‹ Psychologie des grands hommesChapitre 34 sur 98 · Lubbock · texte numérisé non relu

Lubbock

2. Ceux qui plaident pour ridentité des deux états (M. L. Passy, par exemple, dans la discussion que nous venons de rappeler) ajoutent» eux-mêmes une autre différence. « Tout ce qui existait chez les Germains, dit M. L. Passy, existait chez les Indiens, sans autre différence notable que celle qui provenait de ce que ceux-ci ne possédaient ni troupeaux ni bêtes de somme ou de trait. » Mais cette seule différence n'est pas seulement « notable », elle est considérable. L'élevage des troupeaux est une étape entre la chasse vagabonde et l'agriculture. Cf. Montesquieu, déjà cité.

que les autres dans Faction, n'arrivent pas à rendre des services, à se les faire pardonner, à servir enfin de modèles ou de guides au reste du peuple ou de la tribu.

Par suite, demander si parmi les chefs du Uc Salé ou les faiseurs de pluie du Zambèse (voilà des sauvages), a pu exister un grand homme, serait une question purement ridicule. Demander si Tamerlan, si Gengis-Khan, si Attila, si Porus, si Jugurtha (voilà des barbares), furent de grands hommes, c'est une question que presque tout le monde, je crois, résoudra par la négative; mais on ne pourra pas la trouver absurde; peiit-être même lui fera-t-on les honneurs de quelques instants de réflexion. On se rappellera pour les uns l'étendue de leur empire, pour les autres la ténacité et la fierté de leur résistance : on se remettra sous les yeux l'immensité des territoires conquis et ravagés par eux. Mais on se dira aussi que ces hommes n'ont maintenu leur autorité que par les exemples répétés de la cruauté la plus atroce, qu'ils ont emporté toutes les .digues par la seule action de la masse eff'royable de leurs guerriers : on verra qu'en face des milliers de villes qu'ils ont saccagées, on n'en saurait citer aucune qu'ils aient fondée ou même réparée. On finira donc par juger que tout cela est énorme (au sens étroit du mot) plutôt que grand.

A un degré plus élevé viennent les empires comme ceux d'Assyrie, de Chine ou d'Egypte : de

grandes choses y ont été faites, mais elles étaient dues le plus souvent aux efforts collectifs, on est tenté de dire indivisibles, d'une caste nombreuse et puissante, qui, en réglant et en fixant tout autour d'elle, s'immobilisait elle-même dans ses traditions sacrées. Les tendances individuelles à une certaine supériorité ne devaient -elles pas être étouffées promptement, là où la persistance à conserver intactes les coutumes des aïeux allait jusqu'à fixer par des lois immuables la peinture, la sculpture, les chants et même la danse ' ; là où l'empereur, vicaire des dieux sur la terre et humble luimême devant eux, gouvernait en pontife et en autocrate des sujets vivant tous égaux dans la servitude * ; là enfin où la loi proclamait que « du mélange des classes provient la violation des devoirs, la destruction de la race humaine et la perte de l'univers ' »? Il est clair, sans doute, que ces empires ont été, à certains intervalles tout au moins, très supérieurs aux hordes barbares, et que ceux-là qui ont créé ces traditions ou leur ont donné cette forme hiératique n'étaient point des hommes ordinaires. Il y a donc eu parmi eux des fondateurs et des législateurs, des Confucius et des Ramsès. Par ces seuls noms, comme par les mots de Ninive, de Babylone, des Pyramides, on voit que nous tou-

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