CHAPITRE I
La critique et la psychologie; l'individuel et le général. Tout serait-il individuel chez les grands hommes? — Psychologie comparée, psychologie sociale : comment l'étude des grands hommes en relève. — Deux choses à étudier dans le grand homme : comment il se fait; ce qu'il est. — L'homme et le grand homme. D'un proverbe prétentieux. — Les statistiques de M. Lombroso. — L'artiste et le grand artiste. — La vocation et le génie. — Trois problèmes qui se tiennent : le grand homme, le génie, l'inspiration. — Ordre à adopter.
On ne saurait expliquer trop tôt ni délimiter avec trop de précision le sujet que Ton entend traiter.
La psychologie des grands hommes n'a nullement la prétention de se confondre avec ce qu'on appelle la critique, a La critique, dit un écrivain plein
d'autorité *, est de Tart et non pas de la science ou de Tapplication de la science. » L'auleur de cette proposition ajoute que le m don » du critique gît dans « rintelligence qu'il a de son modèle », et que cette intelligence dépend essentiellement ou plutôt uniquement de son aptitude à découvrir « le particulier dans l'universel, le personnel dans le général et l'individu dans Thomme ». Rien de plus juste. Mais nous pouvons retourner la définition et dire avec autant d'exactitude : La psychologie est non pas un art, mais une science ; elle cherche l'homme dans l'individu, le général dans le personnel et ce qu'elle peut trouver d'universel dans l'ensemble des cas particuliers qui lui sont connus.
C'est ce le crime » que Ja psychologie étudie dans les criminels, en cherchant de quelle manière ils se sont perdus et comment ils ont récidivé. C'est ^ la folie » qu'elle étudie chez les malheureux dont la raison s'est égarée. Elle connaît Lacenaire, elle connaît Troppmann, elle connaît cent autres malfaiteurs dont les comptes rendus des tribunaux et la visite des prisons lui ont éclairé la physionomie. Mais tous ces individus, elle les classe d'après leurs ressemblances et leurs différences; elle les range en séries ; elle cherche par quelles étapes ont dû passer les déviations de leurs consciences, celles de leurs sentiments ou de leurs volontés ; enfin elle