Th. Kihoi, Uhé}^éditê psychologique j 2» édition, p
2. Sainlè-Breuve, Causeries du lundi, t. VII, ai't. sur Œuvres de Frédéric.
cissement naturel à son sexe,Ja -supériorité de son esprit et une bonne partie de son caractère. Condé était Taîné de la belle Mme de Longueville ; elle lui fit assurément plus d'honneur que leur frère commun le prince de Conti. On sait comment Sainte-Beuve parle de ce dernier. « La nature, dit-il, ayant formé celle âme et ce personnage héroïque du grand Condé, il semble qu'il ne lui restait plus assez d'étoffe pour faire un grand homme, ni même un bel homme : il en était résulté- ce prince chétif, rachitique, spirituel, muable de volonté, capricieux avec violence, qui n'avait que des éclairs en tout, en amour, en valeur, en religion, et qui fut toujours dominé par son entourage. » Je ne crois pas médire du sexe féminin, en disant qu'il n'est point fait pour l'action, pas plus que pour les œuvres abstraites et de longue haleine ; que par conséquent, là oîi la nature est devenue insuffisante pour créer unhomme digne de ce nom, elle peut, grâce à l'économie qu'elle fait alors sans danger des qualités robustes et viriles, donner naissance à une femme remarquable. En voilà du moins un exemple, et en voici plusieurs autres.
Corneille élait Taîné de sept enfants. Je n'oublie pas qu'il eut pour frère Thomas Corneille. Mais il ne faut pas oublier non plus que de Tune de ses sœurs naquit Fontenelle. Un contemporain, Vigneul de Marville, parle du grand charme et du grand mérite de cette sœur, Marthe Corneille, à laquelle Pierre s'empressait toujours d'aller lire les vers qu'il venait de composer *. Pascal avait deux sœurs : Gilberte, qui devint Mme Perler et qui était son aînée, Jacqueline, qui était sa cadette. La plus distinguée des deux était sans contredit sa cadette Jacqueline *, esprit facile et vif, extrêmement précoce, elle aussi, pieuse de très bonne heure et jusqu'à l'exaltation, d'une sensibilité excessive, mais qui, au lieu de se laisser aller, cotnme Mme Périer, aux sentiments de la nature et aux affections de la famille, devint une des religieuses les plus austères de Port- Royal. Diderot était l'aîné d'un frère et d'une sœur ; son frère fut un chanoine très dévot,
1, Voy. Œuvres de Corneille, édition Ch. Louandre, t. I, introduction, xix.)
2. Rappelons que V. Cousin a consacré à Jacqueline Pascal un volume entier, où il cite d'elle un certain nombre de fragments et d'assez beaux vers.
« d'une sensibilité rentrée cl contrainte \ » c'està-dire en vérité ne lui ressemblant guère. Ne trouve-t-on pas au contraire beaucoup de lui dans sa sœur, dont Sainte-Beuve nous dit qu'elle était « vive, agissante, gaie, décidée, sans souci ni pour le présent ni pour l'avenir, ne se laissant imposer ni par les choses ni par les personnes, libre dans ses actions, plus libre encore dans ses propos, une espèce de Diogène femelle ». Entre les frères et sœurs de Bonaparte, les différences de caractères et d'aptitudes étaient, comme on sait, considérables ; mais nul ne lui ressemblait autant que sa jeune sœur Élisa, dont le plus récent historien de la famille 2 nous dit « qu'elle avait tout le caractère de son frère, toute l'âpreté de
ses convoitises que son regard était profond,
sa tête bien faite, ses lèvres fortes, son menton accusé, son teint mat, ses cheveux noirs abondants, ses extrémités délicates... » A côté de Gœthe enfin, les historiens de la littérature allemande ^ nous citent sa sœur Cornélie, née après