‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 48 sur 64 · Causeries du lundis t. XV, élude sur le généraIJoubert · texte numérisé non relu

Causeries du lundis t. XV, élude sur le généraIJoubert

l'illustre critique ajoute : « En tombant au premier souffle du destin, on est une preuve, un ^ pronostic de plus de la fortune de César. »

Laissons ce que des juges chagrins pourraient trouver dans ces derniers mots de flatterie rétrospective. Le sens scientifique des paroles est celui-ci : Quand une situation politique est pleine tout à la fois d'incertitudes et de promesses, plus d'un homme y apporte avec son dévouement ou son ambition une ardeur inexpérimentée. L'élan brisé si vite est à lui seul une preuve de la beauté de la cause et de ses difficultés, c'est-à-dire de sa grandeur. Mais, si la cause est grande, elle suscitera de nouveaux défenseurs, et parmi eux se trouvera celui qui, servi par les essais mêmes de ses devanciers et par la supériorité de ses talents, sera le guide et le dominateur de l'époque, bref en deviendra le héros.

Et maintenant, voyons le grand homme venu à son heure véritable et en ayant la vue claire ou le pressentiment. Comment se comporte-t-il à

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regard de ses devanciers immédiats et de ses contemporains ?

On a remarqué que les hommes les plus originaux, les mieux disposés (comme leur carrière doit en donner bientôt la preuve éclatante) pour l'invention, débutent toujours par imiter un modèle qui a excité leur enthousiasme. M. Fétis*, qui a oliservé ce fait chez les plus grands musiciens, en donne une explication à la fois très ingénieuse et très sensée. « L'originalité des idées, dil-il, quand elle est accompagnée de jugement et de rectitude, éprouve le besoin de se produire sous des formes intelligibles. Or l'art de créer des formes nouvelles et d'une facile perception ne peut être que le fruit de l'expérience, tandis que l'aperçu de l'idée n'est qu'une production de l'instinct. Aucun ouvrage durable ne résultera de ces aperçus instinctifs, si la forme ne vient à leur secours, et conséquemment si l'expérience ne les met en valeur. Si l'expérience propre n'est pas encore acquise, il faut avoir recours à celle d'un maître : c'est ce qu'avait fait

1. Fétis, Biographie des musicieis et des artistes, article Beethoven.

Mozart en prenant Ch. Ph. Ëmm. Bach pour modèle dans ses premières compositions pour le piano, Hasse dans sa musique dramatique. C'est ce que fil à son tour Beethoven, en marchant sur les traces de Mozart. » M. Fétis aurait pu ajouter: C'est ce que fit Meyerbeer, qui débuta par un ' opéra d'un style tout italien^ // crociato *.

Des remarques analogues ont pu être faites à propos des manières successives des peintres : ils ont à peu près tous débuté par être des élèves dociles ; ils ne se sont émancipés que lorsqu'ils ont été en possession de procédés techniques, et après avoir éprouvé, grâce à eux, leur facilité ou leur puissance d'exécution.

Ce premier maître n'est pas toujours, il s'en faut, celui dont le grand homme se rapprochera plus tard dans ces groupements qui s'opèrent entre les chefs d'école et leurs disciples. C'est quelquefois celui-là môme avec lequel il fera contraste et opposition. On vient de le constater pour Mozart, pour Beethoven et Meyerbeer. Ainsi, dans un autre ordre. Tacite a commencé par imiter Cicéron ; Shakespeare n'a d'abord été que l'un

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