‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 14 sur 64 · XVI PSYCHOLOGIE COMPARÉE · texte numérisé non relu

XVI PSYCHOLOGIE COMPARÉE

OU locales ; or c'est là qu'il faut chercher l'explication de sa nature ou de son énergie spéciale, dans quelque rang que ce soit de la hiérarchie psychologique. La raison qui fait que le renard dans son terrier ne se plaît pas aux mêmes images que le lièvre dans'le sien n'est pas différente de celle qui donne à tel homme Timagination d'un musicien, à tel autre celle d'un peintre . Le musicien est essentiellement celui qui sait entendre intérieurement des combinaisons de sons suivies ; le peintre "est celui qui sait, les yeux fermés, voir nettement et brillamment des contours, des reliefs, des couleurs. Chez le premier, c'est surtout le système auditif qui imagine ; chez le second c'est le système visuel. Ainsi, est-ce le système olfactif qui prédomine chez le carnassier. L'explication est toute semblable.

Supposez maintenant que l'imagination de l'un des organes soit surexcitée à un tel point que, dans le concert habituel de ces imaginations vivant côte à côte, elle seule puisse être entendue, vous voyez d'un seul coup d'œil se dérouler devant vous les phénomènes de Tillusion, de ^hallucination, de l'idée fixe, de la folie impulsive, du délire. Résolvez ainsi en leurs éléments ces facultés que l'on considérait jadis comme des puissances irréductibles, aussitôt>ous lisez à livre ouvert dans les états les plus éloignés en apparence, comme vous lisez facilement dans un vrai livre, une fois que vous avez décomposé les vingt-quatre lettres dont se forment tous les mots de la langue.

PSYCHOLOGIE COMPAREE XVU

C'est en usant plus hardiment encore de cette méthode qu'on a voulu expliquer récemment les variétés, les maladies et la nature intime de la mémoire ^ • Comme la vie d'un organisme sp résout dans les vies multiples des organes, des tissus, des éléments anatomiques qui le composent, ainsi la mémoire est résolue en des mémoires. Dire que chaque sens a la sienne et que telle personne a, par exemple, la mémoire des yeux plus tenace et plus nette que celle de l'ouïe, n'est pas assez, il faut dire que chaque cellule de l'économie, par cela seul qu'elle hérite des états qui l'ont précédée, se montre douée d'une véritable mémoire. On a beau dire que ces cellules se renouvellent incessamment, l'une chassant l'autre. Les maladies infectieuses n'impriment-elles pas aux tissus vivants, à leurs éléments présents et à venir, pour l'existence tout entière, une modification indélébile? Ainsi, sous l'inûuence d'une impression suffisamment vive, les cellules s'imprègnent si profondément qu'elles communiqueront cette imprégnation à celles qui viendront successivement prendre leur place et jouer leur rôle, héritant de leurs aptitudes innées ou acquises. La mémoire et l'hérédité seront ainsi deux formes d'une même loi : cette loi, c'est la tendance de chaque vivant, simple ou complexe, à engendrer des formes semblables aux formes auxquelles il s'est antérieurement habitué.

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