PSYCHOLOGIE COMPAREE IX
la seconde vie reprendra son cours. Telle est la situation bizarre du somnambule, du magnétisé, de l'extatique, de rbystérique et d'autres malades encore qu'en ces derniers temps la science s'est plu à nous décrire. Mais n'est-ce pas ainsi (quoi]uè à un moindre degré), pouvons-nous dire, que le cours de nos idées change suivant que nous nous retrouvons dans les plaisirs ou dans les affaires, à Paris ou à la campagne, dans les lieux où nous avons souffert ou dans ceux qui ont été témoins de nos premières joies ? Dans la condition maladive, qu'y a-t-il ? Un bouleversement subit et presque radical de l'état nerveux, d'où résulte tout à coup l'invasion et l'irrésistible tyrannie d'un système d'images entièrement nouveau, puis le retour également brusque à un sentiment général de l'existence qui impose avec une force non nu)ins décisive la reprise des associations accoutumées. Trouver la raison de ces renversements physiologiques et de leur soudaineté, c'est là l'affaire de la médecine ; mais quant à la loi qui préside à l'organisation mentale de ces états une fois donnés, ne senoble-t-il pas qu'elle soit toute trouvée ? N'est-ce pas, encore une fois, la loi même de toute mémoire ? Et ne voyons-nous pas ici, par un exemple de plus, qu'il est certaines lois générales auxquelles obéissent également la maladie et la santé ?
Le plus connu, je dirai presque le plus populaire de ces malades, celui qui peut être pris en effet pour le type le plus curieux de tous, c'est le somnambule. Or vous
X PSYCHOLOGIE COMPARBB
n'ignorez pas qu'une comparaison célèbre de Cuvier fait de la vie animale comme un somnambulisme perpétuel . L'homme frappé de cette anomalie marche dans une maison sans rien entendre et sans rien voir que ce qui coïncide avec son rêve ; mais, s'il rencontre en effet autour de lui ce que son rôve lui fait imaginer et chercljer, il lèsent avec une délicatesse prodigieuse. Or, dans cette immense quantité d'êtres vivants qui pullulent dans l'air, sur la terre ou dans les eaux, il n'en est guère qui sentent, qui aiment à se représenter, qui désirent par conséquent et qui poursuivent les mêmes choses. Chacun a ses associations d'images et de souvenirs, parce que chacun a ses passions, et qu'au milieu de la nature physique il marche indifférent à tout ce qui n'intéresse pas ses appétits. Si l'on veut donc avoir la clef du système mental d'une bête quelconque, il s agît de trouver quelle est la représentation ou, si l'on veut, le rêve qui la hante. Les deux lois que nous venons de rappeler, sur l'accord des sensations et des souvenirs, expliquent aisément toutes ses démarches, en même temps que le caractère toujours spécial, toujours étroitement limité, de ses industries et de son art. Le lièvre qui songe en son gîte, le loup que la faim fait sortir du bois, l'oiseau qui couve ses œufs, le cheval qui ne veut que brouter et courir, ont chacun leurs satisfactions qu'ils se représentent ; et la sensation anticipée ou prolongée que leur imagination leur en procure vient constamment aiguiser leurs sens. De là la ruse, qui en elle-même n'est nulle-