PSYCHOLOGIE COMPAREE XIII
leurs Collatéraux. Cette opinion cependant n'a pas perdu toute faveur, tant s'en faut. On ne voit pas qu'on l'ait étayée de preuves bien nouvelles ; mais on la considère dans plus d'une école comme une hypothèse très vraisemblable. On serait heureux de pouvoir établir qu'à tout le moins les métamorphoses de l'hérédité, qui, d'une génération à l'autre, font s'alterner des maladies si notablement différentes, sufQsent à faire osciller l'organisme humain du génie à la folie et réciproquement, par un imperceptible changement dans la structure ou dans la composition chimique des cerveaux. Nous serions à coup sûr bien étonnés, nous dit-on, si nous pouvions voir de près combien il en faut peu à la nature pour faire, avec les mêmes éléments, des touts si dissemblables en apparence. Un historien récent de Napoléon I*'^ nous cite ce mot de son héros : « J'ai des nerfs fort intraitables ; si mon cœur ne battait avec une continuelle lenteur, je courrais risque de devenir fou. » Ainsi, messieurs, supposez quelques pulsations de plus ou de moins par minute dans un viscère, et voyez -en les conséquences ! Quoi d'étonnant maintenant que l'historien qui a relevé ces paroles se croie autorisé à dire à son tour du personnage : « Il va, marchant dans la vie comme un somnambule, attiré vers un point invisible à tous, sans s'attarder un instant aux obstacles qui peuvent se dresser devant lui . » Pour presque tous les lecteurs, c'est là une simple métaphore ; mais, à toute époque (et nous en verrons plus d'un exemple), la pen-
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sée philosophique a aisément glissé de la métaphore à la théorie. Reportons-nous d'ailleurs au grand système de y Inconscient. La liaison rigoureuse, la parfaite coordination qui unissent l'une à l'autre toutes les parties de l'œuvre du grand homme, c'est là, pour M. de Hartmann et ses disciples, une preuve sans réplique que cette œuvre n'est pas le fruit d'une de ces combinaisons oii le simple talent choisit, élimine et ajuste péniblement ses matériaux. Non ! « Le génie qui reçoit ses inspirations, ou plutôt qui les subit sans les avoir voulues, le génie reçoit, comme un don des dieux qui ne lui coûte rien, la conception .totale et d'une seule pièce. » En un mot, son œuvre ne peut être comparée, affirme le même philosophe, qu'aux organismes de la nature, « lesquels doivent uniquement leur unité à V Inconscient ».
Réfléchissez un instant à ces derniers mots, messieurs, et ne vous étonnez plus que l'on compare nos grands hommes à des êtres sans responsabilité, conduits par les visions brillantes ou sinistres qu'ils subissent et ne font pas. Là où l'Allemagne philosophique croit encore à un Dieu, c'est à un Dieu qui s'ignore lui-môme : on le comparerait volontiers, lui aussi, à un gigantesque somnambule auquel on enlèverait, en le réveillant, la sûreté de ses allures, et qui compromettrait avec lui toute la machine du monde si, rappelé tout à coup à la conscience, il se trouvait contraint de penser.
Nous venons ainsi de glisser insensiblement de com-