‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 11 sur 64 · PSYCHOLOGIE COMPARÉE XI · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE COMPARÉE XI

ment une marque de réflexion et de libre vouloir, car nous voyons que chez les criminels abrutis ou les idiots elle ne réclame, pour ainsi dire, que deux conditions : une idée fixe, et une sensibilité capable d'être vivement émue par les impressions correspondantes.

Nous ne comparons encore ici, ce nous semble, que des termes aisés à rapprocher les uns des autres : les êtres dégénérés, les malades, les bêtes. Ajoutons : quel est l'homme qui, à un moment donné, n'a pas senti fen lui les atteintes ou tout au moins les menaces passagères de la maladie? Mais voici. qu'on nous invile à faire un* pas de plus. Parmi les choses que nous appelons grandes, n'en est-il pas qui soient soumises à de semblables conditions? En psychologie sociale, par exemple, qui expliquera ces transports d'enthousiasme avec lesquels un peuple entier s'élance au-devant des périls et des catastrophes, mêlant l'héroïsme à la folie et la cruauté au dévouement? C'est une grande idée, dira-t-on. Soit! mais quelquefois aussi un grand rêve que l'on poursuit sans rien entendre et sans rien voir de ce qui en troublerait l'ordonnance factice ou en dissiperait les brillants fantômes. Indifférents à la liberté quand ils sont passionnés pour la gloire, méprisant la gloire quand c'est la richesse qui lesL attire, les peuples ne voient presque jamais qu'une très faible partie du but où ils tendent et où la fatalité les pousse 1 Voilà une philosophie de l'histoire que vous avez rencontrée souvent et à laquelle bien des faits vous ont peut-être amenés à don-

XII PSYCHOLOGIE COMPAUBB

ner de temps à autre' une adbésioti triste et résignée. Qu'on rapproche ain^i les fluctuations populaires des mouvements aveugles que Timagination seule impose à des êtres privés de réflexion, ce n'est pas encore là ce qui doit le plus nous étonner. La réflexion esc un travail personnel, et les entraînements auxquels cède la masse d une nation s'accommodent en général assez peu des vues et des tentatives particulières que le sens individuel de tel' ou tel peut essayer de jeter en travers du mouvement. Les nations cependant font autre chose que se déchirer et que détruire ; et alors qui les guide î Incontestablement des hommes supérieurs, des hommes de génie, de grands hommes enfln 1 Ici, sans nul doute, la comparaison va s'arrêter, ou du moins les ressemblances et les analogies vont faire place aux contrastes les plus tranchés.

- Eh bien, non I pas pour tout le monde ! car il est toute une série d'historiens, de critiques et de savants qui, non seulement ont voulu retrouver dans le grand homme lui-même les traces d'une influence maladive,' mais qui ont précisément voulu faire du génie une maladie.

La formule d'un éminent aliéniste : « Le génie est une névrose, » date déjà d'une époque relativement éloigné« ; et je n'entre pas ici une fois de plus dans la discussion des faits de bizarrerie plus ou moins authentiques relevés dans la vie des grands hommes, dans celle de leurs descendants, de leurs ascendants ou de

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