Ceux qui plaident pour l'identité des deux états (M. L
d'hommes agissent et unissent en vue d'un commun but des efforts soutenus, il est difficile que quelques-uns, réussissant mieux que les autres dans l'action, n'arrivent pas à rendre des services, à se les faire pardonner, à servir enfin de modèles ou de guides au reste du peuple ou de la tribu.
Par suite, demander si parmi les chefs du Lac- Salé ou les faiseurs de pluie du Zambèse (voilà des sauvages), a pu exister un grand homme, serait une question purement ridicule. Demander siTamerlan, si Gengis-Khan, si Attila, siPorus, si Jugurtha (voilà des barbares), furent de grands hommes, c'est une question que presque toiit le monde, je crois, résoudra par la négative, mais sans la trouver absurde, peut-être même en lui faisant les honneurs de quelques instants de ré-
Passy, par exemple, dans la discussion que nous venons de rappeler) ajoutent eux-mêmes une autre différence. « Tout ce qui existait chez les Germain ">, dit M. L. Passy, existait chez les Indiens, sans autre différence notabla que celle qui provenait de ce que ceux-ci ne possédaient ni troupeaux ni bêtes de somme ou de trait. » Mais cette seule différence n*est pas seulement « notable, » elle est considérable. On sait que rélevage des troupeaux est, dans la marche de la civilisation, une étape entre la chasse vagabonde et l'agriculture .
flexion. On se rappellera, pour les uns l'étendue de leur empire, pour les autres la ténacité et la fierté de leur résistance : on se remettra sous les yeux rimmensité des territoires conquis et ravagés par eux. Mais on se dira aussi que ces hommes n'ont maintenu leur autorité que paries exemples répétés de la cruauté la plus atroce, qu'ils ont emporté toutes les digues par la seule action de la masse effroyable de leurs guerriers : on verra qu'en face des milliers de villes qu'ils ont ravagées on n'en saurait citer aucune qu'ils aient fondée ou même réparée. On finira donc par juger que tout cela est énorme (en sens étroit du mot) plutôt que grand.
A un degré plus élevé viennent les empires comme ceux d'Assyrie, de Chine ou d'Egypte :
de grandes choses y ont été faites, mais elles étaient dues le plus souvent aux efforts collectifs, on est tenté de dire indivisibles, d'une caste nombreuse et puissante, qui, en réglant et en fixant tout autour d'elle, s'immobilisait elle-même danà ses traditions sacrées. Les tendances individuelles à une certaine supériorité ne devaient-elles pas être étouffées promptement, là où la persistance
à conserver in lactés les coutumes des aïeux allaient jusqu'à fixer par des lois immuables la peinture, la sculpture, les chants et même la danse *; là oîi l'empereur, vicaire des dieux sur la terre et humble lui-même devant eux, gouvernait en pontife et en autocrate des sujets vivant tous égaux dans la servitude ' ; là enfin où la loi proclamait que du mélange des classes provient la violation des devoirs, la destruction de la race humaine et la perte de l'univers ^ ? Il est clair, sans doute, que ces empires ont été, à certains intervalles tout au moins, très supérieurs aux hordes barbares, et que ceux-là qui ont créé ces traditions ou leur ont donné celte forme hiératique n'étaient point des hommes ordinaires. 11 y a donc eu parmi eux des fondateurs et des législateurs, des Confucius et des Ramsès. Par ces seuls noms, comme par les mots de Ninive, de Babylone, des Pyramides, on voit que nous touchons à l'apparition des hommes que le consentement universel qualifie de grands ; mais nous n'y touchons qu'à