‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 9 sur 64 · VI PSYCHOLOGIE COMPAREE · texte numérisé non relu

VI PSYCHOLOGIE COMPAREE

leurs cités, de leurs gouvernements, de leurs migrations, de leurs colonies, de leurs révolutions et de leurs guerres, remplissent les livres môme de nos enfants. Dans les familles animales, on a compté les faits de monogamie et de polygamie; on a vu que certaines espèces en avaient réduit d'autres en esclavage ; on a constaté que quelques-unes vivent en république, mais que plusieurs de ces républiques aiment l'autorité et se laissent conduire par un chef auquel tous obéissent très docilement.

A ces ressemblances superficielles et tout apparentes, les recherches scientifiques en ont successivement ajouté beaucoup d'autres. Les études des aliénistes ont fait trouver entre la folie et l'état sain des degrés qui ont paru les rejoindre insensiblement l'une à l'autre. Le sommeil, profondément analysé, a laissé voir une aliénation courte et périodique qui a permis de mieux comprendre, à l'aide d'analogies nombreuses, les caractères' de l'aliénation proprement dite. L'obstination tenace, l'espèce de logique désespérée avec laquelle le maniaque, sur une ou deux fausses sensations, organise tout le système de son délire, c'est encore de la raison. L'action que les hallucinations des sens exercent sur les sentiments, les volontés, les sensations du fou, n'est qu'un cas particulier de l'influence de l'imagination sur toutes les facultés de l'être sentant. Dans Pétat de santé, les imaginations, excitées par les sensations réelles, répondent à l'appel de ces dernières avec une vivacité qui

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varie selon les organisations, selon les sexes et les Âges, selon la passion du moment. Il faut imaginer fortement pour sentir fortement ; sinon, la sensation expire aveo promptitude, ne laissant aucune trace d'elle-même, ne se prolongeant ni ne se multipliant ; elle demeure ce que serait le son fondamental d'une note de musique privée de ses harmoniques. Telle est la sensation de l'homme simple et rustique, à plus forte raison celle du barbare, à plus forte raison encore celle de l'idiot. Supposez, au contraire, une imagination habituée à la variété des tons et des nuances, habile à se représenter le passé, à anticiper sur l'avenir, toujours prête à ramener autour de la sensation qui la provoque tout un chœur d'émotions hier encore endormies, maintenant réveillées, répétant et diversifiant à l'envi le thème agréable ou douloureux, vous avez devant vous cette sensibilité riche mais délicate, irritable et maladive, qui fait à la fois tant jouir et tant souffrir l'homme civilisé. C'est donc une loi, que l'image et la sensation soient unies de telle sorte que Tune appelle l'autre et soit comme redoublée par l'autre. Or cette loi, retrouvée dans la marche des névroses, suffit à nous expliquer plusieurs des phénomènes qui nous y étonnent le plus. On peut prouver que c'est le rêve maladif qui impose l'action, qui entraîne et dirige le mouvement, mieux encore, qui ouvre et qui ferme les sens ; et celui qui, par des moyens fort peu magiques, disons-le, dispose de l'imagination du patient, est maître par cela même de lui suggérer h son gré

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!es idées, les sentiments, les actes qui lui plaisent. Allons de Pimagination à la mémoire : nous y trouverons des analogies non moins frappantes entre les lois de la maladie et celles de la santé. Ces brusques inter-> ruptions de la mémoire, ces enchevêtrements de souvenirs qui, par séries distinctes, s'interrompent, se croisent, se remplacent alternativement, de telle sorte qu'une même intelligence semble vivre de deux existences sépar rées et réunir en elle une double personnalité, c'est encore là une conséquence des lois générales de la mémoire. Tout souvenir est lié à une association d'images ou d'idées : voilà la loi . Faites donc que sous l'empire d'une cause quelconque, le système nerveux soit amené à un certain type extraordinaire de vitalité, que l'altération subite des fonctions provoque l'éclosion d'un monde nouveau de sensations et d'images, inévitablement les associations changeront et, avec elles aussi, les souvenirs. Quand l'individu, la crise terminée, reviendra au sentiment de la vie ordinaire et reprendra avec les choses et les hommes ses communications interrompues, aussitôt la chaîne brisée se renouera, mais se rattachera seulement aux associations et aux souvenirs de l'état sain. La vie psychologique de la crise demeurera comme un tout compact, mais fermé, sans aucune relation et sans échange avec la vie physiologique normale. EnGn, quand la crise reprendra, l'individu se retrouvant encore une fois dans cet ensemble de conditions où, à l'occasion de telles sensations, avaient commencé telles habitudes'

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