‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 54 sur 64 · Consulat et Empire, tome X, p · texte numérisé non relu

Consulat et Empire, tome X, p

serait, si elle se dévouait pour une cause où tout se montrât préparé pour une action définitive *.

Voilà pour les hommes d'action, qui ont besoin que d'autres collaborent à Texéculion de leurs desseins. Mais tout artiste a en lui-même dans ses ambitions, dans ses convoitises, dans ses imaginations et ses fantaisies, des forces qui, débandées, , paralysent, et qui, disciplinées, fortifient l'énergie maîtresse de la pensée prête à créer. Ici encore il faut dire : 11 n'y a que les esprits nets, c'est-àdire voyant par avance avec netteté le but qu ils poursuivent, qui sachent commander à leurs fantaisies et obtenir de leurs passions qu'elles coopèrent à Tembellissement de leurs travaux.

1. La veille d'Iéna, «.... escorté par des hommes portant des torches, Napoléon parcourut le front de ses troupes, para aux officiers et aux soldats, leur expliqua la position des deux armées, leur démontra que les Prussiens étaient aussi compromis que les Autricliiens l'année précédente, que, vain- ' eus dans celte journée, ils seraient coupés de TEilbe et de TO* dcr, séparés des Russes et réduits à livrer aux Français la monarchie prussienne tout entière ; que, dans une telle situation, le corps français qui se laisserait battre ferait échouer le» plus vastes desseins et se déshonorerait à. jamais. » (Thiers, , Consulat et Empire, tome VII, p. li.)

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C'est d'ailleurs Descartes lui-même ^ qui a comparé les découvertes du savant à une suite de batailles livrées contre la nature. Poursuivons donc l'analogie. Expérimenter au jour le jour sans plan et sans idée, c'est se battre à l'aventure, c'est accepter des luttes disproportionnées qu'on abordera sans préparation. Chercher les exemples saillants, tendre toujours à faire entrer dans un ensembhe déjà ouvert les faits, les théories partielles qu'on doit à ses propres travaux ou à ceux des autres savants, concentrer ses efforts sur un point qui, une fois expliqué, donnerait la clef d'une foule de phénomènes ou embarrassants ou mal compris, relier entre elles ses découvertes, comme un général concentre ses forces en vue d'une action qu'il juge nécessaire, c'est là agir intentionnellement et par les lois d'une finalité comprise. Or c'est la méthode de tous les grands hommes : c'était, nous l'avons vu, celle de Newton et celle de Leibniz.

L'homme de génie s'impose ainsi à lui-même cette habitude d'organiser promptemeht ses prévisions, de ne laisser passer aucun fait, de ne làis-

\, Discours de la méthode, 6^ partie.

ser accomplir aucun acte, de ne s'abandonner à Tattrait d'aucun phénomène sensible, sans leur trouver la place où leur concours doit le mieux assurer l'accroissement de la lumière cherchée, refficacité des efforts déployés... Les circonstances peuvent alors se succéder autour de lui aussi nombreuses et aussi imprévues qu'on le voudra ; le peu qu'il voit lui sert à reconstituer sûrement c^ qu'il ne voit pas *. Puis une fois qu'il a saisi le lien, invisible pour les autres, soit des difficultés ou des résistances auxquelles doit se heurter son action, soit des contradictions apparentes des faits qu'il étudie, il renouvelle, s'il le faut, ses dispositions ; il varie ses expériences (sans en faire jamais d'invraisemblables), déplaçant donc quelquefois le centre de ses efforts, mais se préoccupant toujours d'en avoir un. Si le fait qu'il rencontre devant lui est d'importance secondaire, il le classe dans le groupe déjà ébauché ; s'il lui paraît véritablement nouveau et gros .de conséquences proba-

i. Voyez dans Thicrs le récit et TcxpUcaiion des calculs qui ont amené la bataille d'Eckmûl.

