‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 18 sur 64 · PSYCHOLOGIE COMPARÉE XXVII · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE COMPARÉE XXVII

OU est-il le principe et la cause de rharmonie qui seule en fait la valeur ? N'est-ce pas lui précisément qui a mis Tordre dans ce conflit des passions et des tendances qu'avaient léguées les aïeux ? Ces questions ne sont d'ailleurs que des cas particuliers d'un problème que nous sommes obligés de poser sous d'autres formes.

Lorsque, dans un homme ordinaire, la force d'attention qui suffisait à soutenir le travail de la raison vient à faiblir, nous comprenons sans peine le déchaînement de ces images particulières, de ces mémoires locales, de ces tendances spontanées que la première influence venue entraînera tyrannîquement vers l'impossible et vers l'absurde, ou qui flotteront indéfiniment dans l'incohérence ; mais cela même implique que l'ordre habituel de ces imaginations et de ces mémoires était sous la dépendance de quelque chose d'autre que leur simple accumulation. Nous essayerons de trouver- cette explication, que la seule quantité ne nous donne pas.

La puissance d'action d'un ensemble dépend de l'accord de ses éléments : ceci n'a pas besoin d'être démontré. Cet accord lui-même exigerait, pour être parfait, que ^ chaque élément produisît le maximum de ses effets utiles et pour lui et pour l'ensemble tout entier. Chaque organe, en effet, vit de sa vie propre et vit de l'ensemble des organes avec lesquels il est associé. C'est d'abord du travail de chacun que résultent la nature et les qualités «du milieu intérieur dans lequel tous se. meuvent et tous puisent ; quant à l'action externe, il est encore plus clair

XXVm PSYCHOLOGIE COMPARÉE

qu'elle ne saurait se passer de la liaison des efforts et de la coopération des énergies. Cet accord, à son tour, suppose un ordre dans le groupement, puis dans l'action, et cet ordre lui-môme veut une subordination.

Je ne crois pas, messieurs, parler ici un autre langage que celui de la science. Un organisme animal n'est solide et actif que par la subordination des parties, et retrouver cette subordination est, en histoire naturelle, une des clefs de la classification. Il en est de même d'une œuvre d'art. Que ce soit un poème, une symphonie ou un tableau, chaque partie a dû être traitée, non pas pour elle-même, mais pour le tout.

Arrivons maintenant à un point plus important. Cette subordination, pour avoir un sens, ou plutôt pour être possible, veut un élément dominateur, terme et fin de tous les mouvements. Expliquer l'organisation d'un animal ou d'une plante, c'est montrer quel est le caractère prmcipal auquel tous les autres sont adaptés. Expliquer Tinstinct d'un animal, c'est aussi dire quelle est en lui la passion maîtresse aux satisfactions de laquelle se plient les associations, les souvenirs, les habitudes. Expliquer le rôle d'un peuple ou le caractère d'un siècle historique, c'est montrer à quelle oeuvre spéciale il a consacré son énergie , Les périodes sur lesquelles vous ne pouvez mettre aucun nom qui en résume clairement les tendances sont des époques endormies ou égarées dans des agitations confuses. Quant à celles qui ont marqué leur place dans l'humanité, toutes ont eu leur signe de

Page 1