‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 9 sur 161 · LEURS TRAITS DISTINCTIFS · texte numérisé non relu

LEURS TRAITS DISTINCTIFS

\. — Leurs origines; leur tempérament; leur éducation; leur foi: crise de conversion. — Leur aboulie prétendue: le besoin de direction. — Leur intelligence; médiocrité de leur culture; leurs aptitudes pratiques; leur bon sens; sainte Thérèse, type de l'àme mystique. — Leur exquise impressionnabilité; leur instinct d'universelle sympathie; leur amour abstrait du prochain; leur sensibilité concentrée sur Dieu: forme douloureuse, forme amoureuse de celte sensibilité; leur appétit de soufTrir: comment justitié.

H. — Oscillations du niveau mental chez les mystiques; phases de certitude, de ferveur et de joie; phases de sécheresse; formes bénignes, formes e.xtrèmes de la sécheresse: cas de sainte Chantai, du P. Surin, de M. Olier.

ill. — Interprétation théologique de ces oscillations: théorie des purifications passives. — Interprétation psychologique: théorie de James- Lange; critique de cette théorie.

Leurs origines sont des plus diverses. Il en est de toute condition et de tout âge. Mais ils se recrutent parmi les humbles et les simples plutôt que parmi les savants et

1. Les ptiénomènes et les états spéciaux que l'on observe chez les mystiques, alors que l'étincelle a jailli et qu'entre eux et l'Absolu paraît s'établir je ne sais quel fugitif contact, seront analysés plus tard; et l'étude préliminaire que l'on va lire aurait pu être intitulée « les mystiques en dehors de l'extase ».

los [missaiils; parmi 1rs frmincs (jue parmi les liommos. SainlrTln'ivse anoU' ce dciiiior point, et elle nous dit qu«' saint Pierre d'Alcanlara l'expliquait par « dexcellenleB raisons... (|ui ('laieïit toutes m iaxcur di's femmes' ». F]n fait de raisons, un théologien, Scaramelli, en donne une qui ne laisse pas d'être piquante: « Les femmes, dit-il, étant, de leur nature, débiles, fragiles, timides, inconstantes, plus enclines à suivre leur fantaisie que les conseils de l'intelligence, et plus influencées par le sentiment que par la raison, il paraît nécessaire que Dieu, s'il en veut élever (juehju une à la sainteté, use de moyens extraordinaires" ».

Dire (|ue les mystiques se recrutent en majorité parmi les fennnes, c'est dire qu'ils appartiennent en majorité à la catégorie des nerveux\ J'ajoute qu'ils sont, en général, de santé débile, et qu'ils présentent des symptômes pathologiques se rattachant, soit à des maladies connues, soit à des maladies mystérieuses et mal définies: le genre de vie quils mènent, les mortifications de toute sorte qu'ils s'imposent ne sont pas, du reste, pour les guérir.

Tous ou presque tous ont grandi à l'ombre des cloîtres, où, pour la plupart, ils passeront leur vie; ils ont. si l'on peut dire, la foi dans le sang. Aussi cette foi, en dépit (les tentations qu'ils accusent, ne défaillira-t-elle

i. Vie, cil. \L. — Je signale ici, pour n'y plus revenir, que tous les textes de sainte Tliérèse, cités dans ce volume, sont empruntés à la traduction Bouix, revue par M. Jules Peyré.

2. C'est, en dépit du texte cité plus haut, l'opinion de sainte Thérèse. « Que Notre-Seigneur conduise par la voie des délices intérieures de petites femmes faibles et peu magnanimes comme moi, à la bonne heure, j'y vois une convenance... Mais que... des hommes graves... éprouvent tant de peine quand Dieu ne leur donne pas de dévotion sensible, en vérité, cela me fait mal au co'ur » {Vie, ch. m).

3. Kn majorité, mais en majorité seulement. Sainte Chantai et Marguerite-Marie, par exemple, étaient des sanguini>s bien caractérisées.

point, oiridredc ladisculcrsrriousomcnl no, leur viendra jamais. « En ee qui reyai'd(> la foi, déclare sainte Thérèse, jamais le démon n'a eu le pouvoir de me tenter. Au contraire, plus les vérités sortaient de Tordre naturel, plus ma foi y adhérait avec force »... Elle ajoule (ju'elle serait prf^le « à donner mille fois sa vie, non seulement pour chacune des vérités de l'Écriture Sainte, mais encore pour la moindre des cérémonies sacrées », et que « toutes les révélations imaginahles, vît-elle les cieux ouverts, ne seraient pas capahles d'ébranler sa croyance sur un seul point de l'enseignement de l'Eglise S). — « Je suis plus assurée, dira de son côté sainte Chantai, de la vérité de tous les articles de foi que je suis sûre d'avoir deux yeux dans ma tète...^»

Ce sont là les immuables dispositions de la plupart <les mystiques, et le cas d'un saint Paul, renversé sur le chemin de Damas et brusquement transformé, est tout à fait exceptionnel. 3Iais, quelle que soit l'unité de leur vie, ils n'en traversent pas moins, à un moment donné, une crise qui les arrache définitivement au monde et les jette en Dieu, corps et àme : cette crise décisive, ils la nomment leur « conversion ». Une circonstance insignifiante et, le plus souvent, fortuite, détermine en apparence cette conversion ; en réalité, elle est l'aboutissement

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