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bles, c'est de lui qu'il tire une idée maîtresse, à laquelle dorénavant il subordonnera ses essais. Le grand dessein qu'il a pu entreprendre enveloppe ainsi à son tour des séries de desseins partiels, où partout l'idée gouverne le fait, où jusqu'au bout le pressentiment du futur conduit l'action du présent.

« Si l'on savait ce que l'on cherche, on ne le chercherait pas, car on l'aurait déjà trouvé ! » Voilà l'objection que l'on oppose à l'idée de la finalité dans l'art et dans la science. On oublie que, si l'on ne voyait rien à chercher, Ton ne chercherait pas du tout, et l'on oublie le rôle mille fois e^^pliqué, mille fois démontré salutaire, indispensable, incessant, des hypothèses dans la science. On oublie de plus que l'idée directrice n'est pas faite uniquement* de conceptions abstraites, de propositions, de formules ou de généralisations expérimentales, en un mot d'éléments purement intellectuels.

Il est d'abord incontestable que dans l'art l'idée première est faite d'un mélange de sentiments, de sensations et d'images. L'idée que l'artiste se fait de son modèle, c'est plus que toute autre

chose rémotion * dont il a été saisi en face de lui et qu'il veut rendre par les moyens propres à son art. Quel que soit l'aspect matériel qui frappe ses yeux, son imagination lui fait surtout voir une attitude, des traits, des couleurs, qui sj^mpathisent avec cette émotion personnelle. De là une première transformation que subit en lui a\ec plus ou moins de promptitude l'objet qu'il veut peindre, et qui sert à diriger, à orienter, comme on aime à dire aujourd'hui, tout son art. Une partie de cette émotion s'usera dans les résistances inévitables que le travail de la composition devra surmonter. C'est ce qui fait que souvent Fauteur se trouve presque découragé devant son œuvre. Mais il se souvient encore assez de l'état psychologique qu'il eût voulu prolonger en l'exprimant, pour se dire que nul ne connaît son vrai tableau, ou comme le poète : « Mes vrais vers ne seront pas lus ». L'émotion qu'eût fait partager à tous l'œuvre véritable n'en a pas été pourtant moins efficace : elle a porté plus haut les

1 , Nous prenons ce mot dans son acception psychologique la plus simple : nous ne prétendons pas que Farliste soit toujours sur le Ipépicd.

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efforts de Tartisle en même temps que son idéal. Voilà le type de ce qu'on appelle l'idée artistique. Un musicien sans idée pourra composer des suites savantes d*accords ou de phrases correctement agencées. Des réminiscences, servies par mille associations, lui fourniront des maiériau\ ; il choisira parmi eux suivant des règles fixes, et il accumulera souvent des difficultés pour le seul plaisir de les résoudre. Puis, quand son travail sera terminé, il lui appliquera, pour des motifs où Tart n'aura rien à voir, un nom quelconque, et il donnera peut-être à croire aux naïfs qu'il avait eu lui aussi son idée. Un artiste comme Beethoven i se sert de la langue musicale pour exprimer une passion. Mais entendons-nous bien, et ne croyons pas, comme renseignaient trop volontiers les romantiques, que Tartiste ait toujours besoin de souffrir et de pleurer. Toute passion enveloppe, comme on sait, deux éléments, Télément affectif et l'élément représentatif, toujours unis et toujours réagissant l'un sur l'autre, mais dans des proportions qui varient beaucoup.

1. Il est inutile de parler de la musique dramatique où le fait est trop évident.

Quand c'est le premier qui prédomine, Tindividu est plus enfoncé, pour ainsi dire, en lui-même, et son. activité s'use presque tout entière dans les mouvements intérieurs de ses désirs : ces mouvements sont trop aveugles, trop violents pour être suivis, donc trop incohérents pour que les autres hommes aiment à en contempler les signes extérieurs. Quand c'est Télément représentatif qui a le dessuô, la passion est plus communicatîve : elle tient surtout à s'exprimer, et elle réussit mieux, en le faisant, à intéresser à elle ceux qui l'entourent, parce que, plus maîtresse d'elle-même, il lui est plus facile de gouverner le rythnie de ses mouvements. Tel est, bien entendu, le genre de passion qui possède Tâme de l'artiste.. Quelle que soit celle qui l'anime, nul de nous n'a le droit de lui en demander compte, pourvu qu'il nous la communique, pourvu du moins qu'il fasse chanter en nous, plus ou moins transposée par la nature intime de nos cordes^ et de nos fibres, sa chanson gaie ou douloureuse, pourvu qu'il nous entraîne avec lui dans quelques-uns de ces mouvements qiie doit traverser toute passion profonde, résignation, al-

