‹ Psychologie des grands hommesChapitre 54 sur 98 · Extrait de notre livre sur l* Imagination^ p · texte numérisé non relu

Extrait de notre livre sur l* Imagination^ p

DE LA THéORIB DE LA MÉTAMORPHOSE. 117

nation qui se répercutent dans l'économie. Et que se produit-il alors dans cette dernière? tantôt un affaiblissement général, tantôt une fatigue qui laisse Tesprit sans défense contre les suggestions puériles OU bizarres, ou une série de secousses fiévreuses qui tourmentent et qui égarent, parce qu'elles sont désormais sans rapports avec Tidée.

Il est hors de doute que Newton eut un instant l'esprit égaré; surmené par le travail, fatigué par les ce inconcevables détails de discussion », auxquels a: il fut obligé de descendre ' i> ; dérouté par les objections, les interpellations et les tracasseries qui le persécutaient, ses puissantes facultés s'affaissèrent. Elles reprirent ensuite leur vigueur, mais elles déclinèrent de nouveau et d'une façon définitive. Or, le livre des Prindpea qui résumait toutes ses grandes découvertes avait paru en 1687 (il avait alors 45 ans) : et ce n'est qu'en 1693 que son premier accident lui arriva. On le soigna, on le guérit,

1. Nous avons (voir Biot, ouvrage cité, 1, 192) le témoignage de Huygens : « Le 29 mai 1694, M. Colin, Écossais, m'a raconté que l'illustre géomètre Isaac Newton est lombé, il y a dix-huit mois, en démence, soit par suite d'un trop grand excès de travail, soit par la douleur qu'il a eue d'avoir vu consumer par un incendie son laboratoire de chimie et plusieurs manuscrits importants; M. Colin a ajouté qu'à la suite de cet accident, s'étant présenté chez l'archevêque de Cambridge et ayant tenu des discours qui montraient l'aliénation de son esprit, ses amis se sont emparés de lui, ont entrepris sa cure, et, l'ayant tenu renfermé dans son appartement, lui ont administré, bon gré mal gré, des remèdes, au moyen desquels il a recouvré la santé, de sorte qu'à présent il recommence à comprendre son livre des Principes. *

il reprit peu à peu ses travaux, fit de nouvelles recherches très profondes, qui continuaient sans doute ses premières théories et s'appuyaient sur elles, mais qui aboutissaient à des découvertes considérables encore. Il retomba ensuite pendant quelqua temps dans l'irritabilité maladive et dans l'incohérence qui avaient signalé sa première crise. Enfin *, comme nous venons de le dire, après avoir jeté une dernière étincelle, il cessa complètement de travailler; sa vie s'acheva, non dans la démence, mais dans la monotonie et dans la médiocrité séniles.

Cette histoire a beau être celle de Newton : elle est, en somme, toute simple et toute humaine. -Un cerveau se fatigue, il se repose, il guérit, il recommence à fonctionner, il retrouve sa vigueur et de nouveau l'épuisé. Ce serait peut-être trop dire, à notre avis, que de voir dans ces crises de véritables cas de folie. Admettons cependant qu'il faille leur donner ce nom. Quel rapport ont elles avec le génie de Newton? Elles en ont suivi les travaux et les soucis ; elles ont interrompu les premiers et les ont finalement clos. Où voit-on qu'elles les aient accompagnés, qu'elles les aient servis et surtout qu'elles aient jamais pu en préparer le retour, soit chez lui-même, soit dans la personne d'un descen* dant?

Ce qu'on remarque plus fréquemment encore

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