M. Eudore Soulié
dont le tempérament tenait, comme il le dit luimême, le milieu entre celui de son père, homme laborieux, pratique, chercheur persévérant, méthodique et régulier, mais exigeant, minutieux, sans souplesse et sans gaieté, et celui de sa mère, caractère bienveillant, accommodant, expansif, agréable, excellant à inventer des récits fantastiques, d'une imagination vive et abondante, mais fuyant les émotions pénibles et ne voulant même pas qu'on lui apprit de fâcheuses nouvelles. Voilà bien, si Ton veut, le tempérament de Gœthe expliqué. Son génie Test-il?
On s'approche plus de la question, sans qu'il soit prouvé cependant qu'on la résolve, quand on veut expliquer le succès d'un grand homme par une sorte de fusion entre les diverses qualités et entre les qualités et les défauts d'où son caractère est sorti. C'est surtout quand il s'agit de personnages politiques, d'orateurs, de guerriers ou d'hommes. d'État, que ce mode d'explication parait tentant. Si Napoléon I", dira-t-on, n'avait eu que le tempérament de sa mère, sa tendresse sévère, son âme énergique et sérieuse, sa fierté superbe et résignée, il fût resté debout, comme elle, dans son inflexible vertu; il eût obscurément végété dans son île de Corse, à moins qu'il ne se fût fait héroïquement guillotiner sous la Terreur. Mais à la sauvagerie corse il alliait, de race, l'astuce italienne; nous savons que son père Charles Bona-
parte, issu d'une famille tourmentée par des convoitises fiévreuses, était un ambitieux rusé, solliciteur à outrance, ami du plaisir, tout gonflé « d'un âpre désir des honneurs, mais des honneurs qui rapportent * ». Voici Falliage qui a donné à ce métal puissant sa ductilité, sa souplesse, sa résistance, bref sa valeur sociale. Il en a été de même de Mirabeau, avec cette simple différence que, pour lui, le rôle respectif de ses deux auteurs est renversé.
Le marquis de Mirabeau, son père, jugeant le caractère de sa famille, en vantait « un certain génie fier, exubérant, que j*ai souvent rencontré, ajoutait-il, dans les traces de nos vieux pères' ». Quant à lui, qui ne connaît sa nature intraitable, dominatrice, aussi incapable de nuances dans les jugements que de concessions dans la conduite? Il se qualifiait lui-même d' « oiseau hagard, dont le nid est bâti entre deux tourelles ». Digne fils de ce Jean-Antoine de Mirabeau si vaillant, si dédaigneux, si impétueux dans ses. saillies insolentes que, au sortir d'un entretien avec Louis XIV, l'ami qui l'avait introduit lui disait : « Dorénavant, je te présenterai à l'ennemi, mais plus au roil » Il y avait donc dans cette étrange famille « une longue préparation à de grandes destinées, beaucoup d'efforts de volonté, beaucoup d'énergie, des ébauches