légresse, abandon naïf, quiétude noble et majestueuse. Le thème aimé sera celui qui, exprimant avec le plus de fidélité « le sentiment moteur » des préoccupations actuelles de l'artiste, aura paru aussi le plus capable de se prêter à cette variété nécessaire des tons et des formes ; il sera donc ébauche et modèle, comme le morceau détaché de la Symphonie héroïque fut en même temps l'ébauche et le modèle de la Symphonie en ut mineur.

Mais l'art ne se révèle pas uniquement sous les formes sensibles de la poésie, de la musique et du dessin ; car la passion n'a pas uniquement pour objet les satisfactions personnelles des sens ou même du cœur. Qui niera que Platon ait eu la passion de* l'idéal et Aristote la passion de l'individualité, que Spinoza ait eu «l'ivresse du divin », comme Diderot et Goethe ont eu l'ivresse de la nature? Novalis a pu même s'écrier, sans donner à rire à d'autres qu'à des esprits superficiels: « Sans enthousiasme, pas de mathématicien ! » Nous nous rappelons d'ailleurs le trouble sublime de Newton, quand la marche d'un calcul promet enfin de justifier les pressentiments cachés dans

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son cœur. De telles passions veulent être satisfaites comme les autres. Or toute passion, quand elle s'adresse à Tesprit, exige et obtient de lui des efforts qui débordent pour ainsi dire le travail de la raison pure, qui anticipent ses découvertes, puis les dépassent. Voilà précisément où est le rôle de Timaginâtion, donc celui de Tart. Mais, chez les grands savants, de tels efforts sont presque tous justifiés 1 par le succès, parce que par leur harmonie et leur grandeur ils s'étaient mis spontanément d'accord avec Fart éternel de la nature. Voilà les sentiments, voilà les passions qui se mêlent à l'idée créatrice du génie, et toute invention, en quelque ordre que ce soit, est gouvernée par la loi que Goethe a exprimée en ces termes décisifs : « Nos désirs sont les pressentiments des facultés qui sont à nous, les précurseurs des choses que nous sommes capables d'exécuter.

Ce que nous pouvons et ce que nous désirons se présente à notre imagination hors de nous et dans l'avenir ; nous éprouvons une aspiration vers un objet que nous possédons déjà secrètement. C'est

i. Ou absous pour le bien qu'ils ont fait, môme à la science.

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ainsi qu'une anticipation passionnée transforme une possibilité vraie en une réalité imaginaire. ' Quand une telle tendance est prononcée en nous, à chaque pas de notre développement une portion de notre désir primitif s'accomplit, dans des circonstances favorables par la voie directe, dans des circonstances défavorables par un détour d'où nous ne manquons jamais de regagner l'autre route. »

On nous arrêtera ici, et l'on nous dira : Mais ces désirs, ces pressentiments, ces besoins, l'artiste et le savant ne se les donnent pas ; les œuvres qui en résultent ne sont donc pas plus préméditées qu'eux ; et comme eux, c'est du déterminisme des causes antérieures ou de la pure nécessité qu'elles relèvent. — Le grand homme assurément ne se donne pas à lui-même toutes ses aptitudes et tous ses désirs, pas plus qu'il ne se donne toutes ses passions et tous ses travers ; ^ l'on peut dire, si l'on veut, en modifiant légèrement la phrase de M. de Hartmann, qu'il reçoit comme un don de ses aïeux son tempérament tout formé. Mais parmi cette multitude d'idées et de tendances qui se combattent en lui, comme elles

