Vie, ch. XIX, xxv, xxxiii
2. Gilles d'Assise allait plus loin; il prétendait n'avoir plus la foi, parce qu'il était dans l'évidence ; il ne voulait plus dire : credo in umim Deum, mais cognosco unum Deani. — La mère Marie de l'Incarnation (ursuline) déclare, elle aussi, et dans le même sens, n'avoir plus la foi (Il s'agit ici de Marie Guyart, veuve Martin (lo99-i672) premifire supérieure des ursulines de Québec, « la Thérèse de nos jours et du nouveau monde », comme l'appelle Bossuet. Je ne manquerai jamais, en la citant, de la qualifier d'ursidine. 11 ne faut pas, en effet, la confondre avec M""^ Acarie qui, entrant au Garmel, prit, elle aussi, le nom de Marie de l'Iucarnàtion).
d'un lonj; travail intrrii'ur. Qu'on on juge «lapirs saiiilc Tli<'rrs<'. Elle nous raeonlc, dans son aulohioj^iapliie, qu'ajjirs a\oir «u une cnfancr cxhrniement pieuse, elle se rendit eoupaldr, vers l'âge di' (|ualorze ans, de ses premiùn'S '< infidrlitc'S ». C'est à ce monicnl (jue « ses yeux s'ouvrirrnl sur les f;ràces de la nature », dont Dieu « avait rtr piodigue envers elle »; qu'elle prit Ir goût de la parure cl des divertissements, se mit à lire en cachette des livres de chevalerie et se permit des fréquentations frivoles. A seize ans, elle entre conmie pensionnaire chez les Auguslines d'Avila. Sa première ferveur se rallume, et, à dix-neuf ans, elle fait profession. Mais elle tomhe bientôt gravement malade, et, à la suite de cette maladie, se dissipe et abandonne l'oraison mentale, qu'elle pratiquait depuis plusieurs années. Bientôt, à viai dire, elle s'y remet ; mais le combat qui se livrait en elle ne prend pas fin pour cela : « D'un côté, Dieu m'appelait, et, de l'autre, je suivais le monde. Je trouvais dans les choses de Dieu de grandes délices, mais les chaînes du monde me tenaient encore captive ; je voulais, ce semble, allier ces deux contraires si ennemis l'un de l'autre : la vie spirituelle avec ses douceurs, et la vie des sens avec ses plaisirs. J'avais à soutenir dans l'oraison une lutte cruelle, parce que l'esprit, au lieu de rester le maître, était «'sclave. Aussi je ne pouvais, selon ma manière de prier, m't.'nfermer au dedans de moi sans y enfermer en même temps mille pensées vaines. Plusieurs années s'écoulèrent de la sorte...' » Plusieurs années... Ce n'est en effet qu'en 155o — elle a\;nl ([u;iraiite ans — (jue se place sa « conversion » :
i. Vie, cil. VII. «
d'alors seulement date l'entière pacification de son âme. Et c'est un double hasard qui provo(iue chez elle la crise décisive dont je parlais, crise brusque en elle-niènie, mais préparée depuis longtemps : d'une part, la vue d'un Ecce Homo devant lequel elle se sent profondément bouleversée ; et, vers le même temps, la lecture des Confessions de saint-Augustin : « Lorsque j'arrivai à la page de sa conversion, lorsque je lus les paroles qu'il entendit dans le jardin, il me sembla que le Seigneur me les adressait à moi-même'... » — Elle sera désormais toute à son Époux céleste, qui, de son côté, la comblera de « faveurs ».
Une fois fait le pas décisif, les mystiques ne reviennent jamais en arrière. Ce sont des êtres énergiques et persévérants, tournés vers l'action et doués, au plus haut degré, de ce qu'on appelle le « caractère ». Sainte Thérèse parle souvent de son « mâle courage », « bien supérieur à celui d'une femme " » ; son âme, dans les persécutions, est « comme une reine à qui tout est soumis dans son empire ^ » ; et elle recommande à ses religieuses de se conduire, en toute occasion, virilement, « comme des hommes de cœur et non comme des femmelettes », — cojno varones esforzados, y no como mujercillas'' . — A son exemple, ses émules en mysticité, une fois leur résolution prise, ne se laisseront
J. Vie, ch. IX.