‹ Psychologie des grands hommesChapitre 89 sur 98 · Fromentin, sur Rubens, dans les Maîtres d'autrefois · texte numérisé non relu

Fromentin, sur Rubens, dans les Maîtres d'autrefois

mine ici ou là, selon les nécessités diverses ^ » N'insistons pas davantage. Il est inutile de refaire le parallèle de Turenne et de Gondé, de rappeler ce que nous avons dit de Mozart et de Beethoven, de Fénelon et de J.-J. Rousseau, etc.

Le second point mérite peut-être que nous nous y arrêtions un peu plus. Il est certain que Thistoire des lettres, des arts et de la politique est remplie de ces candidats au génie qui, malgré Testime de ceux qui connaissent leurs travaux, n'ont pas, somme toute, obtenu de la postérité le titre de grand homme. Or, l'examen de leurs droits montre bien vite ce qui a manqué à chacun d'eux.

Prenons par exemple cette générosité, cette flamme d'amour et de bonté, cette ardeur enthousiaste pour ce qu'il y a de plus sublime dans son art, que nous avons jugée nécessaire au génie. Assurément, elle n'a pas tout à fait suffi à ces héros, tels que Thraséas, Germanicus, Godefroy de Bouillon, Bayard, Savonarole, L'Hôpital, Jean Bart, Plélo, Montcalm, La Fayette, Ney, Manin; elle n'a pas

1. Causeries du lundi, t. III. — Il y revient encore ailleurs: « Frédéric le Grand se forme lentement; il s'essaye, il entame, il échoue, il rcTient à la charge, il s'y prend et s'y reprend maintes fois. Cela est sensible dans les deux premières guerres de Silésie. Cela le sera jusqu'à la fin, et au milieu de ses plus belles combinaisons de la guerre de Sept Ans.... Jamais on n'a mieux vu le parti pris à l'avance d'être un grand prince et le ferme propos de faire supérieurement tout ce qui concerne le métier de roi. » (Causeries du lundi, t. VII.)

suffi à des philosophes comme Gerson, comme Jordano Bruno, comme La Boétie, comme le P. André, ou à des maîtres comme RolUn; elle n'a pas suffi complètement à des artistes comme Léopold Robert, Ary Scheffer, Berlioz, à des poètes comme Gilbert et Casimir Delavigne ou KIopstock, à des savants comme Paracelse ou Van Helmont. Elle les a poussés près du but, elle ne les a pas portés jusqu'à lui, n'ayant pu suppléer absolument ou à la netteté, ou à l'éclat de Pimagination, ou à Ténergie suivie de la Volonté. N'est-ce pas elle en revanche qui a manqué à « ces froides et lucides intelligences », un Fontenelle, un Hume, un Gibbon^? C'est elle, nous assurait lord Wolseley, qui a manqué à Wellington. N'est-ce pas elle aussi qui a fait défaut à ces ambitieux, pleins de talent, de ruse ou d'audace, qui, tout en agissant sur leur époque, quelques-uns même en la troublant, n'ont su être ni les chefs ni les coopérateurs glorieux des grandes choses auxquelles les destinait leur intelligence, les Catilina, les Etienne Marcel, les Guise, les Retz, les Albéroni, les Sieyès, les Talleyrand, peut-être les Moreau et les Bernadette? Qu'on s'arrête quelques instants à la carrière de Talleyrand. Tous les historiens, tous les critiques s'accordent à lui reconnaître une fécondité de vues, une sôreté de coup d'œil, une ampleur de prévision, une connaissance des hommes, un art de les prendre

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