‹ Psychologie des grands hommesChapitre 83 sur 98 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Résumé : unité et complexité du génie. Ses éléments essentiels : concevoir quelque chose de grand, — réponse à une objection sur le mot ^ra/id; l'imaginer — quoique le génie ne soit pas une simple surabondance d'imagination; l'aimer — en quoi consiste la bonté des grands^ hommes : comparaison faite par un Anglais entre Napoléon !«' et Wellington; l'exécuter, — à quel genre de succès sont tenus les grands hommes, à quel genre de succès ils ne le sont pas.

Vérification de l'analyse. Personnages à qui a manqué soit l'une, soit l'autre de ces conditions pour arriver au génie et à. la grandeur.

Conclusion.

Résumons toute cette étude : le génie est une force qui, loin de se refuser à l'analyse, implique, ce nous semble, l'harmonie de dons distincts, mais nécessaires l'un à l'autre.

Le premier de ces dons, c'est de concevoir quelque chose de grand. On m'objecte ici : « Une fable de La Fontaine est-elle quelque ckose de grand? Et quand Mozart étonne, à six ou huit ans, ceux qui Técou-

tent, a-t-il conçu un grand dessein *? » Je me permettrai de répondre que c'est là jouer sur les mots. Oui ou non, La Fontaine passe-t-il pour un grand poète et par conséquent pour un grand homme?

Celui dont Sainte-Beuve a pu dire qu'on ne s'était peut-être pas trompé beaucoup en l'appelant l'Homère de la France, mérite-t-il qu'on revise et qu'on casse le jugement par lequel un peuple tout entier Ta mis dans son Panthéon? Il ne s'agit pas ici de grandeur matérielle ni même uniquement d'actions qui terrassent et qui subjuguent. Si la grâce est plus belle encore que la beauté, n y a-t-il pas aussi une perfection de bon sens, de délicatesse et d'ironie qui mérite de la part des hommes cette reconnaissance appelée la gloire? Quant à Mozart, il ne concevait rien de grand à six ans, cela est tout à fait hors de doute; aussi personne ne croit-il qu'à cet âge il fût déjà un grand musicien et un grand homme. Mais quand nous considérons l'ensemble de sa carrière, nous 'estimons que cette précocité, confirmée par les belles œuvres qui ont suivi, était Findice d'une très riche nature : nous disons qu'en lui les plus nobles et les plus déhcates passions humaines trouvèrent un écho vivant et attendri ; nous disons que sa chanson nous fait aimer l'existence, tout en pénétrant d'une douce mélancolie l'enivrante gaieté qu'elle nous inspire. Quand Mozart entendait chanter

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