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Ribot, Psychologie des sentiments, Introduction

étals inlt'llecliK'ls indissolublement liés, chez l'homme normal, aux émotions.

Inconscience, états afleclifs, états intellectuels liés à des états afleclifs : cette progression se renverserait chez l'extatique, dont la pensée irait se raréfiant, dont l'âme en viendrait à n'être plus que « sentiment, béatitude sans bornes », pour enfin s'abîmer dans l'inconscience absolue.

Les théoriesqui viennent d'être exposées appellent des observations critiques.

Tout en admettant qu'il est plusieurs sortes d'extase, les psychologues cités plus haut ne se préoccupent pas, nous le savons, de les distinguer les unes des autres, «l'état mental restant au fond le même », dit Ribot. « Nous pourrions affirmer, déclare de son côté Leuba, qu'il ne peut y avoir de dilférences essentielles dans les extases, qu'elles soient produites spontanément par des moyens physiques, ou par la suggeslion hypnotique, ou encore par ce qui s'appelle des idées religieuses. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait que la nature humaine variât dans son fond. »

Cette affirmation fera l'objet de ma principale observation critique. Je prétends que l'on confond, sous le nom d'extase, des états de contenu très différent; et je m'en tiendrai, à l'appui de cette thèse, et pour les comparer ensuite à l'extase des mystiques orthodoxes, à l'examen de (juatre él;ils (jualifiés uniformémenl d'extatiques.

Il existe une extase jyhysiologique ou « des philosophes », qui apparaît comme un eiïet de ce que Hihot appelle « l'hypertrophie de l'attention ». « Les hommes doués d'une puissante attention, déclare-t-il, peuvent s'isoler spontanément du monde extérieur. Inaccessibles aux sensations et même à la douleur, ils vivent (emporairement dans cet état spécial qu'on a nommé la contemplation. L'histoire tant citée d'Archimède, pendant la prise de Syracuse, vraie ou fausse en fait, est vraie psychologiquement. Les biographes de Newton, Pascal, W. Scott, Gauss et de bien d'autres ont rapporté de nombreux exemples de ce ravissement intellectuel. »

11 est une extase que l'on peut qualifier ^hypnotique ou de bouddhique, — celle du yoghi indien, qui se tient assis, la tète et le corps immobiles, qui fixe les yeux sur la pointe de son nez, ralentit sa respiration, s'applique à éloigner de son esprit toute pensée quelconque, <'t atteint de la sorte au nirvana libérateur.

ïl est une extase dite cataleptique, c'est-à-dire dépendant de cette affection nerveuse caractérisée « par la suspension de l'entendement et de la sensibilité et par l'aptitude des muscles à recevoir et à garder tous les degrés de la contraction qu'on leur donne ^ ». L'extase cataleptique se place dans la période des « sensations stupides », au moment où, après l'arrêt complet de tout phénomène mental, arrêt qui marque le début de la crise, la conscience renaît et se réveille, « une conscience purement affective, réduite aux sensations et aux images, sans aucune de ces liaisons, de ces idées de

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