XIV PSYCHOLOGIE COMPARÉE
que serait le son fondamental d'une note de musique privée de ses harmoniques. Telle est la sensation de rhomme simple et rustique, à plus forte raison celle du barbare, à plus forte raison encore celle de Fidiot. Supposez, au contraire, une imagination habituée à la variété des tons et des nuances, habile à se représenter le passé, à anticiper sur l'avenir, toujours prête à ramener autour de la sensation qui la provoque tout un chœur d'émotions hier encore endormies, maintenant réveillées, répétant et diversifiant à l'envi le thème agréable ou douloureux, vous avez devant vous cette sensibilité riche, mais délicate, irritable et maladive, qui fait à la fois tant jouir et tant souffrir l'homme civilisé. C'est donc une loi, que l'image et la sensation soient unies de telle sorte que l'une appelle l'autre et soit comme redoublée par l'autre. Or, cette loi, retrouvée dans la marche des névroses, suffit à nous expliquer plusieurs des phénomènes qui nous y étonnent le plus. On peut prouver que c'est le rêve maladif qui impose l'action, qui entraîne et dirige le mouvement, mieux encore, qui ouvre et qui ferme les sens; et celui qui, par des moyens fort peu magiques, disons-le, dispose de l'imagination du patient, est maître par cela même de lui suggérer à son gré les idées, les sentiments, les actes qui lui plaisent.
Allons de l'imagination à la mémoire : nous y trouverons des analogies non moins frappantes entre les lois de la maladie et celles de la santé. Ces brusques interruptions de la mémoire, ces enchevêtrements de souvenirs qui,, par séries distinctes, s'interrompent, se croisent, se remplacent alternativement, de telle sorte qu'une même intelligence semble vivre de deux existences séparées et réunir en elle une double personnalité, c'est encore là une conséquence des lois générales de la mémoire. Tout souvenir est lié à une association d'images ou d'idées : voilà la loi. Faites donc que sous l'empire d'une cause
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quelconque, le système nerveux soit amené à un certain type extraordinaire de vitalité, que l'altération subite des fonctions provoque leclosion d'un monde nouveau de sensations et d'images, inévitablement les associations changeront et, avec elles aussi, les souvenirs. Quand l'individu, la crise terminée, reviendra au sentiment de la vie ordinaire et reprendra avec les choses et les hommes ses communications interrompues, aussitôt la chaîne brisée se renouera, mais se rattachera seulement aux associations et aux souvenirs de l'état sain. La vie psychologique de la crise demeurera comme un tout compact, mais fermé, sans aucune relation et sans échange avec la vie physiologique normale. Enfin, quand la crise reprendra, llndividu se retrouvant encore une fois dans cet ensemble de conditions où, à l'occasion de telles sensations, avaient commencé telles habitudes, la seconde vie reprendra son cours. Telle est la situation bizarre du somnambule, du magnétisé, de l'extatique, de l'hystérique et d'autres malades encore qu'en ces derniers temps la science s'est plu à nous décrire. Mais n'est-ce pas ainsi (quoique à un moindre degré), pouvons-nous dire, que le cours de nos idées change suivant que nous nous retrouvons dans les plaisirs ou dans les affaires, à Paris ou à la campagne, dans les lieux où nous avons souffert ou dans ceux qui ont été témoins de nos premières joies ? Dans la condition maladive, qu'y a-t-il? Un bouleversemeht subit et presque radical de l'état nerveux, d'où résulte tout à coup l'invasion et Tirrésistible tyrannie d'un système d'images entièrement nouveau, puis le retour également brusque à un sentiment général de l'existence qui impose avec une force non moins décisive la reprise des associations accoutumées. Trouver la raison de ces renversements physiologiques et de leur soudaineté, c'est là l'affaire de la médecine ; mais quant à la loi qui préside à l'organisation mentale de ces états une fois