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luttent autour de lui dans son époque, il faut bien qu'il y ait un jour ou l'autre un cl'mamen, en un point oîi se rallient, comme nous l'avons montré dans nos précédentes études, des forces jusqu'alors incohérentes. Le grand homme se fait ainsi de lui-même et de ce qu'il peut une idée qui grandit avec le sentiment toujours croissant de sa supériorité. Les éléments dont un individu se forme l'idéal de sa personne et de sa vie sont donc déterminés, nous l'admettons ; mais ni Colomb, ni Leibniz, ni Léonard de Vinci, ni Bonaparte, ni aucun autre, n'ont eu la faveur de contempler cet idéal tout fait, pour le suivre docilement, comme un berger suit son étoile. C'est par la direction et lafixité voulue de leurs regards qu'ils s'en sont formé une image durable et distincte ; puis c'est cet idéal doué d'avance par eux-mêmes de ce que Gœthe appelle si bien « une réalité imaginaire », qui est devenu le principe à la fois moteur et directeur de leurs pensées. Comment d'ailleurs en seraitil autrement, s'il est vrai, comme on nous le dit, que les influences sont infinies, par conséquent très différentes, disséminant leurs actions

dans des milieux qui les subdivisent en les brisant, de telle sorte qu « il n'arrive rien au monde qui ne soit infiniment improbable, moralement impossible * » ? Pour arrêter cette dispersion illimitée des influences, cet émiettement sans fin des petites raisons et des petites causes, qui ne donneraient jamais que des composés instables, il faut évidemment des centres d'attraction. Dans une intelligence réfléchie, ce rôle ne peut être rempli que par une idée. Mais l'idée du passé serait stérile, si l'imagination ne venait pas former autour d'elle, avec des fragments tirés des souvenirs, des ensembles considérés d'abord comme possibles, puis comme désirables, donc placés provisoirement dans le futur, et qui, par leurs affinités et leurs sympathies, opèrentparmi toutes les influences une sélection déterminée, tendant le plus possible à l'unité.

En résumé, nous ne croyons pas que, dans les grandes inventions et les grandes .œuvres, ce soient les parties qui s'accumulent l'une après

1. p. Souriau. — Au seul point de vue des causes efficientes, ceci est parfaitement exact, et la" formule est heureuse.

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Tautre au hasard ou par Teffet d'une nécessité aveugle et incomprise. Nous croyons que la construction du tout est précédée par une ébauche, et que chez les grands esprits cette ébauche est un modèle, parce que les traits essentiels y sont marqués, le choix des détails commandé par une préférence intelligente, et que l'imagination se plaît à y trouver un encouragement par la jouissance anticipée du succès final.

Mais nous ne croyons pas d'autre part à la con ceplion totale et d'une seule pièce, faisant son « apparition sans queTartiste s'y attende et comme si elle tombait du ciel... partout où elle est le moins attendue et toujours, dit-on, d'une manière soudaine, instantanée». Nous ne croyons pas à une division du travail si absolue : ici, un Inconscient qui imposerait la grande idée, sans laisser deviner d'où elle vient, et qui ne permettrait pas de la discuter ; là, une réflexion acceptant avec docilité la conception toute faite, mais travaillant péniblement à la compléter par l'invention des petits détails et la construction des parties intermédiaires. Concéder que l'ensemble des habitudes et des sentiments du grand homme prépare

un terrain favorable où un jour ou l'autre tomberont et croîtront en silence « les germes de Tlnconscient », ne nous suffit pas. Séparer ainsi dans la même âme Flnconscientet la réflexion, les faire collaborer en même temps à la même œuvre, en limitant si étroitement leurs attributions réciproques, tout cela nous paraît bien arbitraire et bien obscur. On a beaucoup reproché au spiri-

tualisme des Ecossais et de Jouffroy de multiplier les facultés, de faire intervenir tour à tour Timagination, la raison et le raisonnement, comme des marionnettes rentrant dans la coulisse ou reparaissant alternativement sur la scène ; mais vouloir que la réflexion, dans son rôle purement auxiliaire, facilite la tâche de l'Inconscient, la prépare d'abord, puis la complète, et que cependant « rinconscient surveille l'œuvre de la réflexion logique et lui dicte des limites », est-ce donc plus intelligible ?

