PSYCHOLOGIE COMPARÉE. XXIX
n^explique nullement le travail qui a pu constituer le grand homme lui-même. Admettons- que les germes de ces faiblesses fussent déjà faciles à remarquer chez lui. La fatalité qui le menaçait, dont il a en somme triomphé, mais à laquelle il a cédé, je le veux, quelquefois, dans ce qui n'était pas du ressort de son art et de son génie, aura-t-elle donc été un des éléments de sa grandeur? L*aifaiblissement produit par Texcès même de son action aura-t-il donc été Tune des coAditions de son énergie?
Vous voyez ici, et je ne prétends pas aujourd'hui vous en démontrer davantage, l'importance de la distinction que nous venons de poser. On la méconnaît cependant dans une sorte de théorie qui. a cours sur la formation des hommes supérieurs. Un éminent critique a remarqué que l'àme complexe d'un héros se partage et se brise, pour ainsi dire, entre ses descendants, et qu'alors tel défaut précédemment tenu en balance par une haute qualité se démasque tout à coup, grandit et apparaît hors de mesure . C'est là une idée fort heureuse ; les faits qui la justifient sont nombreux dans l'histoire et dans, les lettres. Mais de ce que l'âme du héros se brise et se dissémine après lui, s'ensuit-ii, comme on parait le croire, qu'elle se soit elle-même formée pièce à pièce, comme une mosaïque, et que là soit tout le secret de sa puissance? Le génie est-il le résultat de cette complexité, ou est-il le principe et la cause de l'harmonie qui seule en fait la valeur? N'est-ce pas lui précisément qui a mis l'ordre dans ce conflit des passions et des tendances qu'avaient léguées les aïeux? Ces questions ne sont d'ailleurs que des cas particuliers d'un problème que nous sommes obligés de poser sous d'autres formes.
Lorsque, dans un homme ordinaire, la force d'attention qui suffisait à soutenir le travail de la raison vient à faiblir, nous comprenons sans peine le déchaînement de ces images particulières, de ces mémoires locales, de ces