PSYCHOLOGIE COMPARÉE^ XXV
jeu des forces physFco-chimiques pour qu*on ne soit pas poussé à les confondre avec la matière environnante, ce N*existant pas pour soi (je cite un texte authentique), elles n'existeront pas du tout, de sorte que rien n'existera réellement. » Et pour nous sauver de ce nihilisme théorique, on nous offre comme planche de salut, quoi? précisément le groupement de ces éléments mêmes dont aucun n'existe pour soi. Ainsi on nous met en face de cette alternative : ou il n'y aura rien de réel, ou la réalité résidera uniquement dans la société, quoique la société soit formée d'éléments qui se dérobent à toutes DOS prises et se dissolvent incessamment dans l'infinité de la poussière cosmique.
Il y avait, pour échapper à cette dissolution universelle, un point d'appui ferme : c'était la conscience, qui, nous semblait-il, impliquait nécessairement l'unité. La théorie dont je parle s'est résolument attaquée à cette forteresse du spiritualisme. Elle veut que la conscience ne soit, elle aussi, qu'un tout de coalition. Tout ce qui a été dit de la société se répète de la conscience : on établit entre Tune et l'autre, non pas une analogie, mais une assimilation complète, radicale, absolue. La société n'est qu'une conscience vivante, comme la conscience est un organisme d'idées. Un cerveau de mammifère et une fourmilière sont deux choses parfaitement identiques, car une fourmilière est une seule pensée en action (quoique diffuse) comme les diverses cellules et fibres du cerveau. Tout se passe ainsi en répercussions d'impressions, en pénétration mutuelle d'émotions, en accumulation de tendances; et n'oublions pas que les derniers éléments organiques, qu'on serait tenté de prendre pour les véritables sujets de ces phénomènes, n'ont pas plus de conscience qu'ils n'ont d'existence pour soi.
Tel est, messieurs, le fidèle résumé d'un œuvre distin-
XXVI PSTCHOLOOIB COMPARÉE.
guée ^ qui expose, en y ajoutant, de très nombreuses théories développées en Angleterre, en Allemagne et en France depuis un petit nombre d*années. J'ai voulu vous en donner le dernier mot. Je n*ai cependant pas. à la juger en ce moment sous tous ses aspects. Ce à quoi j'ai voulu aboutir, le voici : c'est que la méthode analytique, poussée à outrance et réduite à ses propres ressources, ne peut pas ne pas multiplier les ressemblances entre tous les objets, quels qu'ils soient, de la psychologie comparée. En effet, que la fourmilière animale ou cérébrale soit un peu plus ou un peu moins dense, qu'importe? Nous sommes tous faits de la même poussière : quelques pincées de plus ou de moins, voilà toute la différence! Mettez encore, si vous le voulez, que le mouvement qui l'agite tantôt se ralentit, tantôt s'accélère, et rien ne vous empêchera de conclure comme les désabusés que Salomon faisait parler il y a quelques milliers d'années : « La fm du sage et celle du ibu sont les mêmes. Tout a son temps et tout passe. Une même mort est à l'homme et à l'animal, et leur condition est égale : l'un et l'autre respirent de la même sorte, et tout est assujetti à la vanité. » Vous ne vous étonnerez pas, messieurs, que nous jugions cette philosophie incomplète, et qu'à côté des ressemblances dont la plupart nous semblent très ingénieusement et très exactement observées, nous croyions à des différences dignes aussi d'être notées, mesurées et expliquées. 11 est bon de tout rapprocher, mais il est bon de ne pas tout mêler et de tout confondre. Or, quelque désir qu'on ait de prendre par leurs beaux et bons côtés les systèmes contemporains, on ne peut s'empêcher d'y remarquer les contradictions les plus étranges et de constater qu'elles ont leur origine dans les confusions mêmes dont nous parlons.