A supposer d'abord que cette séparation fût si tranchée, il serait beaucoup plus juste de dire que c'est la réflexion qui surveille l'œuvre de l'Inconscient et lui impose des limites. — « Pendant que les Russes essayeront de tourner ma

droite, ils me présenteront le flanc, et je les cou- • perai dans leur centre!» — Telle est, comme • on sait, la conception d'Austerlitz, type achevé et véritablement classique de la victoire brillante. Il est bien certain, comme nous Tavons montré nous-même, que tous les efforis de la journée devaient concourir à l'exécution de cette idée maîtresse ; mais il est bien certain également que si les Russes n'avaient pas commis largement la faute que Napoléon attendait d'eux, et que si tel ou tel obstacle imprévu, arrêtant quelques divisions en marche \ eût réduit au-dessous du minimum fixé les forces destinées à contenir l'ennemi sur la droite, la réflexion eût bien obligé Napoléon à improviser un autre plan. L'histoire des années suivantes en donne au reste une preuve sans réplique. Un instant, sur le champ de bataille de Wagram, Napoléon eut la pensée de renouveler la manœuvre d'Austerlitz. La droite de l'archiduc Charles commençait à se glisser entre nos troupes et le Danube. Cependant Da-

1. L* une d'elles, la division Priant, du corps de Davoiil, faisait, pour arriver sur le champ de ])ataille, trente-six lieues en quarante-huit heures.

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vout promettait d'être victorieux sur notre droite à nous, et on avait, pour percer le centre ennemi, une accumulation de moyens formidables. En laissant donc la droite autrichienne s'engager entre le fleuve et notre armée, et en se bornant d'abord à lui tenir tête, on pouvait l'isoler complètement et réunir ensuite contre elle des masses victorieuses. « Nous l'aurions prise tout entière, et la maison d'Autriche aurait peut-être succombé dans cette journée *. »Mais Napoléon n'avait plus les troupes du camp de Boulogne ; son armée était déjà remplie de jeunes recrues et de contingents étrangers. « Il n'osa donc pas risquer une combinaison féconde, qui aurait exigé chez ses soldats un sang-froid fort rare, celui de se laisser tourner sans être ébranlés. Il ne songea donc qu'à arrêter sur-le-champ le progrès des Autrichiens vers le centre et vers la gauche. » Nous pouvons aller d'un bond à des modes de manifestation du génie bien différents de celuilà. Quand Horace a dit du poète :

Et quîfi desperat tractata nitescere posse, relinquit. 1. Thiers, Consulat et Emph'e, tome X, p. 462.

N'est-ce pas à une même nécessité qu'il a fait allusion ?

En réalité, ce qu'on appelle ainsi Inconscient dans la vie intellectuelle ^ dans l'art et dans la science, c'est de la réflexion accumulée ; car en admettant que nos idées commencent par nous arriver spontanément ou au gré d'associations imprévues, ces idées ne comptent dans nos acquisitions utiles qu'autant que nous les avons remarquées, analysées et classées. Une fois que, grâce à nos travaux antérieurs, elles sont consolidées dans notre esprit, elles y reposent, en quelque sorte, comme des fondements qu'on ne remue plus, mais sur lesquels un travail nouveau pourra s'édifier sûrement et vite, parce qu'il sera fait avec des matériaux de même qualité, de même résistance et taillés par la même main. En d'autres termes, il n'est pas étonnant que, dans la vie du grand homme, l'idée réussisse de plus en plus à s'accorder promptement avec les moyens d'action dont elle dispose, et qui depuis longtemps ont été soit étudiés, soit même inventés. C'est la réflexion accumulée qui se re-

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