle assistait aux dilapidations de son mari, et voyait 1 argent qui allait manquer pour payer de nombreuses échéances; sous l'empire de la crainte de la saisie, elle calculait
M. J. Inaudi.
dans sa tête les économies à réaliser pour faire face aux engagements; ses journées se passaient dans les chiffres, et elle en était arrivée à une véritable manie de calculer. Le fait a été rapporté dernièrement à M. Thorcey par le frère de lait d’Inaudi
Enfance. — Jacques passa ses premières années à
1. Deux points d’interrogation : Le fait est-il exact? S’il est exact, l’état mental de la mère a-t-il pu réellement agir sur le fils?
PSYCHOLOGIE DES GII AN DS CALCULATEUHS.
garder des moutons. C’est vers l’Age de six ans qu’il fut pris par la passion des chiffres. Tout en veillant sur le troupeau, il combinait des nombres dans sa tète. Bien différent de la plupart des calculateurs connus, il ne cherchait pas à donner à scs calculs une forme . matérielle, en comptant sur ses doigts ou au moyen de cailloux comme le faisaient Mondeux et Ampère. Toute l’opération restait mentale, et se faisait avec des mots : il se représentait les nombres par les noms que son frère aîné lui avait récités. Ni lui ni son frère ne savaient lire à celle époque. Il apprit donc par l’oreille les noms de la série des nombres jusqu’à cent, et il se mit à calculer avec ce qu’il savait. Quand il eut épuisé ses premières connaissances , il demanda qu’on lui apprit les nombres supérieurs à cent, afin d’étendre le domaine de ses opérations; il ne se rappelle pas que son frère lui ait enseigné la table de multiplication. Ces circonstances du premier âge ont peut-être exercé sur les procédés de M. Inaudi une influence particulière, que nous indiquerons plus loin.
Grâce à un exercice continuel, et surtout à ses aptitudes prodigieuses, le jeune calculateur fit des progrès rapides. A sept ans, nous dit-il, il était déjà capable d’exécuter de tête des multiplications de cinq chiffres.
Bientôt le jeune pâtre piémontais abandonna le pays natal pour faire, à la suite de son frère, une course vagabonde en Provence; le frère jouait de l’orgue, Jacques exhibait une marmotte et tendait la main. Pour augmenter scs petits bénéfices, il proposait aux personnes qu’il rencontrait d’exécuter des opérations de calcul mental ; sur les marchés, il aidait les paysans à